Depuis deux ans, une fraction bruyante de l’industrie tech répète que le SEO est mort, que Google va disparaître, et que ChatGPT va remplacer les moteurs de recherche. Rand Fishkin, cofondateur de SparkToro et l’un des analystes les plus respectés du web, vient de publier avec Datos (filiale de Semrush) le rapport « State of Search Q1 2026 ». Les chiffres sont là. Et ils disent exactement le contraire de ce que les prophètes de l’apocalypse SEO annoncent.
Les outils IA représentent 1,72 % du trafic web total aux États-Unis. En Europe et au Royaume-Uni, c’est 1,08 %. Google détient 94,3 % des parts de marché de la recherche aux États-Unis en mars 2026. Le SEO est vivant, Google est dominant, et la grande révolution IA de la recherche est, pour l’instant, un phénomène de niche grossi par le bruit médiatique.
Les chiffres qui remettent les pendules à l’heure
Le rapport Datos/SparkToro analyse le comportement réel de dizaines de millions d’utilisateurs desktop aux États-Unis, en Europe et au Royaume-Uni, via des données de clickstream (pas des sondages, pas des projections, des clics réels).
Google Search : 94,3 % de parts de marché aux États-Unis en mars 2026. C’est une remontée par rapport aux mois précédents. En Europe, le chiffre est similaire, autour de 95 %. Google n’a pas perdu de terrain. Il en a repris.
L’ensemble des outils IA (ChatGPT, Gemini, Claude, Perplexity, Grok, tous confondus) : 1,72 % du trafic web desktop aux États-Unis. Moins de 2 %. En Europe : 1,08 %. Le chiffre a doublé en quatorze mois (il était à 0,54 % en janvier 2025), ce qui montre une croissance réelle. Mais la base est tellement faible que même un doublement ne change pas la donne.
Google AI Mode (la fonctionnalité conversationnelle intégrée à Google Search) : 0,16 % des visites aux États-Unis, 0,21 % en Europe. C’est en hausse (0,06 % en décembre), mais c’est encore statistiquement invisible.
Le zero-click (recherches qui ne génèrent aucun clic vers un site externe) : 22,4 % aux États-Unis en mars 2026, en baisse. C’est le taux le plus bas de la période étudiée. Les sites web récupèrent du trafic que les AI Overviews leur avaient temporairement volé.
Fishkin résume : le chiffre de moins de 2 % est « choquant vu l’attention culturelle portée à l’IA ».
Google tient 94,3 % du trafic.
L’IA Search fait 1,72 %.
Parts du trafic web desktop — Q1 2026 — US, EU, UK
Le SEO n’est pas mort. Il est à 94,3 %.
C’est l’IA Search qui est à 1,72 %.
ChatGPT ne remplace pas Google, il le complète
L’un des enseignements les plus importants du rapport est que les outils IA ne cannibalisent pas la recherche. Ils s’y ajoutent.
Le volume total de recherche en ligne (moteurs classiques + IA) a augmenté de 26 % entre Q1 2023 et Q4 2025. Google n’a pas perdu en volume absolu. Ce qui a changé, c’est que de nouvelles recherches se font en parallèle sur des outils IA, sans remplacer celles qui se font sur Google. La part de Google dans la « découverte d’information » totale (search + IA combinés) a baissé de 89,3 % à 57,6 % entre décembre 2022 et décembre 2025. Mais c’est un effet de dénominateur : le gâteau a grossi, pas la part de Google qui a rétréci.
Le rapport note aussi que 50 % des visiteurs de ChatGPT ne soumettent même pas de prompt pendant leur session. La moitié des gens qui vont sur ChatGPT n’y font pas de recherche. Ils testent, explorent, ou utilisent l’outil pour autre chose (rédaction, codage, conversation). Comparer les « visites » de ChatGPT aux « recherches » de Google, comme le font beaucoup de médias, est une erreur méthodologique fondamentale.
La recherche se fait partout, pas seulement sur Google
L’autre apport majeur du rapport est la cartographie de la recherche au-delà des moteurs traditionnels. Fishkin et Datos ont analysé 41 sites web où les utilisateurs effectuent des recherches significatives. Résultat : Amazon est la première plateforme de recherche aux États-Unis (hors Google), devant YouTube, Bing et ChatGPT.
