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Cette IA découvre des sites archéologiques invisibles sous les forêts françaises

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Sous la canopée de la forêt de Compiègne, à quelques mètres sous vos pieds, il y a probablement un village gaulois. Vous ne le voyez pas. Personne ne le voit. Mais un algorithme, lui, l’a repéré.

ArchéologIA, un programme du Ministère de la Culture, utilise l’intelligence artificielle pour analyser des données LiDAR — ces faisceaux laser qui cartographient le relief du sol en 3D, même sous une couverture forestière dense. L’IA détecte automatiquement des anomalies de microrelief : un tertre à peine perceptible, les fondations d’un bâtiment ruiné, un fossé comblé depuis des siècles. Des indices invisibles à l’œil nu, même pour un archéologue chevronné.

La France compte 500 000 sites archéologiques enregistrés dans la carte archéologique nationale. Gisements préhistoriques, villages néolithiques, camps de l’âge du Bronze, nécropoles de l’âge du Fer, sanctuaires antiques, fortifications médiévales — près d’un million d’années d’occupation humaine. Et les archéologues savent que ce chiffre est une sous-estimation massive. Des milliers de sites dorment sous les forêts, les champs et les villes, sans que personne ne soupçonne leur existence.

Le problème : trop de données, pas assez d’yeux

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Depuis des décennies, l’archéologie aérienne a révélé des sites spectaculaires grâce aux survols et aux relevés laser. Mais la quantité de données produites dépasse de loin la capacité d’analyse humaine. Un seul survol LiDAR d’une zone forestière génère des millions de points de mesure. Un archéologue peut passer des semaines à scruter ces cartes numériques pour repérer une anomalie significative. Et il en manquera forcément.

L’IA change l’équation. Elle automatise la préparation des données, identifie les formes suspectes et signale les zones à fort potentiel archéologique. L’archéologue intervient ensuite pour confirmer, interpréter et décider s’il faut fouiller. La machine détecte. L’humain comprend.

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L’enjeu n’est pas seulement scientifique. L’archéologie préventive — celle qui intervient avant les chantiers de construction — a besoin de savoir rapidement si un terrain recèle des vestiges. Plus la carte archéologique est précise, moins on risque de détruire un site sans le savoir. ArchéologIA affine cette sensibilité archéologique région par région, ce qui permet d’adapter les diagnostics avant chaque projet d’aménagement.

Déchiffrer les langues mortes, reconstituer les poteries brisées

L’IA ne se contente pas de trouver les sites. Elle aide aussi à comprendre ce qu’on y découvre. Ithaca, développé par Google DeepMind, a démontré sa capacité à restaurer des textes grecs antiques lacunaires avec un taux de précision de 62 %. En 2023, une équipe israélienne a mis au point un logiciel capable de déchiffrer et traduire en anglais des textes akkadiens gravés sur des tablettes d’argile vieilles de plusieurs millénaires.

Pour les objets, le projet européen ARCHAIDE a mobilisé 35 chercheurs autour d’une application capable d’identifier un fragment de poterie à partir d’une simple photo. Le réseau de neurones, entraîné sur 25 000 tessons et des modèles 3D de poteries « brisées artificiellement », propose cinq hypothèses d’identification assorties d’un degré de certitude. Un doctorant des Mines Paris-PSL, Sofiane Horache, a développé un algorithme qui distingue les objets historiques selon les outils utilisés pour les fabriquer — ce qui prenait quatre mois à des experts s’effectue désormais en quelques heures.

Au Pérou, l’IA a permis de découvrir 303 nouveaux géoglyphes de Nazca, des dessins géants vieux de 2 000 ans, repérés par un modèle entraîné à détecter leurs contours dans les images satellite. En six mois, l’algorithme a doublé le nombre de géoglyphes connus — un travail qui aurait pris des décennies par les méthodes traditionnelles.

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Ce qui dort sous vos pieds

L’Inrap a consacré son 9ᵉ séminaire scientifique et technique, en novembre 2025 à Chartres, aux apports de l’IA en archéologie. Le constat est unanime : la vision par ordinateur, le traitement automatique des langues et la modélisation prédictive transforment chaque étape de la chaîne, de la détection des sites à la publication des résultats.

La France est particulièrement bien positionnée. ArchéologIA, porté par l’Atelier Numérique du Ministère de la Culture, est l’un des rares programmes étatiques au monde à appliquer l’IA à la détection archéologique à l’échelle d’un pays entier. La richesse de la carte archéologique nationale — un demi-million de sites documentés — offre une base d’entraînement que peu de pays peuvent égaler.

La prochaine fois que vous marchez en forêt, posez-vous la question. Sous la mousse, sous les racines, sous les feuilles mortes — il y a peut-être un sanctuaire romain, un atelier de potier médiéval ou un camp néolithique. Vous ne le verrez jamais. Mais quelque part, un algorithme l’a peut-être déjà trouvé.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.