Google a annoncé vendredi 24 avril 2026 un investissement massif de 40 milliards de dollars dans Anthropic, le créateur de l’assistant IA Claude. Sur cette enveloppe, 10 milliards de dollars sont versés immédiatement, sur la base d’une valorisation d’Anthropic à 350 milliards de dollars. Le solde de 30 milliards reste conditionné à des critères de performance non encore détaillés. Mais le plus intéressant dans ce deal ne se résume pas au chèque : c’est toute une architecture stratégique, mêlant infrastructure cloud, puces et produits IA, qui se dessine derrière les chiffres. Détail révélateur : la valorisation de 350 milliards retenue ici est celle de février, alors que des investisseurs proposeraient désormais Anthropic à 800 milliards ou plus sur le marché secondaire. Google a donc négocié des conditions préférentielles, exactement comme Amazon quelques jours plus tôt.
Google anxieux face à l’avance d’Anthropic dans le codage IA
Si la filiale d’Alphabet signe un engagement financier de cette magnitude, c’est que la pression concurrentielle est devenue insoutenable en interne. Selon Bloomberg, les principaux dirigeants de Google sont devenus anxieux face à la rapidité de l’essor du codage IA, un segment en forte croissance où Anthropic a établi une avance considérable. Claude Code, l’agent IA d’Anthropic conçu pour accélérer l’écriture de logiciels, connaît une adoption fulgurante et a poussé la start-up à lever du capital à un rythme effréné. L’agent Cowork, destiné aux travailleurs en dehors du monde de l’ingénierie, affiche lui aussi une adoption rapide — Anthropic indique même une dynamique supérieure à celle de Claude Code à période comparable. En clair, Anthropic ne se contente plus de développer des modèles : ses produits trouvent leur marché, et Google ne veut pas rester spectateur.
La trajectoire commerciale d’Anthropic illustre l’urgence pour Google : le chiffre d’affaires annualisé de la start-up est passé d’environ 1 milliard de dollars en janvier 2025 à 30 milliards en avril 2026, dépassant désormais celui d’OpenAI (25 milliards). Une croissance jamais observée à cette échelle dans l’histoire du logiciel.
La relation entre les deux entreprises ne date pas d’hier. Dario Amodei, fondateur d’Anthropic, a travaillé chez Google Brain comme Senior Research Scientist avant de rejoindre OpenAI, puis de lancer sa start-up en 2021 avec d’anciens collègues d’OpenAI. Avant ce nouvel accord, Google avait déjà investi plus de 3 milliards de dollars dans Anthropic, pour une participation estimée autour de 14 % du capital, et s’était engagé à fournir d’importantes capacités de puces TPU (Tensor Processing Units) à la start-up. L’investissement annoncé ce vendredi vient donc intensifier une alliance déjà profonde, pas en créer une de toutes pièces.
Un accord cloud massif en parallèle : 5 gigawatts sur 5 ans
Le volet financier ne raconte qu’une partie de l’histoire. En parallèle de l’investissement en capital, Google Cloud a accepté de fournir 5 gigawatts de puissance de calcul à Anthropic sur une période de cinq ans, avec la possibilité d’ajouter plusieurs gigawatts supplémentaires par la suite. Cet accord de calcul s’appuie sur un partenariat tripartite entre Anthropic, Google et Broadcom, annoncé plus tôt en avril 2026, qui prévoyait initialement 3,5 GW de capacité TPU à partir de 2027. La stratégie de Google est limpide : verrouiller Anthropic côté infrastructure autant que côté capital.
Pour autant, Anthropic continue de jouer la carte multi-cloud. Amazon Web Services reste son partenaire historique, et lundi 20 avril, Amazon s’est officiellement engagé à injecter 5 milliards de dollars supplémentaires, après avoir déjà participé à plusieurs tours de table précédents pour un total de 8 milliards. Le géant de Seattle pourrait aller jusqu’à 20 milliards de dollars d’investissement conditionnel additionnel, lié à des objectifs commerciaux. En contrepartie, Anthropic s’est engagé à dépenser plus de 100 milliards de dollars sur AWS au cours de la prochaine décennie, avec accès à 5 gigawatts de capacité via les puces Trainium d’Amazon. La start-up met les géants en concurrence pour s’assurer les meilleures conditions d’accès aux ressources informatiques, et ça fonctionne.
Une frénésie de dépenses qui donne le vertige
Le parcours de financement d’Anthropic en 2026 est tout simplement vertigineux. Début février, la start-up bouclait une levée de 30 milliards de dollars, l’une des opérations les plus colossales dans l’histoire des sociétés non cotées. Puis 5 milliards d’Amazon le lundi, 40 milliards de Google le vendredi suivant. Le rythme est hallucinant.
Et Anthropic n’est pas la seule à brûler du cash à cette échelle. OpenAI, son grand rival, table désormais sur environ 600 milliards de dollars de dépenses cumulées en compute d’ici 2030, après avoir initialement évoqué jusqu’à 1 400 milliards d’engagements infrastructurels. Les trajectoires de rentabilité, en revanche, divergent nettement entre les deux acteurs : selon les documents internes consultés par le Wall Street Journal, OpenAI ne prévoit pas d’atteindre la rentabilité avant 2030, tandis qu’Anthropic table sur de premiers résultats positifs dès cette année, une nouvelle année de pertes, puis un retour durable dans le vert en 2028 et 2029. La différence fondamentale avec Google ou Meta, c’est que ces derniers financent leur course à l’IA grâce à des activités principales qui dégagent déjà des bénéfices massifs. Les start-up, elles, parient sur le fait que l’IA générative finira par justifier ces investissements astronomiques.
Après avoir craint une bulle spéculative autour de l’IA, le marché s’inquiète désormais de l’inverse : que les acteurs du secteur soient handicapés par une insuffisance de ressources informatiques face à une demande qui continue d’augmenter en flèche. L’action Google a d’ailleurs progressé d’environ 1,2 % vendredi à mi-journée après l’annonce, signe que les investisseurs valident le pari. Dans cette guerre des milliards, rester sur la touche n’est plus une option pour personne.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.