Mercredi 29 avril 2026, deuxième jour du procès Musk contre OpenAI au tribunal fédéral d’Oakland. Elon Musk prend la barre. Premier témoin de sa propre cause. Plus de quatre heures de témoignage. Et un résultat que personne n’avait anticipé : à la fin de la journée, c’est Sam Altman qui en sort grandi.
La correspondante de The Verge, présente dans la salle d’audience, a noté dans ses carnets : « Je n’ai jamais eu autant de sympathie pour Sam Altman de ma vie. » Ce n’était pas un compliment pour Altman. C’était un constat sur Musk.
Le témoignage direct : la version du visionnaire trahi
Le matin, l’avocat de Musk, Steven Molo, guide son client à travers le récit qu’il a construit depuis des mois. L’homme qui avait cru à une mission humaniste. Qui avait mis 38 millions de dollars et sa réputation au service d’un projet altruiste. Qui avait découvert, progressivement, que ses associés le trahissaient en transformant un laboratoire à but non lucratif en machine commerciale à 852 milliards de dollars.
Le récit tenait debout. Musk affirmait ne jamais perdre son calme. Ne jamais crier sur les gens. Avoir peut-être traité quelqu’un de « crétin », mais « dans un sens purement affectueux, comme on dirait à un ami de ne pas faire l’idiot ». La salle a ri poliment.
Puis William Savitt, l’avocat principal d’OpenAI, a pris le relais pour le contre-interrogatoire. Et tout a basculé.
Le contre-interrogatoire : la déconstruction
Savitt a posé des questions simples. Factuelles. Des questions auxquelles Musk avait répondu sans problème lors de sa déposition préalable, des mois plus tôt. Progressivement, Musk a commencé à dériver. Refus de répondre par oui ou par non. Reformulations alambiquées. Accusations contre l’avocat : « Vos questions sont conçues pour me piéger. Toute réponse simple induirait le jury en erreur. »
Savitt a répliqué froidement : « Monsieur Musk, vous êtes un homme brillant. Je vous pose des questions qui appellent pour la plupart une réponse par oui ou par non. »
Les documents internes ont fait le reste. Savitt a exhumé un message de Musk à Altman datant de novembre 2015, dans lequel Musk écrivait lui-même qu’il serait « probablement mieux » de créer une société commerciale parallèlement à la structure non lucrative. C’est exactement ce qu’OpenAI a fait en 2019. La promesse de rester exclusivement non lucratif, que Musk accuse Altman d’avoir trahie, semble avoir été remise en question par Musk lui-même dès le premier mois.
Les 51 % et les quatre sièges
Le contre-interrogatoire a fait émerger un détail dévastateur pour la thèse de Musk. Selon les éléments versés au dossier, Musk avait exigé dans un premier temps quatre sièges au conseil d’administration d’OpenAI et 51 % du capital de la future structure commerciale. Les autres cofondateurs (Altman, Brockman) se partageraient trois sièges, soumis au vote des actionnaires.
Musk a soutenu que le plan prévoyait à terme un conseil élargi à douze membres et que sa part se diluerait avec le temps. Mais la structure initiale lui conférait un contrôle sans ambiguïté. Les documents internes le confirment.
L’image du philanthrope idéaliste trahi par ses associés laissait progressivement place à celle d’un entrepreneur dont l’ego avait été froissé par une perte de contrôle. L’homme qui accusait Altman de vouloir le pouvoir s’était lui-même arrogé la majorité du capital dès le départ.
La défense d’OpenAI : la nécessité commerciale
L’avocat d’OpenAI, William Savitt, a ouvert sa plaidoirie en défendant le basculement commercial comme une nécessité de survie. Rester confiné dans une logique non lucrative, a-t-il argumenté, était « de plus en plus utopique » pour concurrencer Google dans la course à l’IA.
L’argument tient en trois mots : talents, calcul, énergie. Pour embaucher les meilleurs chercheurs, acheter les GPU Nvidia par milliers et construire les data centers nécessaires à l’entraînement de GPT-3 puis GPT-4, il fallait des milliards. Les dons ne suffisaient pas. Le virage commercial n’était pas une trahison, selon OpenAI, mais la condition de survie d’une mission qui, sans argent, serait restée un projet académique sans impact.
Les avocats d’OpenAI ont aussi cherché à décrédibiliser les motivations de Musk. L’objectif réel du procès, selon eux : affaiblir OpenAI pour favoriser xAI. « Cette affaire a toujours été motivée par l’ego, la jalousie et le désir de ralentir un concurrent », a répété l’entreprise.
Sam Altman, Greg Brockman, et le bloc-notes jaune
Altman était assis au premier rang, en costume sombre. Il n’a rien raté des quatre heures de témoignage de son ancien partenaire. À ses côtés, Greg Brockman prenait des notes manuscrites sur un grand bloc-notes jaune. Les deux devront témoigner à leur tour d’ici mi-mai.
Dans un podcast diffusé le 22 avril (avant l’ouverture du procès), Altman avait commenté : « Je trouve fou qu’il fasse cela. Mais je suis heureux que nous puissions tout expliquer au grand jour et tourner cette page. » Brockman, dont le journal intime est l’une des pièces maîtresses du dossier (nous l’avions détaillé dans notre précédent hors-série), n’a pas pris la parole publiquement.
Ce que le procès révèle sur l’industrie IA
Au-delà du duel de personnalités, trois questions structurelles émergent de ces audiences.
Première question : la propriété des modèles. Si le jury estime qu’OpenAI a violé sa mission caritative, le précédent juridique affectera tous les labos IA qui opèrent sous des structures hybrides (non lucratif + filiale commerciale). Anthropic, fondée par d’anciens d’OpenAI, utilise une structure similaire (Public Benefit Corporation). Le jugement pourrait contraindre l’ensemble du secteur à clarifier la frontière entre mission publique et intérêts privés.
Deuxième question : le coût d’accès aux API. L’issue du procès influencera les prix des modèles, les priorités d’investissement cloud, et la concurrence entre fournisseurs. Si OpenAI est affaiblie, Anthropic et Google en profitent mécaniquement. Si Musk perd, OpenAI entre en Bourse renforcée et verrouille sa position dominante.
Troisième question : qui décide des orientations de l’IA quand elles engagent l’intérêt général ? Un conseil d’administration d’entreprise privée ? Un fondateur milliardaire ? Un jury de neuf citoyens d’Oakland ? La juge Gonzalez Rogers entend trancher d’ici mi-mai, aidée par l’avis consultatif du jury. Mais la vraie réponse, personne ne l’a encore.
Le duel doit reprendre jeudi. Musk sera de retour à la barre. Et cette fois, il sait que la salle ne rit plus poliment.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.