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Yann LeCun quitte Meta et lâche sa bombe : « Les LLM sont une impasse, la Chine va gagner »

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Yann Lecun, figure historique de l’intelligence artificielle et chief AI scientist de Meta pendant douze ans, également lauréat du prix Turing, vient de claquer la porte. Sa conclusion : l’industrie entière fonce dans le mur. Et pendant ce temps, la Chine construit l’avenir.

Yann LeCun ne mâche pas ses mots. Dans une interview au New York Times depuis son domicile parisien, le chercheur franco-américain de 65 ans tire à boulets rouges sur l’obsession de la Silicon Valley pour les grands modèles de langage.

« Toute l’industrie a été LLM-pilled », lâche-t-il, reprenant le jargon de la tech pour décrire ce qu’il considère comme un aveuglement collectif. « Il y a cet effet de troupeau où tout le monde doit travailler sur la même chose. Cela ne laisse pas beaucoup de place à d’autres approches qui pourraient être bien plus prometteuses à long terme. »

« Les LLM ne comprennent rien au monde réel »

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Pour LeCun, le diagnostic est sans appel : les modèles comme ChatGPT, Claude ou Gemini sont fondamentalement limités parce qu’ils n’apprennent que du texte, sans aucune expérience du monde physique.

Résultat : ces systèmes sont incapables de planifier des actions, de comprendre les contraintes du réel, ou d’éviter l’accumulation d’erreurs. LeCun compare ça à des voitures qui se télescopent sur une autoroute — chaque erreur en entraîne une autre, sans mécanisme de correction.

« Les LLM ne sont pas une voie vers la superintelligence ou même l’intelligence de niveau humain. Je le dis depuis le début », martèle-t-il. « Les systèmes actuels ne peuvent absolument pas planifier ce qu’ils vont faire. »

C’est cette conviction qui l’a poussé à fonder AMI Labs (Advanced Machine Intelligence), une startup basée à Paris qui vise à développer des « world models » — des systèmes capables d’apprendre à partir de vidéos et de données spatiales plutôt que de texte seul.

Le chaos interne chez Meta

Le départ de LeCun intervient dans un contexte tendu chez Meta. Le chercheur révèle au Financial Times que Mark Zuckerberg a « pratiquement mis sur la touche toute l’organisation GenAI » après le fiasco de Llama 4, accusé d’avoir maquillé ses benchmarks.

Le nouveau patron de l’IA chez Meta ? Alexandr Wang, 29 ans, dont la startup Scale AI a été rachetée 15 milliards de dollars. LeCun ne cache pas son scepticisme : « Jeune et inexpérimenté », lâche-t-il dans la presse.

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Les nouvelles recrues sont « complètement LLM-pilled », ajoute-t-il. « Beaucoup de gens sont partis, beaucoup de gens qui ne sont pas encore partis vont partir. »

Le timing n’est pas anodin. Six mois plus tôt, Zuckerberg avait investi des milliards dans un nouveau laboratoire dédié à la « superintelligence », suite aux critiques sur les performances décevantes de Llama 4. Une réponse stratégique qui semble avoir accéléré la rupture avec son chief scientist historique.

L’avertissement chinois

Mais c’est sur le front géopolitique que LeCun se montre le plus alarmiste. Alors qu’il a longtemps défendu l’open source chez Meta — poussant l’entreprise à publier les modèles Llama —, il constate que les géants américains font désormais machine arrière.

« C’est un désastre », tranche-t-il. « Si tout le monde est ouvert, le domaine dans son ensemble progresse plus vite. »

OpenAI a fermé ses modèles depuis longtemps. Anthropic n’a jamais été ouvert. Google garde jalousement ses avancées. Et Meta elle-même semble réviser sa stratégie après les déconvenues de Llama 4.

Pendant ce temps, la Chine fait exactement l’inverse.

Les chiffres sont vertigineux : selon une étude d’OpenRouter et Andreessen Horowitz portant sur 100 000 milliards de tokens, les modèles open source chinois sont passés de 1,2 % de l’usage mondial fin 2024 à près de 30 % en quelques mois. Qwen d’Alibaba dépasse désormais 700 millions de téléchargements sur Hugging Face — le système open source le plus utilisé au monde. DeepSeek a stupéfait l’industrie avec des modèles rivalisant avec GPT-4 à une fraction du coût d’entraînement.

« Les bonnes idées viennent de Chine », assène LeCun. « Mais la Silicon Valley a un complexe de supériorité. Elle ne peut pas imaginer que les bonnes idées puissent venir d’ailleurs. »

La tour de Babel de l’IA

Le paradoxe est cruel. Les restrictions américaines sur l’export de puces Nvidia vers la Chine étaient censées freiner Pékin. Elles ont produit l’effet inverse : privées de hardware illimité, les entreprises chinoises ont été forcées d’innover sur l’efficacité.

DeepSeek a développé des architectures « mixture-of-experts » qui n’activent qu’une partie du réseau neuronal pour chaque tâche, permettant des performances comparables avec des ressources bien moindres. Une approche que les labos américains, habitués à l’abondance de GPU, n’avaient pas eu besoin d’explorer.

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LeCun compare la course actuelle aux LLM toujours plus gros à la construction d’une « tour de Babel moderne destinée à s’effondrer ». Pendant que Sam Altman et Demis Hassabis empilent les data centers, la Chine pourrait prendre la tête en pariant sur d’autres architectures.

Au Forum de Davos, les analystes ont noté que l’écart technologique entre l’Occident et la Chine s’est réduit à environ six mois. Une estimation qui fait froid dans le dos quand on sait qu’il se mesurait en années il y a encore peu.

Le pari AMI Labs

LeCun met désormais son héritage scientifique en jeu. AMI Labs, valorisée autour de 3 milliards d’euros avant même d’avoir lancé un produit, incarne son pari : l’intelligence véritable ne naîtra pas du texte, mais de la compréhension du monde physique.

« La vraie intelligence ne commence pas par le langage. Elle commence dans le monde », résume-t-il.

Le chercheur a déjà recruté Laurent Solly, ancien vice-président Europe de Meta. Il lorgnerait également sur d’autres talents, dont potentiellement Xie Saining comme chief scientist.

Si LeCun a raison, on assiste peut-être au plus grand gaspillage de capital-risque de l’histoire de la tech — des centaines de milliards jetés dans une impasse. S’il a tort, ce sera une note de bas de page.

Mais avec un prix Turing, quarante ans de carrière, et le fait d’avoir prédit la révolution du deep learning quand d’autres n’y voyaient que de la science-fiction, Yann LeCun n’est pas exactement du genre à lancer des grenades au hasard.

Et pendant que la Silicon Valley débat, les modèles chinois continuent de grimper.

Sources :

  • nytimes.com
  • goodtech.info
  • ft.com (Financial Times)

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.