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Le procès Musk contre Altman s’ouvre aujourd’hui : 134 milliards de dollars, le journal intime de Brockman, et la question de savoir à qui appartient l’IA

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Lundi 27 avril 2026, un tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, accueille la sélection du jury dans l’affaire Elon Musk contre Sam Altman, Greg Brockman, OpenAI et Microsoft. La somme réclamée : 134 milliards de dollars. Les accusations restantes : enrichissement sans cause et violation de fiducie caritative. La juge : Yvonne Gonzalez Rogers, celle qui avait déjà présidé le procès antitrust Epic Games contre Apple.

Devant le palais de justice, des militants prévoient de manifester sous un slogan qui résume tout : « Quel que soit le gagnant, c’est nous les perdants. »

L’histoire derrière le procès

Tout commence en 2015. Sam Altman convainc Elon Musk de cofonder OpenAI. La promesse est explicite : un laboratoire d’intelligence artificielle à but non lucratif, dont la technologie « appartiendrait au monde ». Musk investit environ 38 millions de dollars. Altman devient président, Brockman directeur technique.

Trois ans plus tard, en 2018, Musk quitte le conseil d’administration après plusieurs désaccords. Il avait tenté de fusionner OpenAI avec Tesla. Altman avait refusé. La relation se dégrade.

Puis, en 2019, OpenAI crée une filiale commerciale « capped profit ». En 2023, Microsoft investit 13 milliards de dollars. ChatGPT explose. OpenAI atteint une valorisation de 852 milliards de dollars. La technologie qui devait « appartenir au monde » appartient désormais à des actionnaires, et la transition vers un modèle entièrement lucratif est en cours.

Musk dépose plainte en novembre 2024, initialement avec 26 chefs d’accusation. Vendredi dernier, ses avocats ont réduit le dossier à deux motifs pour « simplifier l’affaire » : enrichissement sans cause et violation de la mission caritative. Les accusations de fraude, les plus graves, ont été abandonnées juste avant la sélection du jury.

Le journal intime de Brockman

La procédure a fait émerger une masse de communications internes. La pièce la plus explosive : le journal intime de Greg Brockman, cofondateur et président d’OpenAI.

En novembre 2017, alors que Sam Altman affirmait publiquement que le statut non lucratif serait maintenu, Brockman écrivait dans son journal : « Si dans trois mois on fait une société commerciale, alors ce serait un mensonge. » Trois mois plus tard, les premières discussions sur la restructuration commerciale commençaient.

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L’équipe juridique de Musk brandit ce journal comme preuve que les fondateurs savaient, dès 2017, que la transition commerciale était planifiée, tout en continuant à lever des fonds sur la base d’une promesse non lucrative.

OpenAI rétorque que Musk était parfaitement au courant de l’évolution stratégique. Selon l’entreprise, « la rupture n’a été provoquée que par son exigence de contrôle absolu ». OpenAI qualifie l’ensemble de la procédure de « campagne de harcèlement motivée par l’ego, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent ».

Ce que demande Musk

Si Musk gagne, ses avocats demandent trois choses. D’abord, le retour de tous les « gains injustement obtenus » à la branche caritative d’OpenAI, pas à Musk personnellement. Ensuite, l’éviction de Sam Altman et Greg Brockman de leurs postes. Enfin, l’annulation de la restructuration commerciale d’OpenAI.

Ce dernier point est le plus radical. Annuler la restructuration signifierait revenir au statut non lucratif d’origine. Concrètement : l’investissement de 50 milliards de dollars de Microsoft, la valorisation de 852 milliards, les contrats avec Amazon, l’IPO prévue au Q4 2026, tout serait remis en question.

Musk ne demande rien pour lui-même. Ses avocats ont explicitement déclaré que les dommages éventuels iraient à la branche caritative. C’est une stratégie défensive habile : elle désamorce l’argument d’OpenAI selon lequel le procès ne serait qu’une manœuvre pour xAI.

Le conflit d’intérêts de Musk

Car le paradoxe est massif. Musk se pose en défenseur de la mission caritative originale d’OpenAI. Mais il est aussi le fondateur de xAI, le concurrent direct, fusionné avec SpaceX dans une entité valorisée à 1 250 milliards de dollars. Grok, le modèle IA de xAI, est un rival direct de ChatGPT.

OpenAI a déposé des contre-plaintes, accusant Musk de comportement anticoncurrentiel. Musk poursuit par ailleurs une action antitrust distincte contre Apple et OpenAI, avec une audience prévue en mai au Texas.

Le camp Altman a aussi sa formule : « Scam Altman ment aussi facilement qu’il respire », a écrit Musk sur X en août 2025. Altman a répondu en février 2026 : « Vraiment impatient de voir Elon sous serment dans quelques mois. Noël en avril ! »

L’IPO en danger

Ce procès arrive au pire moment pour OpenAI. L’entreprise vise une introduction en Bourse au Q4 2026, avec une valorisation de 1 000 milliards de dollars. Dans un document distribué aux investisseurs potentiels, OpenAI a elle-même identifié le procès Musk comme un « risque potentiel pour son activité ».

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Si le jury donne raison à Musk, même partiellement, les conséquences sont incalculables. Un jugement ordonnant le retour au statut non lucratif bloquerait l’IPO. Un jugement ordonnant le versement de dommages significatifs à la branche caritative réduirait la trésorerie. Un jugement ordonnant l’éviction d’Altman et Brockman provoquerait un chaos de gouvernance au sommet de l’entreprise la plus valorisée de l’IA.

Même si Musk perd, le procès aura exposé au grand jour les communications internes d’OpenAI, les tensions entre fondateurs, et les circonstances exactes de la transition commerciale. Pour les investisseurs de l’IPO, cette transparence forcée est un risque en soi.

La question fondamentale

Derrière le spectacle judiciaire, le procès pose une question que personne dans l’industrie IA n’a encore résolue : quand une technologie financée par des dons caritatifs pour le bien de l’humanité devient-elle la propriété privée de ceux qui la commercialisent ?

OpenAI a été fondée avec l’argent de personnes qui croyaient financer un bien public. Les premiers donateurs (Musk, Peter Thiel, Reid Hoffman, Jessica Livingston) n’investissaient pas dans une startup. Ils finançaient une mission : développer une IA sûre et bénéfique pour tous.

Dix ans plus tard, cette mission est devenue une entreprise à 852 milliards de dollars, avec 25 milliards de revenus annualisés, 50 milliards d’investissement Microsoft, des contrats militaires, et une IPO en préparation. La technologie n’appartient plus au monde. Elle appartient à des actionnaires.

Le jury d’Oakland devra décider si cette transformation est légale. Mais la question morale, elle, est déjà tranchée dans l’esprit des manifestants devant le tribunal : « Quel que soit le gagnant, c’est nous les perdants. »

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.