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Anthropic vise les 1 000 milliards de dollars : la startup qui n’existait pas il y a quatre ans veut dépasser OpenAI en valorisation

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Vendredi 8 mai 2026, le Financial Times a révélé qu’Anthropic prépare une levée de fonds estivale pouvant atteindre 50 milliards de dollars, pour une valorisation cible de 900 milliards à 1 000 milliards de dollars. Si l’opération aboutit, le créateur de Claude deviendrait l’entreprise d’IA la plus valorisée au monde, devant OpenAI (852 milliards après sa levée de février).

Quatre ans. L’entreprise a été fondée en 2021 par Dario et Daniela Amodei, anciens d’OpenAI, avec une poignée de chercheurs. Aujourd’hui, elle s’apprête à franchir la barre symbolique des 1 000 milliards. C’est la trajectoire de croissance la plus rapide de l’histoire de la tech, devant Google, Facebook, Amazon et OpenAI.

La mécanique de la levée

Selon les sources du Financial Times, Anthropic cherche à lever entre 30 et 50 milliards de dollars en equity. Les investisseurs identifiés : Dragoneer Investment Group, General Catalyst et Lightspeed Venture Partners. La levée pourrait être finalisée d’ici deux mois.

Le chiffre le plus stupéfiant est celui de la sursouscription. Un investisseur institutionnel prêt à engager 5 milliards de dollars n’avait pas encore obtenu de rendez-vous avec le directeur financier d’Anthropic au moment de la fuite. Les candidats ont été invités à soumettre leurs allocations dans un délai de 48 heures. Anthropic ne court pas après l’argent. L’argent court après Anthropic.

En février 2026, la valorisation était de 380 milliards. Quatre mois plus tard, elle vise 1 000 milliards. C’est un facteur 2,6 en un trimestre. Sur les marchés secondaires new-yorkais, les traders traitent déjà Anthropic comme une entreprise publique, avec des transactions qui impliquent des valorisations autour de 1 000 milliards.

Ce qui justifie ces chiffres

Les revenus d’Anthropic expliquent l’emballement. Le chiffre d’affaires annualisé devrait dépasser 45 milliards de dollars prochainement, selon le Financial Times. C’est une multiplication par cinq depuis fin 2025 (9 milliards). Claude Code génère 2,5 milliards à lui seul. Plus de 100 000 clients utilisent Claude, dont plus de 1 000 dépensent plus d’un million de dollars par an.

Selon les données Ramp (cartes d’entreprise et gestion de dépenses), Anthropic capte 37 % des dépenses IA en entreprise au Q1 2026, devant OpenAI (33 %). Le taux d’adoption atteint 63 % des acheteurs IA en mars. Ces chiffres sont inédits pour une entreprise de quatre ans.

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La semaine dernière, Anthropic a annoncé un partenariat avec SpaceX pour accéder à Colossus 1 (220 000 GPU Nvidia, 300 MW), résolvant la crise de capacité qui menaçait de limiter la croissance de Claude Code. Cette infrastructure, combinée aux accords existants avec AWS (33 milliards investis par Amazon, 100 milliards de cloud sur 10 ans), Google Cloud (TPU) et Nvidia, donne à Anthropic une base de calcul que seuls Google et Microsoft peuvent égaler.

La course à l’IPO

Cette levée est la dernière marche avant l’introduction en Bourse. Goldman Sachs, JPMorgan et Morgan Stanley sont en discussions préliminaires. L’IPO pourrait intervenir dès octobre 2026, avec une valorisation publique qui dépasserait les 1 000 milliards.

Le timing est calculé. OpenAI prépare sa propre IPO pour le Q4 2026, avec une valorisation cible de 1 000 milliards. Les deux rivaux pourraient entrer en Bourse le même trimestre, créant une confrontation directe devant les investisseurs publics. Qui attire le plus de capital ? Qui a la meilleure trajectoire de revenus ? Qui inspire le plus confiance ?

Sur les chiffres bruts, Anthropic a l’avantage. Revenus en hausse de 5x en six mois contre 2x pour OpenAI. Parts de marché entreprise en progression (37 % vs 33 %). Rentabilité ? Aucun des deux n’est rentable. OpenAI projette 14 milliards de pertes sur 25 milliards de revenus en 2026. Anthropic n’a pas communiqué ses pertes, mais les investissements massifs en infrastructure (Colossus, AWS, Trainium) laissent peu de place au profit.

Les risques que personne ne veut voir

Une valorisation de 1 000 milliards pour une entreprise de quatre ans qui n’a jamais été rentable et qui dépend d’un seul fournisseur d’infrastructure (Amazon) pour 70 % de sa capacité de calcul, c’est un pari. Un très gros pari.

Le premier risque est la dépendance à Amazon. L’accord de 100 milliards de cloud sur 10 ans avec AWS est une garantie d’infrastructure, mais aussi un verrou. Si Amazon décide de changer les termes, d’augmenter les prix, ou d’influencer les décisions stratégiques d’Anthropic, la marge de manœuvre est limitée. Le partenariat SpaceX diversifie partiellement ce risque, mais AWS reste le cœur du dispositif.

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Le deuxième risque est la concurrence de DeepSeek. V4, sorti la semaine dernière, rivalise avec Claude Opus sur le codage et le raisonnement pour une fraction du prix. Si les entreprises découvrent qu’un modèle open source gratuit fait 90 % du travail de Claude, la proposition de valeur d’Anthropic se fragilise. Les 94,3 % de parts de Google dans la recherche rappellent que les positions dominantes peuvent tenir longtemps, mais les 1,72 % de l’IA rappellent aussi que les vagues montent.

Le troisième risque est le procès Musk. Si le tribunal d’Oakland rend un jugement défavorable à OpenAI (annulation de la restructuration commerciale), le précédent juridique pourrait affecter Anthropic, qui utilise une structure similaire (Public Benefit Corporation). L’IPO serait alors compliquée par l’incertitude juridique sur le statut des entreprises IA hybrides.

L’Europe regarde

Pendant qu’Anthropic lève 50 milliards en deux mois, Mistral (la startup IA française) a levé 600 millions d’euros en décembre 2024. La France a annoncé 600 millions d’euros pour son plan IA national. Amazon met 33 milliards dans une seule startup. Anthropic en lève 50 de plus.

Les ordres de grandeur ne sont plus comparables. L’Europe produit des talents IA de premier plan (Yann LeCun, Yoshua Bengio sont respectivement français et canadien francophone). Mais elle ne produit pas de capital à l’échelle nécessaire pour financer la course. Mistral fait un excellent travail avec les moyens du bord. Mais « les moyens du bord », en face de 1 000 milliards de valorisation, c’est un canot de sauvetage face à un porte-avions.

La question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle peut créer un champion IA. C’est de savoir si elle peut rester pertinente dans un monde où trois entreprises américaines (OpenAI, Anthropic, Google) et une entreprise chinoise (DeepSeek) contrôlent les modèles frontière. Et la réponse, pour l’instant, est dans les chiffres : 600 millions contre 50 milliards.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.