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Trois dirigeants quittent OpenAI le même jour : le créateur de Sora, le chef de la science et le CTO entreprise partent en même temps

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Vendredi 17 avril 2026, trois cadres supérieurs d’OpenAI ont annoncé leur départ dans la même journée. Bill Peebles, le chercheur qui a créé Sora de zéro. Kevin Weil, l’ancien directeur produit devenu vice-président d’OpenAI for Science. Et Srinivas Narayanan, le directeur technique des applications entreprise, qui supervisait la croissance de l’ingénierie appliquée depuis trois ans.

Ce n’est pas un hasard de calendrier. Les trois départs sont directement liés à des décisions stratégiques qui redessinent OpenAI de l’intérieur : Sora est mort, l’équipe science est démantelée, et l’entreprise pivote à marche forcée vers le marché entreprise en vue de son introduction en Bourse.

Sora : 1 million de dollars par jour de pertes

Le départ de Bill Peebles ferme le chapitre Sora. L’application de génération de vidéos courtes par IA avait été lancée avec un buzz considérable, atteignant le sommet de l’App Store d’Apple. Mais les chiffres racontaient une autre histoire. Sora perdait environ 1 million de dollars par jour en coûts de calcul. Le pic d’utilisateurs a atteint un million avant de s’effondrer à moins de 500 000. La Motion Picture Association avait signalé des infractions de propriété intellectuelle sur la plateforme.

OpenAI a arrêté Sora le mois dernier. Les versions web et application fermeront le 26 avril. L’API sera coupée le 24 septembre. C’est terminé.

Dans son message de départ, Peebles a défendu l’héritage de Sora : « Je suis fier de toutes ces nuits sans sommeil, avant et après le lancement, pour déployer la technologie de manière responsable. Sora est un projet qui n’aurait pas pu exister ailleurs qu’OpenAI. » Il a ajouté que le projet avait « déclenché un investissement massif dans la vidéo à travers toute l’industrie ». Et une phrase qui résonne comme un avertissement : « Cultiver l’entropie est la seule façon pour un laboratoire de recherche de prospérer sur le long terme. »

Traduction : OpenAI ne laisse plus de place aux projets exploratoires. Et les gens qui faisaient ces projets s’en vont.

La science redistribuée, Prism arrêté

Le départ de Kevin Weil est encore plus structurant. Weil ne quitte pas simplement son poste : c’est toute l’entité qu’il dirigeait, OpenAI for Science, qui est « décentralisée » dans d’autres équipes de recherche. Le terme « décentralisé » est un euphémisme corporate pour « démantelé ».

OpenAI for Science était le groupe derrière Prism, une plateforme de travail scientifique IA récemment lancée. Prism est arrêté. Ses capacités seront absorbées dans Codex sur desktop. Le travail n’est pas totalement perdu, mais l’équipe structurée et dédiée à la science, elle, n’existe plus.

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L’ironie est cruelle : GPT-Rosalind, le modèle IA pour la biologie qu’on décryptait cette semaine, a été annoncé la veille du départ de Weil. Le responsable de la science chez OpenAI a vu son projet phare lancé puis son équipe dissoute en 24 heures.

Weil a écrit sur X : « Ce furent deux années qui ont élargi mon esprit, du poste de directeur produit à l’équipe de recherche et au lancement d’OpenAI for Science. Accélérer la science sera l’un des impacts les plus importants de l’IA. » Puis il est parti.

Narayanan, le troisième homme

Srinivas Narayanan, moins médiatique, a annoncé son départ le même jour. Il travaillait chez OpenAI depuis trois ans, avait contribué au lancement de ChatGPT et de l’API, et avait fait passer l’équipe d’ingénierie appliquée d’environ 40 personnes à une opération majeure. Il a dit partir « pour passer du temps avec sa famille ».

Son départ est significatif parce qu’il touche exactement le segment sur lequel OpenAI mise tout : les applications entreprise. Le CTO de cette division qui s’en va au moment où l’entreprise fait son pivot entreprise, c’est un signal que la transition interne n’est pas aussi fluide que le discours officiel le suggère.

La grande hémorragie

Ces trois départs ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une hémorragie de leadership qui dure depuis deux ans. Sur les 11 cofondateurs d’OpenAI, seuls 2 sont encore dans l’entreprise. Les talents partent vers Anthropic, vers Meta Superintelligence Labs, vers des startups.

Quelques semaines avant ce vendredi noir : Fidji Simo, directrice produit et business, a pris un congé médical. Kate Rouch est partie pour raisons de santé. Brad Lightcap, l’ancien COO, a transitionné vers un rôle de « projets spéciaux » (souvent un antichambre de la sortie).

La liste des départs récents chez OpenAI ressemble désormais à un annuaire de l’industrie IA. Et chaque départ renforce les concurrents : Anthropic a notamment recruté plusieurs anciens d’OpenAI dans des postes clés.

Le pivot entreprise, le vrai sujet

La raison profonde de tous ces mouvements n’est pas un désaccord personnel. C’est un choix stratégique radical. OpenAI abandonne ses « side quests » (Sora, OpenAI for Science, Prism) pour se concentrer sur ce qui rapporte de l’argent : l’entreprise.

Les chiffres expliquent tout. OpenAI génère environ 2 milliards de dollars de revenus mensuels, soit plus de 25 milliards annualisés. Les revenus entreprise représentent déjà plus de 40 % du total et devraient atteindre la parité avec le consommateur d’ici fin 2026. La valorisation est de 852 milliards de dollars après une levée de 122 milliards en avril. L’IPO se prépare.

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Mais le côté dépenses est vertigineux. OpenAI projette 14 milliards de dollars de pertes sur 25 milliards de revenus en 2026. Les dépenses cumulées d’ici 2029 sont estimées à 115 milliards. L’entreprise ne sera rentable qu’en 2029, selon ses propres projections. L’objectif de revenus pour 2030 : 200 milliards.

Dans ce contexte, chaque million de dollars de compute compte. Sora qui perdait un million par jour, c’était 365 millions par an. Une équipe science dédiée avec des chercheurs de pointe, c’est des dizaines de millions en salaires et en calcul. Les couper libère des ressources pour ChatGPT, Codex, l’API, les agents entreprise, GPT-Rosalind, GPT-5.4-Cyber, et la future « super-app » qu’OpenAI construit pour tout centraliser.

Ce que dit Bill Peebles entre les lignes

La phrase la plus importante du vendredi 17 avril n’est pas venue d’un communiqué officiel. Elle est dans le post de départ de Peebles : « Cultiver l’entropie est la seule façon pour un laboratoire de recherche de prospérer sur le long terme. »

C’est une critique directe de la trajectoire d’OpenAI. L’entropie, en recherche, c’est la diversité des projets, l’exploration de pistes imprévues, le droit à l’échec créatif. OpenAI élimine cette entropie pour se concentrer sur la rentabilité. C’est un choix rationnel d’un point de vue financier. Mais c’est exactement le type de choix qui transforme un laboratoire de recherche en entreprise de services logiciels.

Le paradoxe : OpenAI s’est construit sur des « side quests » (GPT-1 était un side quest, ChatGPT était un side quest, Sora était un side quest). En tuant les prochains side quests, l’entreprise parie que sa position actuelle suffit à gagner. Anthropic, qui a racheté le design avec Claude Design et la science avec des partenariats massifs, parie exactement l’inverse : diversifier pour dominer.

Qui a raison, on le saura dans 18 mois. Mais les gens qui ont fait OpenAI ce qu’il est votent avec leurs pieds. Et ils partent.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.