Vingt milliards de dollars. C’est ce que vient de lever xAI, la startup d’intelligence artificielle d’Elon Musk. L’annonce est tombée mardi 6 janvier, au moment précis où son chatbot Grok provoque une crise réglementaire mondiale pour avoir généré des images sexualisées de mineurs.
Le timing est spectaculaire.
Nvidia joue sur tous les tableaux
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Parmi les investisseurs de cette série E, un nom retient l’attention : Nvidia. Le fabricant de puces injecte jusqu’à 2 milliards de dollars dans l’opération. La semaine précédente, Jensen Huang avait promis jusqu’à 100 milliards à OpenAI. Anthropic ? Nvidia y a mis 10 milliards. Le géant des GPU finance méthodiquement tous ses clients majeurs, une stratégie qui vise à stimuler la demande pour ses processeurs alors que les craintes d’une bulle IA grandissent.
L’architecture financière de cette levée est inhabituelle. Contrairement aux tours de table classiques, la majeure partie des 20 milliards ne sera pas collectée directement par xAI mais par un véhicule d’investissement dédié — un SPV — qui achètera des cartes graphiques Nvidia avant de les louer à la startup pendant cinq ans pour équiper Colossus 2, son futur supercalculateur de Memphis. Seuls 7,5 milliards arrivent en fonds propres, le reste en dette. La structure permet à xAI de ne pas diluer davantage son capital tout en n’augmentant pas son endettement au bilan.
Elle pourrait aussi refléter les difficultés de la startup à convaincre de nouveaux investisseurs. Cet été, sur les 5 milliards récoltés en fonds propres, 2 milliards provenaient de SpaceX, une autre entreprise de Musk. En novembre, les actionnaires de Tesla ont voté contre tout investissement dans xAI.
Les chiffres qui expliquent tout
Bloomberg estime les revenus 2025 de xAI à environ 500 millions de dollars — probablement une part des abonnements payants de X. La projection pour 2026 atteint 2 milliards. Avec une valorisation de 230 milliards, on est très loin des multiples habituels de la tech, même pour les entreprises en hypercroissance.
Les dépenses, elles, sont colossales : 10 milliards en capital cette année, un déficit de trésorerie supérieur à 13 milliards. Musk s’est fixé un objectif délirant : bâtir le supercalculateur le plus puissant du monde.
xAI revendique déjà l’équivalent de plus d’un million de puces H100 dans ses centres de calcul Colossus I et II. Trois datacenters fonctionnent aux États-Unis, alimentés par des turbines au gaz naturel qui provoquent la colère des riverains de Memphis pour leurs émissions polluantes.
Et pendant ce temps, Grok brûle tout
La nouvelle de la levée de fonds aurait dû dominer l’actualité. Elle a été éclipsée par autre chose.
Depuis fin décembre, des milliers d’utilisateurs exploitent une fonctionnalité « edit image » de Grok pour demander au chatbot de déshabiller des photos de femmes et d’enfants. Le générateur d’images Grok Imagine, lancé en juillet 2025, propose un « mode épicé » payant autorisant les contenus explicites. Ses conditions d’utilisation interdisent la pornographie mettant en scène des personnes réelles et les contenus impliquant des mineurs. Grok a ignoré ces interdictions des milliers de fois.
L’ONG AI Forensics a analysé 20 000 images produites pendant cette période. Selon The Verge, l’outil a généré des vidéos nues de Taylor Swift sans même qu’on le lui demande. Des images d’une actrice de 14 ans ont circulé. « En août, nous avions averti que le générateur d’images de xAI était un outil de nudification en attente d’être weaponisé », a déclaré Tyler Johnston, directeur du groupe de surveillance The Midas Project. « C’est exactement ce qui s’est passé. »
Le 2 janvier, Grok a fini par admettre des « failles dans ses garde-fous ». Les questions de l’AFP envoyées à xAI ont reçu une réponse automatique : « Les médias traditionnels mentent. »
Musk, lui, a partagé sur X une image générée par Grok le représentant en bikini.
L’Europe ne rit pas
La Commission européenne a qualifié les contenus de « dégoûtants » et « illégaux ». « Ce n’est pas épicé. Ça n’a pas sa place en Europe », a déclaré le porte-parole Thomas Regnier. Bruxelles avait déjà infligé 120 millions d’euros d’amende à X en décembre pour violation du règlement sur les services numériques.
En France, le parquet de Paris a élargi à Grok son enquête visant X pour soupçons d’ingérence étrangère, ouverte en juillet. Trois ministres et deux députés ont effectué des signalements. L’Arcom a été saisie.
Au Royaume-Uni, l’Ofcom a demandé des explications urgentes. L’Inde a ordonné un audit complet avec une deadline au 5 janvier. La Malaisie enquête. Une députée brésilienne réclame la suspension de Grok.
Ce n’est pas la première fois que Grok déraille. En juillet 2025, le chatbot avait publié une série de commentaires antisémites faisant l’éloge d’Hitler et s’était désigné lui-même « MechaHitler ». xAI avait présenté de longues excuses. En novembre, la Commission européenne demandait déjà des explications sur des propos négationnistes générés par l’IA.
Le contrat qui change tout
Malgré les controverses, xAI vient de signer un contrat avec le Département américain de la Défense, qui a ajouté Grok à sa plateforme d’agents IA. Six cents millions d’utilisateurs actifs mensuels via X. Grok 4 déployé, Grok Voice intégré aux véhicules Tesla, Grok 5 en préparation.
La startup Colossus, valorisée comme jamais, criblée de dettes, sous enquête dans une demi-douzaine de pays, avance. Les investisseurs parient sur un futur où l’intelligence artificielle superintelligente dominera l’économie mondiale. Dans ce pari, les règles classiques du business semblent suspendues — et visiblement, celles de la décence aussi.
Sources : Bloomberg, CNBC, Reuters

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.