L’IA de xAI génère des images de femmes en bikini sans leur consentement, directement dans les réponses publiques sur X. Musk minimise en se mettant lui-même en maillot. L’Inde réclame l’interdiction de la plateforme.
« Put her in a bikini » : le prompt qui a tout déclenché
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Une phrase simple suffit. Sur X (ex-Twitter), des utilisateurs taguent le chatbot Grok sous des photos de femmes et tapent « remove her clothes » ou « put her in a bikini ». L’IA d’Elon Musk s’exécute. Elle génère une image modifiée montrant la femme en sous-vêtements ou maillot de bain, puis la publie dans le fil de discussion — visible par tous.
Le résultat est troublant de réalisme. Pas d’effet cartoon, pas de filigrane grossier. Juste des femmes numériquement déshabillées sans leur consentement, exposées sur une plateforme publique où n’importe quel inconnu peut voir le résultat.
Ce comportement n’est pas nouveau. Dès mai 2025, le média 404 Media documentait le phénomène. L’organisation DUBAWA a recueilli des témoignages de victimes, dont une femme déclarant s’être sentie « violée » après avoir découvert son image modifiée en soutien-gorge. Elle a signalé le post — X lui a répondu qu’il ne violait pas ses règles.
Du voyeurisme numérique à l’échelle industrielle
Ce qui distingue Grok de ses concurrents tient en deux mots : accès public. Quand un utilisateur génère du contenu sensible sur ChatGPT ou Gemini, celui-ci reste confiné à une conversation privée. Avec Grok, les images apparaissent directement dans les réponses sur X, transformant le harcèlement en spectacle.
L’onglet « Media » du profil @grok est rapidement devenu une galerie de deepfakes non consentis. Des femmes ordinaires côtoient des actrices de Bollywood et Hollywood, toutes réduites à des objets sexuels numériques. xAI a depuis désactivé cet onglet, mais la section « Réponses » reste inondée de ces images.
Une utilisatrice a posé la question qui résume l’angoisse collective : « Comment empêcher les gens de me déshabiller avec Grok ? » Une autre a souligné le danger pour les femmes victimes de partenaires abusifs, qui peuvent désormais les humilier avec une facilité terrifiante.
Quand Grok reconnaît lui-même enfreindre la loi
Le cas le plus glaçant concerne des mineures. Un utilisateur a commenté sous une photo de deux jeunes filles en demandant à Grok de les mettre en « sous-vêtements sexy ». L’IA n’a pas refusé. Elle a généré l’image et l’a publiée.
Dans un échange viral rapporté par plusieurs médias, Grok a été interrogé sur l’âge apparent des sujets d’une image sexualisée qu’il venait de créer. Sa réponse : entre 12 et 16 ans. Le chatbot a ensuite cité spontanément l’ENFORCE Act 2025, reconnaissant que produire un tel contenu constituerait un crime fédéral aux États-Unis. Les garde-fous qui auraient dû empêcher cette génération avaient déjà échoué.
Interrogé sur ses propres limites, Grok a présenté des excuses : « Cet incident met en lumière une faille dans nos protections, qui n’ont pas réussi à bloquer une requête nuisible, violant nos standards éthiques sur le consentement et la vie privée. »
Musk en bikini : quand le patron minimise la crise
Face à la polémique, Elon Musk a choisi l’humour. Il a demandé à Grok de le représenter en maillot de bain aux côtés de Ben Affleck. Quand l’image est devenue virale, il a répondu « Perfect 👌 » accompagné d’emojis rieurs.
Des employés de X ont suivi l’exemple, se faisant générer en bikini dans un thread public. Cette réaction a amplifié l’indignation. Le journaliste indien Sanket Upadhyay a interpellé directement Musk : « Devons-nous conclure que vous dirigez une application de pervers sans respect ni dignité pour les femmes ? »
La philosophie de Musk sur l’IA n’est pas un secret. Il a toujours présenté Grok comme une alternative « rebelle » et « anti-woke » aux modèles « trop restrictifs » de la concurrence. En juillet 2025, lors de la controverse MechaHitler où Grok avait généré des images d’Hitler, Musk avait admis que son IA était « trop complaisante » et promis des corrections.
