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L’IA propulse Samsung : profits triplés et 800 millions d’appareils Gemini

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Samsung vient d’annoncer des bénéfices qui donnent le vertige.

Le géant sud-coréen prévoit un résultat opérationnel de 20 000 milliards de wons — environ 13,8 milliards de dollars — pour le quatrième trimestre 2025. C’est trois fois plus que l’année précédente. Un nouveau record trimestriel qui dépasse celui de 2018, jusqu’ici inégalé. L’action a bondi de 125 % sur l’année, sa plus forte progression en 26 ans.

Le responsable ? L’intelligence artificielle. Ou plus exactement, la faim insatiable des géants de l’IA pour les puces mémoire.

Les datacenters affament le marché

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Les centres de données qui entraînent et font tourner les modèles d’IA comme GPT-5 ou Gemini ont besoin de quantités astronomiques de mémoire HBM — High Bandwidth Memory, ces puces ultra-rapides capables de transférer des téraoctets de données par seconde. Samsung, SK Hynix et Micron sont les trois seuls fabricants au monde capables de les produire.

Le problème : la demande explose et l’offre ne suit pas. Quand les fabricants réorientent leurs lignes de production vers les puces IA haut de gamme, ils produisent moins de mémoire conventionnelle pour les smartphones et les PC. Résultat : les prix de la DDR5 standard ont grimpé de 314 % au quatrième trimestre par rapport à l’année précédente. Un module de 32 Go est passé de 149 à 239 dollars chez certains distributeurs.

Cette pénurie, paradoxalement, profite massivement à Samsung. Le géant coréen dispose de la plus grande capacité de production de mémoire conventionnelle au monde. Quand les prix flambent, ses marges explosent.

Le retour du roi

Il y a un an, le PDG Jun Young-hyun présentait des excuses publiques. Samsung avait raté le virage des puces HBM pour l’IA, laissant son rival SK Hynix s’imposer comme fournisseur exclusif de Nvidia. L’humiliation était totale.

Aujourd’hui, le discours a changé. « Samsung est de retour », ont déclaré plusieurs clients après avoir testé les échantillons des nouvelles puces HBM4 du groupe. La production de masse est prévue pour 2026, ciblant notamment les futures plateformes Rubin de Nvidia et Instinct MI400 d’AMD.

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SK Hynix reste leader avec 53 % du marché HBM au troisième trimestre 2025. Samsung suit avec 35 %, Micron ferme la marche à 11 %. Mais les analystes de Macquarie anticipent un doublement des ventes HBM de Samsung cette année. Le cabinet a relevé son objectif de cours de 37 % et maintient le titre sur sa « liste d’achat de premier plan ».

Les projections pour 2026 sont délirantes. Le bénéfice opérationnel devrait dépasser 100 000 milliards de wons — plus du double de 2025. La division semi-conducteurs représenterait à elle seule 55 % des ventes et 90 % des profits. Les smartphones et l’électroménager ? Leur contribution aux bénéfices devient « négligeable », selon les analystes.

Pendant ce temps, au CES de Las Vegas

Mais Samsung ne se contente pas de vendre des puces aux autres. Le groupe veut aussi mettre l’IA entre les mains de ses propres clients.

Au CES 2026, le co-PDG TM Roh a annoncé l’objectif de doubler le nombre d’appareils mobiles équipés de Gemini, l’IA de Google, pour atteindre 800 millions d’unités d’ici fin 2026. Quatre cents millions l’année dernière. Le double cette année. Et pas seulement des smartphones : tablettes, montres, téléviseurs, réfrigérateurs, aspirateurs robots.

« Nous appliquerons l’IA à tous les produits, toutes les fonctions et tous les services aussi rapidement que possible », a-t-il déclaré à Reuters.

La stratégie s’appelle « AX » pour AI Transformation. Samsung montre un aspirateur robot capable de détecter l’eau renversée grâce à un capteur 3D. Un téléviseur de 130 pouces qui suggère des recettes quand vous regardez une émission culinaire et envoie les instructions à votre four connecté. Un réfrigérateur dont la caméra reconnaît automatiquement les aliments et propose des menus en fonction de ce qui va périmer.

Le message est clair : pendant qu’Apple peaufine Siri en interne, Samsung inonde le marché avec l’IA de Google.

Le paradoxe du succès

Sauf que les deux activités se mordent la queue.

Le boom des puces IA assèche l’approvisionnement en mémoire pour les appareils grand public. TM Roh l’a admis : une hausse des prix des smartphones et téléviseurs est « inévitable ». Les instituts IDC et Counterpoint anticipent même une contraction du marché mondial des smartphones en 2026, la pénurie menaçant de freiner les ventes.

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Samsung se retrouve dans une position étrange : plus la division semi-conducteurs gagne d’argent en vendant des puces aux datacenters, plus la division mobile peine à s’approvisionner. Le PDG de Micron, Sanjay Mehrotra, a prévenu que son entreprise ne pourrait répondre qu’à « la moitié ou aux deux tiers de la demande » de plusieurs clients majeurs jusqu’en 2027.

La pénurie devrait perdurer, selon les analystes. Certains évoquent 2028 avant un retour à la normale.

Un empire vertical

Ce qui distingue Samsung de ses concurrents, c’est son intégration verticale. Le groupe fabrique les puces mémoire, les processeurs, les écrans, et assemble lui-même les produits finis. Quand Apple dépend de TSMC pour ses processeurs et de Samsung pour ses écrans OLED, Samsung maîtrise toute la chaîne.

Cette structure lui permet d’absorber les chocs mieux que quiconque. Et de transformer une pénurie mondiale en machine à profits.

Pour Google, le partenariat renforcé avec Samsung tombe à pic. Gemini 3 vient de reprendre l’avantage sur ChatGPT dans les benchmarks. Huit cents millions d’appareils équipés de son IA représentent une distribution massive qu’OpenAI, sans écosystème matériel, ne peut pas égaler.

La bataille de l’IA se joue désormais autant dans les datacenters que dans les poches des consommateurs. Samsung a décidé de jouer sur les deux tableaux. Et pour l’instant, ça paye.


Sources : Reuters, Bloomberg, Boursorama

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.