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De 170 à 350 milliards $ en quatre mois : la folle ascension d’Anthropic

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Sequoia Capital s’apprête à investir dans Anthropic, selon le Financial Times. Une décision qui fait tourner les têtes dans la Silicon Valley : le légendaire fonds de capital-risque est déjà actionnaire d’OpenAI et de xAI d’Elon Musk. En misant sur les trois principaux laboratoires d’IA générative, Sequoia brise un tabou vieux de plusieurs décennies dans l’industrie du venture capital.

Un tour de table qui pourrait atteindre 25 milliards de dollars

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Anthropic, la société mère du chatbot Claude, vise une levée de fonds pouvant atteindre 25 milliards de dollars pour une valorisation de 350 milliards de dollars. Il y a quatre mois à peine, l’entreprise était valorisée 170 milliards de dollars lors de son tour de financement Series F de 13 milliards. La valorisation a donc plus que doublé en l’espace d’un trimestre.

Le tour est mené par GIC, le fonds souverain de Singapour, et Coatue Management, chacun contribuant 1,5 milliard de dollars. En parallèle, Microsoft et Nvidia ont engagé jusqu’à 15 milliards de dollars combinés dans un accord séparé. Cette injection de capital prend la forme d’un arrangement « circulaire » : Anthropic utilisera ces fonds pour acheter 30 milliards de dollars de capacité de calcul sur Microsoft Azure, fonctionnant sur des puces Nvidia.

Le montant total et les conditions finales restent fluides selon les sources proches du dossier. Le tour devrait se clôturer dans les semaines à venir.

Sequoia brise la règle d’or du capital-risque

Les fonds de capital-risque évitent traditionnellement d’investir dans des entreprises concurrentes au sein d’un même secteur, préférant placer leurs paris sur un seul gagnant potentiel. Sequoia vient de dynamiter cette convention non écrite.

Le fonds californien, acteur historique de la tech depuis 1972 (Google, Apple, Cisco, YouTube, Stripe, Airbnb), détient déjà des participations significatives dans OpenAI et dans xAI d’Elon Musk. En rejoignant le tour Anthropic, Sequoia se retrouve actionnaire des trois principaux laboratoires d’IA générative du marché.

Le timing est particulièrement surprenant au regard des déclarations de Sam Altman sous serment l’année dernière. Dans le cadre de la défense d’OpenAI contre le procès intenté par Elon Musk, le PDG avait précisé que si les investisseurs n’étaient pas globalement interdits de soutenir des concurrents, ceux ayant un accès continu aux informations confidentielles d’OpenAI se verraient révoquer cet accès s’ils effectuaient des « investissements non passifs dans les concurrents d’OpenAI ». Altman avait qualifié cette mesure de « garde-fou standard de l’industrie pour empêcher l’utilisation abusive d’informations compétitives sensibles ».

L’exemple Finix : quand Sequoia abandonnait 21 millions de dollars par principe

L’apparent revirement de Sequoia sur les conflits de portefeuille est d’autant plus frappant au regard de sa position historique. En 2020, le fonds avait pris la décision extraordinaire de se retirer de son investissement dans Finix, une société de paiements, après avoir déterminé que la startup entrait en concurrence avec Stripe.

Sequoia avait alors renoncé à ses 21 millions de dollars investis, laissant Finix conserver l’argent tout en abandonnant son siège au conseil d’administration, ses droits d’information et ses actions. Ce geste marquait la première fois qu’un fonds de premier plan renonçait à un investissement pour des raisons de conflit concurrentiel.

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Six ans plus tard, la même firme s’apprête à détenir des participations dans trois concurrents directs du secteur le plus stratégique de la tech.

Un changement de leadership qui change tout

L’investissement dans Anthropic intervient après des changements de direction dramatiques chez Sequoia. Roelof Botha, qui dirigeait le fonds, a été évincé lors d’un vote surprise en novembre, quelques jours seulement après une apparition publique au TechCrunch Disrupt. Alfred Lin et Pat Grady — ce dernier ayant mené l’accord Finix à l’époque — ont pris les commandes.

Leur approche semble radicalement différente. Botha ne voulait rien avoir à faire avec Anthropic. Il estimait que l’argent du venture capital était jeté sur les mêmes entreprises surévaluées. « Injecter plus d’argent dans la Silicon Valley ne produit pas plus de grandes entreprises », avait-il déclaré l’année dernière.

Sous la nouvelle direction, la philosophie a changé. Une personne impliquée dans les négociations a confié que ce tour est si massif qu’il ne ressemble même plus à de l’investissement en capital-risque. « Le fonds possède beaucoup d’OpenAI et de xAI, et pense qu’ils iront tous dans des directions différentes », a expliqué cette source. Ce n’est plus une question de choisir un gagnant. C’est une question de ne rater aucune opportunité.