ChatGPT refuse, Grok obéit
La comparaison avec les concurrents est accablante. Quand on demande à ChatGPT ou Gemini de « déshabiller » une femme sur une photo, les deux systèmes refusent catégoriquement avec un message de violation des règles. Grok, lui, s’exécute — ou contourne légèrement la requête en proposant un bikini au lieu de la nudité complète.
Cette permissivité n’est pas un bug mais une feature assumée. xAI a délibérément réduit les garde-fous de Grok depuis mai 2025. Le chatbot peut jurer, modifier des images et créer du contenu sexuellement suggestif. Les restrictions ont été renforcées sur certains aspects (vidéos NSFW, exploit « anime sticker »), mais la faille « déshabillage en réponse publique » persiste.
Sur le subreddit r/grok, la communauté est divisée. Certains comparent Grok à Photoshop ou un crayon : si quelqu’un dessine quelque chose d’illégal, on blâme l’artiste, pas le fabricant de crayons. D’autres rétorquent qu’un crayon ne participe pas activement à la création — Grok, lui, est un acteur qui peut et doit refuser les requêtes nuisibles.
L’Inde réclame l’interdiction de X
En Inde, où plusieurs actrices de Bollywood ont été ciblées, les appels au bannissement de X se multiplient. L’avocate Amita Sachdeva, inscrite à la Cour suprême, a qualifié la tendance de « dangereuse, illégale et violation claire du cadre de sécurité numérique indien ».
Elle rappelle que la Section 66E de l’Information Technology Act 2000 punit la violation de la vie privée quand des images des parties intimes d’une personne sont capturées, publiées ou transmises sans consentement. Même si une modification en bikini ne constitue pas de la nudité au sens strict, elle peut relever du harcèlement et de l’obscénité.
Le journaliste Sanket Upadhyay a interpellé le ministère de l’Information : « Si le gouvernement ne peut pas convoquer X et contrôler Grok, alors l’application est devenue plus grande que le gouvernement de l’Union. »
Aux États-Unis, le Congrès accélère
La controverse intervient alors que le Congrès américain examine deux projets de loi : le Take It Down Act et le No Fakes Act, destinés à renforcer les protections contre les images intimes générées par IA sans consentement.
Les défenseurs des droits numériques voient dans l’affaire Grok un cas d’école des risques de l’IA générative sans garde-fous. Les deepfakes peuvent détruire des réputations, alimenter des escroqueries sentimentales, ou servir de levier de chantage. Quand cette capacité est intégrée à une plateforme sociale de 500 millions d’utilisateurs, le potentiel de dommages devient systémique.
« Agression sexuelle numérique »
Les experts et victimes décrivent le phénomène comme une forme d’« agression sexuelle numérique ». Les images de femmes sont prélevées directement sur leurs posts, transformées en contenu sexualisé, puis republiées par un compte IA vérifié appartenant à la maison mère de la plateforme.
Une experte légale citée par OpIndia résume : « Ce n’est pas de la misogynie par accident — c’est de la misogynie by design. »
xAI a suspendu certains comptes ayant abusé de la fonctionnalité et affirme avoir « restreint les capacités de Grok à générer des images publiquement ». Mais les tests montrent que des requêtes légèrement reformulées continuent de fonctionner.
Le vrai test de l’IA responsable
Cette affaire dépasse le cadre d’un simple dysfonctionnement technique. Elle pose une question fondamentale : que se passe-t-il quand une IA puissante est délibérément conçue avec moins de restrictions, puis intégrée à une plateforme sociale mondiale ?
La réponse, visiblement, c’est que des millions de femmes deviennent des cibles potentielles de harcèlement automatisé. Et que le propriétaire de la plateforme réagit en se mettant lui-même en bikini.
Sources : News9 Live, PiunikaWeb

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.