Un week-end de buzz sur les réseaux sociaux autour d’un agent IA autonome suffit désormais à faire bondir une action de plusieurs milliards de dollars. Bienvenue dans l’ère de l’Internet agentique.
L’action Cloudflare (NYSE: NET) a grimpé de 11% ce lundi 27 janvier 2026, portée par une vague d’enthousiasme autour de Clawdbot, un agent IA open source qui permet de transformer n’importe quel Mac mini en assistant personnel autonome. Un phénomène qui illustre à quel point les marchés financiers sont désormais à l’affût du moindre signal dans la course à l’intelligence artificielle.
Un week-end viral, un lundi historique
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« Durant le week-end, l’engouement autour de Clawdbot a explosé sur les réseaux sociaux, ce qui s’est traduit par une hausse de plus de 10% des actions NET lundi », note Joshua Tilton, analyste chez Wolfe Research.
Clawdbot, créé par le développeur autrichien Peter Steinberger, est un agent IA basé sur Claude d’Anthropic qui s’exécute localement sur les appareils et effectue des tâches de manière autonome. Le projet a accumulé plus de 20 000 étoiles sur GitHub en quelques jours, avec des démonstrations stupéfiantes : migration complète de sites web, réservation automatique de vols, gestion d’emails — le tout piloté par simple message WhatsApp.
Mais pourquoi cette frénésie profite-t-elle à Cloudflare ?
L’autoroute invisible des agents IA
La réponse tient en deux mots : infrastructure et sécurité.
Les développeurs qui déploient Clawdbot utilisent massivement Cloudflare Tunnels pour héberger et accéder à leurs instances de manière sécurisée. L’AI Gateway de l’entreprise prend en charge Claude d’Anthropic, permettant d’acheminer les appels d’inférence via le réseau mondial de Cloudflare pour la mise en cache et la protection.
Autrement dit, chaque fois qu’un agent IA communique avec le monde extérieur — interroge une API, visite un site web, envoie un email — il génère du trafic qui transite par l’infrastructure de Cloudflare. Et ce trafic, Cloudflare le facture.
La plateforme Workers fonctionne sur un modèle basé sur la consommation. Plus les agents sont actifs, plus ils génèrent d’appels. Plus ils génèrent d’appels, plus Cloudflare encaisse. L’équation est limpide.
Matthew Prince et la prophétie de l’Internet agentique
Cette dynamique n’a rien de fortuit. Matthew Prince, PDG de Cloudflare, anticipe depuis des mois l’émergence de ce qu’il appelle « l’Internet agentique ».
Lors de la présentation des résultats du troisième trimestre 2025 (562 millions de dollars de revenus, +30,7% sur un an), Prince avait souligné que près de 80% des principales entreprises d’IA s’appuient déjà sur les services de Cloudflare. L’entreprise se positionne pour établir les protocoles et les règles commerciales de ce nouvel Internet où les machines communiquent entre elles.
Trevor Walsh, analyste chez Citizens, abonde dans ce sens avec un objectif de cours à 270 dollars : « Le trafic généré par les agents IA va de plus en plus s’appuyer sur les réseaux de diffusion de contenu (CDN). Le réseau de Cloudflare est parfaitement positionné pour supporter les architectures agentiques comme MCP, qui connectent les systèmes IA aux applications externes. »
L’acquisition stratégique de Human Native
Mi-janvier, Cloudflare a d’ailleurs annoncé l’acquisition de Human Native, une marketplace britannique qui gère les transactions entre développeurs IA et créateurs de contenu. L’objectif : permettre aux développeurs de « trouver, accéder et acheter des données fiables et de haute qualité via des canaux équitables et transparents ».
Cette acquisition s’inscrit dans ce que Prince appelle le « quatrième acte » de Cloudflare : après la sécurité, la performance et les outils développeurs, l’entreprise veut désormais structurer l’économie de l’IA en protégeant les créateurs de contenu tout en alimentant les modèles.
En novembre 2025, Cloudflare avait déjà acquis Replicate, ajoutant plus de 50 000 modèles IA à sa plateforme Workers AI. Chaque pièce du puzzle se met en place.
Le paradoxe du projet gratuit qui enrichit les géants
L’ironie de la situation n’échappera à personne. Clawdbot est entièrement open source, distribué sous licence MIT. Son créateur ne gagne pas un centime sur les 20 000 développeurs qui l’ont adopté. Mais ce projet gratuit génère indirectement des millions de dollars de valeur pour Cloudflare, Anthropic (dont le modèle Claude propulse l’agent), et Apple (dont les Mac mini se vendent comme des petits pains pour faire tourner le bot 24h/24).
Peter Steinberger plaisante d’ailleurs sur le fait d’avoir « fait monter le cours de l’action Apple » sans le vouloir. Il aurait pu ajouter Cloudflare à la liste.
Ce que Wall Street a compris avant tout le monde
La hausse de 11% de Cloudflare en une seule journée — sur la base d’un projet open source créé par un développeur indépendant — révèle une mutation profonde de l’économie numérique.
Les marchés financiers ne parient plus seulement sur les créateurs d’IA. Ils parient sur l’infrastructure qui permettra à ces IA d’agir dans le monde réel. Les câbles, les serveurs, les tunnels sécurisés, les passerelles API — tout ce qui reste invisible mais sans quoi rien ne fonctionne.
2025 était l’année des agents de programmation, confinés dans les terminaux des développeurs. 2026 s’annonce comme l’année où ces agents sortent dans le monde réel, commandent des pizzas, réservent des billets d’avion et négocient des contrats.
Et pour chaque action qu’ils effectueront, quelqu’un encaissera les péages de l’autoroute.
Cloudflare a bien l’intention d’être ce quelqu’un.
Sources :
- medium.com
- finance.yahoo.com
- tipranks.com
- cloudflare.com

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.