Le 3 février 2026, la police française a perquisitionné les bureaux de X à Paris. Elon Musk et l’ancienne PDG Linda Yaccarino sont convoqués pour audition le 20 avril. Les accusations sont graves : complicité de diffusion d’images pédopornographiques, deepfakes sexuels non consentis, négationnisme. L’affaire Grok devient une crise judiciaire internationale.
À 6 heures du matin, la cybergendarmerie française, appuyée par Europol, a investi les locaux parisiens de X, l’ex-Twitter. Les enquêteurs ont saisi documents et matériel informatique dans le cadre d’une procédure ouverte en janvier 2025 par la section cybercriminalité du parquet de Paris. Une enquête qui a depuis pris une ampleur que personne n’avait anticipée.
Les chefs d’accusation
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La procureure Laure Beccuau a détaillé le périmètre de l’enquête dans un communiqué publié sur X — avant d’annoncer que le parquet quittait la plateforme. Les infractions visées sont multiples :
- Complicité de détention et diffusion d’images pédopornographiques. Grok, le chatbot d’intelligence artificielle intégré à X, aurait permis la génération et la diffusion de contenus représentant des mineurs dans des contextes sexualisés.
- Atteinte à l’image des personnes par création de deepfakes sexuels. Des utilisateurs ont exploité Grok pour « déshabiller » numériquement des femmes — célébrités, politiques, mais aussi personnes ordinaires — sans leur consentement.
- Négationnisme. Grok a généré des contenus niant l’Holocauste, un délit pénal en France. Le chatbot a notamment affirmé que les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau étaient « conçues pour la désinfection au Zyklon B contre le typhus » — une formulation classique du négationnisme. Le message a ensuite été corrigé, mais le mal était fait.
- Manipulation d’un système de traitement automatisé de données en bande organisée. Une qualification qui vise l’architecture même de Grok et son exploitation à grande échelle.
Musk et Yaccarino convoqués
Le parquet a adressé des convocations pour « audition libre » à Elon Musk, PDG de xAI et propriétaire de X, ainsi qu’à Linda Yaccarino, qui a dirigé la plateforme de mai 2023 à juillet 2025. La date fixée : le 20 avril 2026.
D’autres employés de X sont convoqués la même semaine en qualité de témoins.
Le parquet a précisé que cette démarche se veut « constructive » et vise à « s’assurer que la plateforme X se conforme aux lois françaises dans la mesure où elle opère sur le territoire national ». Une formulation diplomatique qui masque à peine la tension avec l’empire Musk.
3 millions d’images en 11 jours
Pour comprendre l’ampleur du scandale, il faut remonter à fin décembre 2025. Le 29 décembre, Musk annonce une nouvelle fonctionnalité : la possibilité d’éditer n’importe quelle image publiée sur X en un clic via Grok. L’outil est accessible à tous, gratuitement.
Ce qui suit dépasse l’imagination. Selon une étude du Center for Countering Digital Hate (CCDH), organisation britannique de surveillance du numérique, Grok a généré environ 3 millions d’images sexualisées en 11 jours — soit 190 par minute. Parmi elles, 23 000 semblent représenter des enfants.
Le rapport détaille des cas glaçants : un utilisateur transformant le « selfie avant l’école » d’une enfant en image de bikini, six fillettes représentées en micro-bikinis, des professionnelles de santé dans des poses explicites. Au 15 janvier, 29 % des images d’enfants identifiées dans l’échantillon étaient encore accessibles sur X.
Les victimes identifiées incluent des célébrités — Selena Gomez, Taylor Swift, Nicki Minaj — et des personnalités politiques comme Ebba Busch, vice-première ministre suédoise, ou Kamala Harris, alors vice-présidente des États-Unis. Mais aussi des anonymes, victimes de harcèlement ciblé.
Ashley St. Clair, ancienne compagne de Musk avec qui il se dispute actuellement la garde de leur fils, a porté plainte contre xAI. Des utilisateurs ont généré des images sexualisées et antisémites d’elle — y compris à partir d’une photo prise quand elle avait 14 ans.
Une catastrophe prévisible ?
Selon une enquête du Washington Post publiée le 2 février, la dérive de Grok n’est pas un accident. Elle résulterait d’une stratégie délibérée poussée par Musk lui-même.
Le journal cite sept anciens employés de X et xAI, ainsi que des documents internes. Leur récit : Grok stagnait dans les classements d’applications, loin derrière ChatGPT. Musk aurait ordonné de « sexualiser » le chatbot pour attirer des utilisateurs — petites amies et petits amis virtuels explicites, images suggestives, conversations érotiques.
L’équipe sécurité de xAI ? Deux à trois personnes pendant la majeure partie de 2025, selon ces sources. Leurs alertes sur les risques auraient été ignorées.
Le 9 janvier 2026, face au tollé international, X a restreint l’édition d’images aux utilisateurs payants. Le 14 janvier, des filtres ont été ajoutés pour bloquer le « déshabillage » de personnes réelles. Mais l’application Grok autonome continue de générer ces images. Et les restrictions géographiques promises restent floues.
L’Europe en ordre de bataille
La France n’est pas seule. L’affaire Grok a déclenché une vague d’enquêtes sans précédent.
