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Wall Street en alerte : l’IA fait plonger la tech et efface 285 milliards de dollars en quelques heures

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Les marchés financiers américains traversent leur pire séquence depuis des mois. En cause : une remise en question brutale de la valorisation du secteur technologique, alimentée par les avancées de l’intelligence artificielle d’Anthropic, l’effondrement d’AMD en Bourse et des interrogations profondes sur le retour sur investissement de l’IA.

La semaine a débuté dans le rouge vif à Wall Street. Mercredi 5 février, le Nasdaq Composite a reculé de plus de 2 %, tandis que le S&P 500 a cédé près de 1,7 %. L’indice Dow Jones, considéré comme le baromètre historique de la Bourse américaine, a quant à lui perdu 0,34 %. Derrière ces chiffres, un constat qui inquiète les investisseurs : le secteur technologique, locomotive de Wall Street depuis l’émergence de l’intelligence artificielle générative, vacille.

Ce ne sont pas les résultats trimestriels qui posent problème — certains sont même au-dessus des attentes. C’est le doute sur le modèle économique tout entier de la tech qui s’est installé.

Claude Cowork : le déclencheur qui a fait trembler le SaaS

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L’onde de choc porte un nom précis : Claude Cowork, lancé par Anthropic, la start-up d’intelligence artificielle cofondée par Dario Amodei et valorisée à plus de 30 milliards de dollars.

Le 30 janvier 2026, Anthropic a déployé 11 plugins open source pour Cowork, transformant son agent IA en un véritable exécutant numérique. Concrètement, Claude Cowork ne se contente plus de répondre à des questions : il lit, modifie et crée des fichiers, gère des tâches en parallèle, révise des contrats, automatise du marketing, trie des dépenses à partir de captures d’écran. Le tout sans nécessiter la moindre compétence technique.

Le marché a immédiatement compris l’implication : si un agent IA autonome peut accomplir les tâches que faisaient des dizaines de logiciels SaaS payants, pourquoi continuer à payer des licences Salesforce, Workday ou DocuSign ?

La réaction a été immédiate. Salesforce a chuté de 6,85 % en une seule séance. Snowflake a perdu 4,59 %. Datadog a reculé de 3,30 %. Même Thomson Reuters et RELX, propriétaires des plateformes juridiques Westlaw et LexisNexis, ont plongé de plus de 15 %. Résultat : environ 285 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont évaporés en quelques heures.

Art Hogan, chef stratège marchés chez B. Riley Securities, résume la peur ambiante : « De nombreux logiciels sont considérés comme des entreprises susceptibles d’être perturbées lorsque nous commencerons à voir les progrès de l’intelligence artificielle. »

AMD s’effondre : le numéro deux des puces IA vacille

Parallèlement à la crise du logiciel, le secteur des semi-conducteurs a été secoué par les résultats d’Advanced Micro Devices (AMD). Le titre du fabricant de puces dirigé par Lisa Su a plongé de 17,31 % mercredi, après la publication de prévisions de revenus décevantes pour le premier trimestre 2026.

AMD a pourtant réalisé un trimestre record : 10,27 milliards de dollars de chiffre d’affaires au Q4 2025, dont 5,4 milliards pour sa seule division data centers, en hausse de 39 % sur un an. Mais les prévisions pour le trimestre en cours — environ 9,8 milliards de dollars — signalent un ralentissement séquentiel de 5 %.

Le marché a surtout retenu deux points de fragilité. Premièrement, une dépendance préoccupante à la Chine : 390 millions de dollars de ventes de puces IA ont été réalisées grâce à des licences américaines exceptionnelles. Sans ces ventes, la division data center aurait raté les attentes des analystes. Deuxièmement, la difficulté persistante d’AMD à rivaliser avec Nvidia, dont les GPU dominent le marché de l’entraînement des modèles d’IA.

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L’accord entre Google et Anthropic pour la fourniture de processeurs avancés dans le cadre d’un contrat de plusieurs milliards de dollars, ainsi que l’adoption croissante de puces IA personnalisées par les géants technologiques, ont encore accentué la pression sur AMD.

Par effet de contagion, les semi-conducteurs européens ont aussi souffert : STMicroelectronics a perdu 2,5 % à Paris, Soitec a lâché 3,3 % et X-Fab a reculé de 6,6 %.

Les géants de la tech ne sont pas épargnés

La correction ne se limite pas aux éditeurs de logiciels et aux fabricants de puces. Les plus grandes capitalisations technologiques mondiales ont toutes été touchées.

Microsoft, partenaire stratégique d’OpenAI avec plus de 13 milliards de dollars investis, a cédé 2,87 %. Amazon a reculé de 1,79 %. Nvidia, pourtant considérée comme la grande gagnante de l’IA, a également perdu du terrain. Broadcom a chuté de plus de 6 %, tandis que Micron Technology, fournisseur de mémoire pour les serveurs IA, a abandonné 4 %.

Le VIX, surnommé « l’indice de la peur » sur les marchés, a bondi de plus de 10 %, traduisant une nervosité que Wall Street n’avait pas connue depuis plusieurs semaines.

