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Procès OpenAI : Altman admet avoir menti sous serment, et cinq milliardaires se déchirent devant le jury d’Oakland

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Mardi 12 mai 2026, Sam Altman est à la barre du tribunal fédéral d’Oakland. C’est le cinquième et dernier milliardaire à témoigner dans le procès Musk vs OpenAI, après Elon Musk, Greg Brockman, Satya Nadella et Ilya Sutskever. L’avocat de Musk, Steven Molo, attaque d’emblée : « Êtes-vous totalement digne de confiance ? »

Altman se crispe : « Je crois que oui. »

Molo insiste : « Dites-vous toujours la vérité ? »

Altman marque une pause. La salle se fige. Puis il lâche la phrase qui fera le tour du monde : « Je suis sûr qu’il m’est arrivé, à un moment de ma vie, de ne pas le faire. »

Le patron de l’entreprise d’IA la plus valorisée au monde vient d’admettre, sous serment, devant un jury, qu’il a menti.

Ce que Sutskever a révélé

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La veille, lundi 11 mai, c’est Ilya Sutskever qui avait tenu la salle en haleine. Le cofondateur d’OpenAI et ancien directeur scientifique, celui qui avait orchestré l’éviction d’Altman en novembre 2023, est arrivé en chemise bleue, visiblement tendu.

Sutskever a révélé qu’il avait passé un an à rassembler des preuves de ce qu’il décrit comme un « pattern de tromperie et de mauvaise gestion » de la part d’Altman. Ce n’était pas un coup de tête. C’était une opération méthodique, documentée, conduite par le scientifique en chef de l’entreprise contre son propre CEO.

Il a aussi révélé que sa participation dans la branche lucrative d’OpenAI vaut aujourd’hui 7 milliards de dollars (contre 5 milliards en novembre 2025). À titre de comparaison, les parts de Greg Brockman atteindraient 30 milliards. Altman lui-même détient environ 11,8 % d’OpenAI, une participation qu’il a obtenue en février 2026, mettant fin à des années de claims selon lesquels il ne détenait aucune part.

Mais le témoignage le plus important de Sutskever n’est pas financier. C’est cette phrase : « La mission d’OpenAI est plus grande que sa structure. » En une formule, Sutskever a sapé l’argument central de Musk (la structure non lucrative était sacrée) tout en justifiant sa propre décision d’avoir tenté de renverser Altman (la mission était menacée par le CEO, pas par la structure).

Sutskever a aussi déclaré qu’il n’y avait jamais eu de promesse que OpenAI resterait un non-profit. C’est un coup dévastateur pour Musk, dont toute la plainte repose sur cette promesse alléguée.

Nadella : « amateur city »

Le même lundi, Satya Nadella, CEO de Microsoft (co-défendeur dans l’affaire), avait témoigné pendant plusieurs heures. Trois moments clés.

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Premier moment : Nadella a qualifié la gestion du conseil d’administration lors de l’éviction d’Altman de « amateur city ». Il a dit n’avoir jamais obtenu de clarification sur les raisons réelles du renvoi. Le terme « not consistently candid » (pas toujours franc) utilisé par le board pour justifier l’éviction « ne suffisait pas », selon Nadella, pour le CEO d’une entreprise dans laquelle Microsoft était investie à hauteur de milliards.

Deuxième moment : un email interne de 2022 où Nadella écrivait à ses lieutenants : « will lose 4 bil next year!!! » (on va perdre 4 milliards l’année prochaine). L’email révèle l’ampleur du risque financier que Microsoft prenait avec OpenAI, bien avant que ChatGPT ne devienne un succès mondial.

Troisième moment : un message de Nadella à Altman début 2023, « sooner is best » (le plus tôt est le mieux), le pressant de lancer les abonnements payants de ChatGPT. Les avocats de Musk ont utilisé ce message pour argumenter que Microsoft poussait activement OpenAI vers la monétisation agressive, en contradiction avec la mission non lucrative.

Nadella a nié avoir exigé la réintégration d’Altman en novembre 2023, affirmant que Microsoft cherchait simplement à « stabiliser » la situation. Mais il a confirmé avoir préparé des plans de contingence pour embaucher Altman et d’autres employés d’OpenAI si nécessaire.

Musk réclamait 90 % des parts

Le témoignage d’Altman a aussi fait émerger un chiffre qui corrobore ce que nous avions rapporté dans notre précédent hors-série. Musk ne réclamait pas seulement 51 % du capital (comme les documents l’indiquaient). Altman affirme que Musk a initialement exigé 90 % des parts de la structure commerciale envisagée.

« Il a adouci ensuite, mais c’était toujours une majorité absolue, et il refusait de s’engager par écrit », a déclaré Altman. Le portrait du philanthrope trahi par ses associés, construit par Musk depuis le début du procès, s’effrite un peu plus à chaque témoignage.

La « culture toxique du mensonge »

L’avocat de Musk a méthodiquement exploité la réputation d’Altman. Le portrait-enquête du New Yorker, publié en avril, qui qualifiait Altman de « manipulateur ». Les témoignages d’ex-collaborateurs évoquant une « culture toxique du mensonge » chez OpenAI. Le cocktail Molotov lancé sur sa maison de San Francisco (notre hors-série du 10 avril). L’éviction de novembre 2023 pour « manque de franchise ».

Altman s’est défendu en décrivant sa décennie chez OpenAI comme la chose « la plus significative » de sa vie après sa famille. « Si j’avais su à quel point ce serait difficile et douloureux, je n’aurais jamais essayé », a-t-il dit. « Je suis reconnaissant de ne pas l’avoir su. »

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Sur la trahison de novembre 2023, il a été plus direct : « une trahison incroyable », « très publique », « très douloureuse ». Sutskever, assis dans la salle, a écouté sans réagir.

Le board a envisagé une fusion avec Anthropic

Sutskever a aussi lâché un détail explosif. Après l’éviction d’Altman en novembre 2023, le conseil d’administration avait envisagé une fusion avec Anthropic. Sutskever lui-même n’était « pas enthousiaste » (« not excited ») par cette option. L’ironie est totale : Anthropic a été fondée par d’anciens d’OpenAI (Dario et Daniela Amodei) en partie à cause de désaccords sur la sécurité. Fusionner les deux entreprises aurait réuni les factions qui s’étaient séparées.

La fusion n’a pas eu lieu. Altman est revenu cinq jours plus tard. Sutskever a voté pour son retour, puis a quitté OpenAI en 2024 pour fonder Safe Superintelligence (SSI).

Le verdict approche

Les plaidoiries finales sont attendues cette semaine. Le jury devrait commencer à délibérer d’ici jeudi. La question posée aux neuf jurés d’Oakland est simple sur le papier, vertigineuse dans ses implications : Altman et Brockman ont-ils trahi la mission caritative d’OpenAI en la transformant en machine commerciale à 852 milliards de dollars ?

Si le jury dit oui, les conséquences sont incalculables : annulation possible de la restructuration, éviction d’Altman et Brockman, torpillage de l’IPO prévue au Q4 2026. Si le jury dit non, Musk aura perdu 134 milliards de dollars de réclamations et des semaines de procès, mais il aura exposé au grand jour les contradictions, les mensonges et les luttes de pouvoir qui ont façonné l’entreprise la plus importante de l’IA.

Dans les deux cas, la phrase d’Altman restera : « Je suis sûr qu’il m’est arrivé de ne pas dire la vérité. » Pour le patron d’une entreprise qui prétend construire une IA bénéfique pour l’humanité, c’est un aveu dont il ne se remettra pas facilement.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.