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SpaceX absorbe xAI : Musk promet des data centers dans l’espace, les analystes voient un renflouement

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Le 2 février 2026, Elon Musk a annoncé que SpaceX rachetait xAI, sa start-up d’intelligence artificielle. Valorisation combinée : 1 250 milliards de dollars. Justification officielle : construire des data centers dans l’espace. Mais derrière la rhétorique cosmique, les chiffres racontent une autre histoire.

« SpaceX a acquis xAI pour former le moteur d’innovation intégré verticalement le plus ambitieux sur Terre — et au-delà », a écrit Musk dans un communiqué publié sur le site de SpaceX. Il y décrit un futur où l’énergie solaire captée en orbite alimenterait des centres de calcul géants, libérés des contraintes terrestres. « L’espace s’appelle “espace” pour une raison », conclut-il, ponctué d’un emoji qui pleure de rire.

Les investisseurs, eux, ne rient pas. Ils comptent.

Les chiffres qui expliquent tout

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SpaceX était valorisée 800 milliards de dollars lors de sa dernière vente d’actions secondaires en décembre 2025. xAI avait bouclé une levée de 20 milliards en janvier 2026, portant sa valorisation à 230 milliards. La fusion affiche une valorisation combinée de 1 250 milliards — un bond de 27 % pour l’ensemble, sans qu’aucune création de valeur réelle n’ait eu lieu entre-temps.

Mais le chiffre qui compte vraiment est ailleurs. Selon The Information, xAI a brûlé 9,5 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2025. Soit plus d’un milliard par mois. L’entreprise court après OpenAI et Google dans une guerre d’infrastructure où chaque nouveau modèle coûte plus cher que le précédent.

SpaceX, en comparaison, est une machine à cash. Reuters estime que l’entreprise a généré 8 milliards de dollars de profit sur 15 à 16 milliards de revenus en 2025. Starlink compte 9 millions de clients et plus de 9 000 satellites en orbite.

La fusion permet à xAI d’accéder à cette trésorerie sans que Musk ait à transférer directement des fonds d’une poche à l’autre.

Le prétexte spatial

Musk justifie l’opération par sa vision de data centers orbitaux. L’argument : la demande énergétique de l’IA dépasse ce que les infrastructures terrestres peuvent fournir. La solution : capter l’énergie solaire en orbite, où le soleil brille 24 heures sur 24.

« D’ici deux à trois ans, le moyen le moins cher de générer du calcul IA sera dans l’espace », affirme Musk. Il évoque des usines lunaires qui fabriqueraient et lanceraient des vaisseaux alimentés par l’IA.

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Le problème : aucun data center orbital n’existe aujourd’hui. La technologie pour en construire un reste largement théorique. Les défis techniques — refroidissement dans le vide, latence des communications, maintenance à distance, débris orbitaux — sont considérables. Et Musk a un historique chargé de promesses non tenues sur des délais similaires.

« Ça ressemble moins à un plan de construction qu’à une position de négociation », commente un analyste cité par Data Center Knowledge.

Ce que les analystes disent vraiment

Tim Farrar, président de TMF Associates, spécialiste du secteur satellite, ne mâche pas ses mots : « Les gens jettent des dizaines de milliards de dollars sur les entreprises d’IA en ce moment. Dans six ou douze mois, ils pourraient avoir changé d’avis. Obtenir l’argent est faisable maintenant — mais ça ne le sera peut-être pas éternellement. »

Sa lecture : SpaceX ne peut pas déployer ses excédents de trésorerie dans son activité principale — il n’y a qu’un nombre limité de lancements possibles par an. Intégrer xAI permet de capitaliser sur l’appétit des investisseurs pour l’IA tout en sécurisant la position financière de la start-up déficitaire.

Inc. Magazine est plus direct : « Le seul point commun entre les deux entreprises, c’est qu’Elon Musk les contrôle toutes les deux. Pour comprendre pourquoi ce deal arrive maintenant, il faut regarder au-delà du moteur d’innovation vers une raison bien plus simple : SpaceX a beaucoup de cash, et xAI en brûle plus d’un milliard par mois. »

Le problème Grok

La fusion pose aussi une question de réputation. SpaceX est un contractant majeur du département de la Défense américain, avec des dizaines de milliards de dollars de contrats fédéraux. C’est une entreprise « sérieuse », selon les termes d’un observateur, avec des implications de sécurité nationale.

xAI, via son chatbot Grok, traîne une tout autre image. L’outil a récemment été bloqué dans plusieurs pays pour avoir généré des images sexualisées de femmes sans leur consentement, y compris de mineures. Il avait déjà été critiqué l’an dernier pour des publications violentes et antisémites. Le Washington Post rapporte que Musk a assoupli les restrictions de Grok sous la pression de la concurrence — avec les dérives qui ont suivi.

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Musk n’a pas mentionné Grok une seule fois dans son communiqué annonçant la fusion.

Le contexte politique

L’opération arrive dans un environnement réglementaire transformé. Donald Trump est à la Maison Blanche, les Républicains contrôlent les deux chambres du Congrès. La Federal Trade Commission est désormais dirigée par Andrew Ferguson, nommé par Trump, et non plus par Lina Khan, connue pour avoir bloqué plusieurs grandes fusions tech sous Biden.

Jared Isaacman, investisseur historique de SpaceX et client de ses vols spatiaux, dirige désormais la NASA. Brendan Carr, président de la FCC, est un partisan vocal de Starlink. Les vents réglementaires soufflent dans le sens de Musk.

Ce qui se joue vraiment

SpaceX prépare une introduction en Bourse qui pourrait valoriser l’entreprise à 1 500 milliards de dollars — potentiellement la plus grande IPO de l’histoire. La fusion avec xAI transforme cette IPO : les investisseurs n’achèteraient plus seulement une entreprise spatiale, mais un conglomérat IA-espace-médias (xAI possède aussi X, l’ex-Twitter).

C’est un pari sur l’appétit du marché. Si les investisseurs veulent de l’IA à tout prix, la fusion gonfle l’attractivité de l’IPO. Si la bulle IA se dégonfle avant l’introduction, SpaceX se retrouve lestée d’une filiale qui brûle un milliard par mois.

Musk, lui, y gagne dans tous les cas. Sa fortune personnelle — 676 milliards de dollars selon Bloomberg — est déjà la plus élevée au monde. Une IPO réussie l’enrichirait encore. Et si ça tourne mal, ce sont les actionnaires de la future entité cotée qui porteront le risque.


Sources : bloomberg.com, cnbc.com, fortune.com

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.