À contre-courant, quelques valeurs ont tiré leur épingle du jeu. Apple a progressé de 2,6 %, les investisseurs le percevant comme un géant technologique relativement indépendant de la course effrénée à l’IA. Super Micro Computer s’est envolée de 12,2 % après avoir relevé ses prévisions de chiffre d’affaires annuel, portées par la demande soutenue en serveurs dédiés à l’intelligence artificielle. Et côté santé, Eli Lilly a bondi de 10,39 % grâce à des prévisions de bénéfices supérieures aux attentes pour 2026.

Alphabet publie des résultats records… mais annonce des dépenses massives

Au milieu de cette tempête, Alphabet, la maison mère de Google, a publié mercredi soir ses résultats du quatrième trimestre 2025. Le bilan est impressionnant sur le papier : 113,8 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 18 % sur un an. Le bénéfice net a atteint 34,46 milliards de dollars, en progression de 30 %. Le chiffre d’affaires annuel d’Alphabet a dépassé pour la première fois la barre des 400 milliards de dollars.

Google Cloud a réalisé 17,7 milliards de dollars de revenus trimestriels, en hausse de 48 %, porté par la demande en infrastructure IA et les solutions d’entreprise. YouTube a dépassé les 60 milliards de dollars de revenus annuels combinés (publicité et abonnements). L’application Gemini compte désormais plus de 750 millions d’utilisateurs actifs mensuels, contre 650 millions au trimestre précédent.

Mais c’est un autre chiffre qui a fait réagir les marchés. Sundar Pichai, PDG de Google et d’Alphabet, a annoncé que les dépenses d’investissement (capex) pour 2026 seraient comprises entre 175 et 185 milliards de dollars. C’est presque le double des 91 milliards dépensés en 2025. Cette annonce, bien au-dessus des attentes des analystes, a immédiatement fait chuter le titre de 3 % dans les échanges après-Bourse.

Anat Ashkenazi, directrice financière d’Alphabet, a précisé que ces investissements iraient principalement vers la capacité de calcul IA pour Google DeepMind, pour répondre à la demande croissante des clients cloud, et pour des investissements stratégiques dans d’autres filiales comme Waymo, la division de véhicules autonomes qui a dépassé les 20 millions de trajets et réalise désormais plus de 400 000 courses par semaine.

La vraie question : bulle IA ou transformation structurelle ?

Ce qui se joue à Wall Street dépasse une simple correction boursière. Le marché est en train de réévaluer fondamentalement la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle.

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Pendant trois ans, la thèse d’investissement était simple : l’IA va tout transformer, les entreprises vont investir massivement, et tous les acteurs de la chaîne — des fabricants de puces aux éditeurs de logiciels — vont en profiter. Cette conviction a propulsé le S&P 500 de plus de 50 % entre début 2023 et fin 2025.

Mais en février 2026, le récit a changé. Si l’IA est effectivement en train de transformer le monde, elle le fait d’une manière que le marché n’avait pas anticipée : en cannibalisant les entreprises technologiques elles-mêmes.

Comme le note un analyste de XTB : « Le mouvement n’est pas uniquement lié à Anthropic. La correction reflète des craintes plus larges sur la valorisation et la croissance du logiciel. Anthropic agit comme un catalyseur. »

Citi avait d’ailleurs prévenu en début d’année : « Internet a finalement été source de transformation, mais il a également entraîné une bulle spéculative et donné lieu à des exemples significatifs d’investissements malavisés. Nous ne prévoyons pas de repli significatif dans le secteur de l’IA pour l’année à venir, mais nous considérons qu’il s’agit d’un risque important. »

Le Bitcoin et les cryptos aspirés dans la chute

L’aversion au risque ne s’est pas cantonnée aux actions technologiques. Le Bitcoin a plongé vers les 72 500 dollars, son plus bas niveau depuis novembre 2024. Ethereum a chuté de 10 %, autour de 2 100 dollars.

À l’inverse, les valeurs refuges traditionnelles ont profité de la panique. L’or a progressé de 6,7 % et l’argent de 10 %. Cette divergence entre les métaux précieux et le Bitcoin, souvent présenté comme un « or numérique », relance le débat sur le véritable rôle des cryptomonnaies en période de crise.

Ce qu’il faut retenir de cette semaine noire pour la tech

La séquence actuelle à Wall Street illustre un paradoxe majeur de l’ère de l’intelligence artificielle. Les investissements dans l’IA n’ont jamais été aussi massifs — Alphabet prévoit jusqu’à 185 milliards de dollars pour 2026, et les résultats financiers sont souvent au-dessus des attentes. Mais simultanément, les progrès mêmes de l’IA menacent les modèles économiques des entreprises technologiques qui étaient censées en profiter.

Marc Andreessen proclamait en 2011 que « le software mange le monde ». En 2026, c’est l’IA qui mange le software. La question qui obsède désormais Wall Street : jusqu’où ira cette dévoration ?

Sources :

  • Reuters / BFM Bourse — « Wall Street vacille, les doutes sur l’IA frappent de plein fouet la tech » (5 février 2026)
  • CNBC — « Alphabet (GOOGL) Q4 2025 earnings » (4 février 2026)
  • Zonebourse — « AMD chute après des prévisions moroses, reflet d’une concurrence acharnée sur le marché de l’IA » (5 février 2026)
  • Tom’s Guide France — « Une nouvelle IA déclenche la panique sur les marchés mondiaux… 285 milliards envolés » (4 février 2026)

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.