Reddit dépasse Facebook en nombre de visites desktop. Pinterest continue sa progression. YouTube reste dominant dans la vidéo. Et Amazon capte près de 50 % des visites issues des moteurs de recherche aux États-Unis pour l’e-commerce.
La leçon pour les professionnels du marketing : la visibilité ne se joue pas sur un seul canal. Le SEO Google reste le pilier, mais la diversification vers Amazon, YouTube, Reddit et les plateformes de contenu est une nécessité, pas un luxe.
Ce que dit la croissance IA (et ce qu’elle ne dit pas)
La croissance des outils IA est réelle. Claude (Anthropic) a connu la plus forte accélération du Q1 2026 : sa part d’utilisateurs desktop est passée de 3,58 % à 8,54 % aux États-Unis, et de 3,77 % à 9,61 % en Europe. Gemini (Google) est passé de 10,41 % à 16,06 % aux États-Unis. ChatGPT reste dominant dans la catégorie IA mais sa croissance ralentit.
Fishkin commente : « Le narratif médiatique selon lequel ChatGPT stagne pendant que Gemini et Claude montent semble entièrement validé par les données. »
Mais ces chiffres mesurent la part des outils IA entre eux, pas leur part du trafic web total. Claude peut tripler et rester à 0,1 % du trafic web global. Gemini peut doubler et ne peser que 0,3 %. La croissance relative est spectaculaire. L’impact absolu reste marginal.
Si l’on prolonge la courbe actuelle (linéaire, pas exponentielle, comme le note le rapport), les outils IA atteindraient 2,5 % à 3,5 % du trafic web d’ici fin 2026. En Europe, avec un taux de croissance annuel de 75 %, le doublement interviendrait vers avril 2027. Ce sont des chiffres à surveiller, pas à paniquer.
Le vrai danger n’est pas l’IA, c’est le mauvais investissement
Le risque pour les entreprises n’est pas que l’IA détruise leur trafic SEO. C’est qu’elles paniquent et réallouent leurs budgets vers le GEO (Generative Engine Optimization) ou l’optimisation pour ChatGPT alors que ces canaux ne représentent que 1,72 % du trafic.
Fishkin le dit sans détour : « Si vous investissez de manière imprudente dans la visibilité des outils d’IA en raison du battage médiatique, vous pouvez utiliser ce rapport comme une opportunité de reconsidérer si votre budget et vos efforts correspondent à ce à quoi vos clients prêtent attention. »
Cela ne veut pas dire qu’il faut ignorer l’IA. Les référentiels GEO et les bonnes pratiques d’optimisation pour les AI Overviews (données structurées, réponses directes, autorité de la source) sont les mêmes que celles qui améliorent le SEO classique. On peut faire les deux en même temps, sans budget supplémentaire. Ce qui serait irresponsable, c’est de couper le budget SEO (94,3 % du marché) pour le transférer vers le GEO (1,72 % du marché) sur la base d’articles de presse alarmistes.
Ce que ça confirme pour la France
La France n’est pas dans le rapport Datos (qui couvre les États-Unis, l’UE et le Royaume-Uni agrégés). Mais les données Statcounter de mars 2026 montrent une tendance identique : Google détient 86,81 % de parts de marché en France, avec une domination encore plus forte sur mobile (94 %).
Le marché français est encore plus conservateur que le marché américain dans son adoption des outils IA pour la recherche. Les néo-usages agentiques (Pichai/Jarvis, agents ChatGPT, Claude Code) restent confinés à une population tech-savvy. Pour l’immense majorité des Français, Google est le point d’entrée du web. Et il le restera encore longtemps.
C’est d’ailleurs la position que nous défendons depuis le début de cette série : le bon SEO reste la base. L’IA est un outil à intégrer dans la stratégie, pas un remplacement. Le GEO n’est pas une nouvelle discipline. C’est du bon SEO fait correctement, enrichi par une attention aux citations IA.
Les chiffres de Datos le confirment avec une clarté brutale. Le SEO n’est pas mort. Il est à 94,3 %. C’est l’IA Search qui est à 1,72 %.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.