Les liens profonds entre Sequoia et Sam Altman

La relation entre Sequoia et Sam Altman remonte à loin. Quand Altman a quitté Stanford pour fonder Loopt, Sequoia l’a soutenu. Il est ensuite devenu « scout » pour le fonds, présentant la firme à Stripe, qui est devenu l’une des entreprises de portefeuille les plus précieuses de Sequoia.

Alfred Lin, le nouveau co-dirigeant de Sequoia, entretient des liens apparemment proches avec Altman. Lin l’a interviewé à de nombreuses reprises lors d’événements Sequoia. Quand Altman a été brièvement évincé d’OpenAI en novembre 2023, Lin a publiquement déclaré qu’il serait « impatient de soutenir la prochaine entreprise qui changerait le monde » d’Altman.

L’investissement dans xAI peut s’expliquer par les liens étendus de Sequoia avec Elon Musk : le fonds a investi dans X lors du rachat de Twitter, est actionnaire de SpaceX et The Boring Company, et est un bailleur de fonds majeur de Neuralink. L’ancien dirigeant de longue date Michael Moritz était même un investisseur précoce dans X.com de Musk, qui est devenu partie de PayPal.

Anthropic : une croissance qui justifie les valorisations folles

Les chiffres d’Anthropic expliquent en partie l’engouement des investisseurs. Les revenus de l’entreprise ont bondi de 400 % en glissement annuel en août 2025, passant d’un run-rate de 1 milliard de dollars en début d’année à plus de 5 milliards à mi-année. En décembre, Cryptopolitan rapportait que les revenus avaient atteint 10 milliards de dollars — une multiplication par dix en un an.

Sur le marché entreprise, Anthropic a triplé sa part de marché pour atteindre 40 %, tandis que celle d’OpenAI est passée de 50 % à 27 %. Cette domination dans les outils de codage est devenue la porte d’entrée vers les workflows de tous les départements, créant un puissant effet de volant d’inertie. Une fois que les entreprises choisissent un fournisseur, elles ont tendance à rester, verrouillant des revenus à long terme et à haute marge.

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L’entreprise sert désormais plus de 300 000 entreprises, et sa base de grands comptes a été multipliée par près de sept en un an.

Course aux armements : OpenAI vise 750 milliards de dollars

La frénésie de financement ne se limite pas à Anthropic. OpenAI chercherait sa propre injection de 100 milliards de dollars à une valorisation approchant 750 milliards de dollars. La rivalité entre les deux entreprises fondées par d’anciens collègues — Dario Amodei et Sam Altman étaient tous deux chez OpenAI avant qu’Amodei ne parte fonder Anthropic en 2021 — atteint des sommets vertigineux.

Les deux entreprises préparent également leur entrée en bourse. Anthropic a engagé le cabinet d’avocats Wilson Sonsini pour commencer les travaux sur une IPO, et discute avec des banques pour structurer l’offre. Une introduction en bourse pourrait intervenir dès fin 2026.

La course aux GPU et au cloud : le nerf de la guerre

Cette hausse de valorisation traduit la prime accordée aux acteurs capables d’exécuter à l’échelle. L’enjeu immédiat pour Anthropic reste la sécurisation de capacité de calcul et l’industrialisation des itérations modèle/produit.

Le coût d’entraînement et d’inférence demeure une barrière d’entrée déterminante. OpenAI a engagé 1 400 milliards de dollars d’investissements en infrastructure sur les huit prochaines années. Si le cycle d’investissement se poursuit à ce rythme, la pression concurrentielle sur l’accès aux GPU et sur les marges cloud pourrait s’intensifier, au bénéfice des fournisseurs d’infrastructure (Nvidia, Microsoft Azure, Google Cloud) autant que des quelques éditeurs IA les mieux capitalisés.

Bulle ou révolution ?

Les valorisations donnent le vertige. Les investisseurs existants d’Anthropic, dont Lightspeed Venture Partners, Fidelity et Iconiq Capital, observent une valorisation qui est passée d’environ 18 milliards à 350 milliards de dollars en moins de deux ans.

Les signaux de surchauffe sur le segment IA inquiètent certains observateurs qui évoquent une bulle rappelant les dotcoms. Mais la demande insatiable pour l’IA et l’adoption croissante en entreprise continuent de pousser les dépenses tech mondiales à la hausse.

La présence conjointe de GIC, Coatue et Sequoia signale une confiance continue des investisseurs de long terme. Le pari implicite : le marché des logiciels d’IA pour entreprises représente une opportunité de plusieurs milliers de milliards de dollars, et Anthropic est positionnée pour en capturer une part dominante.

Si Sequoia a raison, le tabou qu’elle vient de briser pourrait devenir la nouvelle norme. Dans une course où les enjeux dépassent tout ce que l’industrie a connu, miser sur un seul cheval serait peut-être le plus grand risque.


Sources : Financial Times, Wall Street Journal, Bloomberg

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.