Commission européenne. Bruxelles a ouvert une procédure le 26 janvier sous le Digital Services Act (DSA). La question : X a-t-elle suffisamment atténué les risques liés à Grok ? L’UE a déjà infligé 120 millions d’euros d’amende à X en décembre 2025 pour des manquements au DSA — notamment les coches bleues trompeuses.
Royaume-Uni. L’Information Commissioner’s Office (ICO), régulateur des données personnelles, a ouvert une enquête formelle le 3 février sur X et xAI. William Malcolm, directeur exécutif de l’ICO, a déclaré que les rapports sur Grok « soulèvent des questions profondément troublantes sur la façon dont les données personnelles ont été utilisées pour générer des images intimes ou sexualisées sans le consentement des personnes concernées ».
En parallèle, l’Ofcom, régulateur des médias, enquête depuis janvier sur d’éventuelles violations de l’Online Safety Act. Les sanctions possibles : 24 millions de dollars ou 10 % du chiffre d’affaires mondial, selon le montant le plus élevé.
Californie. Le procureur général Rob Bonta a envoyé une mise en demeure à xAI en janvier, exigeant l’arrêt de la « création illégale » de deepfakes sexuels et de matériel pédopornographique. Une enquête est ouverte.
Malaisie, Indonésie, Philippines. Ces trois pays ont purement et simplement bloqué Grok sur leur territoire.
Irlande. X a refusé de comparaître devant la commission parlementaire des médias. Le siège européen de X se trouve à Dublin.
La réponse de Musk : « Chasse aux sorcières »
Fidèle à sa stratégie, Elon Musk a transformé la procédure judiciaire en combat idéologique. Le département Global Government Affairs de X a publié un communiqué incendiaire :
« La perquisition mise en scène d’aujourd’hui renforce notre conviction que cette enquête déforme le droit français, contourne la procédure régulière et met en danger la liberté d’expression. X est déterminée à défendre ses droits fondamentaux ainsi que ceux de ses utilisateurs. Nous ne nous laisserons pas intimider par les actions des autorités judiciaires françaises. »
Sur X, Musk a dénoncé une « chasse aux sorcières politique ». Il affirme n’être « au courant d’aucune image nue de mineurs générée par Grok » et promet que la version américaine ne permettra que la « nudité du haut du corps d’humains adultes imaginaires ».
Une ligne de défense qui ignore les 23 000 images d’enfants documentées par le CCDH et les témoignages d’anciens employés.
Le timing de la fusion SpaceX-xAI
La perquisition intervient au lendemain d’une annonce majeure : SpaceX a racheté xAI pour former une entité valorisée 1 250 milliards de dollars. Grok, X et Starlink passent sous le même toit.
Certains observateurs y voient une manœuvre. En plaçant xAI sous le parapluie spatial américain, Musk réduirait l’emprise des régulateurs européens. L’IA de Grok échapperait au Digital Services Act et pourrait évoluer hors de portée de Bruxelles.
La Commission européenne n’est pas dupe. Elle perçoit cette fusion comme un défi juridique — une tentative de contourner l’AI Act en consolidant un écosystème opaque mêlant données, spatial et réseaux sociaux.
La question centrale : qui est responsable ?
Au-delà du cas Musk, l’affaire Grok pose une question juridique fondamentale : qui est responsable quand une IA cause un préjudice ?
J.B. Branch, de l’organisation Public Citizen, résume l’enjeu : « Les régulateurs devraient examiner si les choix de conception de l’entreprise rendaient prévisible une utilisation illégale, si les évaluations des risques étaient adéquates et si les dispositifs de protection avaient été réellement testés avant le lancement. »
En d’autres termes : Grok n’est pas un accident. C’est un produit. Et un produit qui génère 190 images sexualisées par minute — dont une d’enfant toutes les 41 secondes — a été conçu, déployé et monétisé par des décideurs identifiables.
La France trace une ligne dure. Après l’affaire Telegram et l’arrestation de Pavel Durov, le message est clair : la liberté numérique n’est pas un blanc-seing. Et les plateformes américaines qui opèrent sur le territoire français sont soumises au droit français.
Reste à savoir si Musk répondra à la convocation du 20 avril. Ou s’il choisira, comme il le fait souvent, de défier les institutions depuis la Californie.
Chronologie de l’affaire Grok
| Date | Événement |
|---|---|
| 29 décembre 2025 | Musk annonce l’édition d’images en un clic via Grok |
| 9 janvier 2026 | Restriction aux utilisateurs payants après tollé |
| 14 janvier 2026 | Filtres anti-déshabillage ajoutés sur X |
| 22 janvier 2026 | Rapport CCDH : 3 millions d’images, 23 000 d’enfants |
| 25 janvier 2026 | UE ouvre enquête DSA |
| 26 janvier 2026 | Ofcom (UK) ouvre enquête |
| Janvier 2026 | Malaisie, Indonésie, Philippines bloquent Grok |
| 2 février 2026 | SpaceX rachète xAI |
| 3 février 2026 | Perquisition X Paris, convocation Musk |
| 20 avril 2026 | Date fixée pour l’audition de Musk et Yaccarino |
Sources : parquet de Paris, aljazeera.com, pbs.org

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.