Michael Labloin

SNCF : des retards de trains dissimulés pour améliorer les statistiques ? Les révélations d’une enquête choc

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Une récente enquête du journal Le Monde lève le voile sur les méthodes contestables utilisées par la SNCF pour masquer une partie des retards de ses trains. Alors que la compagnie ferroviaire affirme que seulement 12,5% des TGV sont arrivés en retard en 2023, l’Autorité de régulation des transports (ART) avance un chiffre bien plus élevé de 23,3%. Derrière cet écart se cache une réalité troublante sur la façon dont la SNCF comptabilise – ou plutôt ne comptabilise pas – certains retards.

Des critères de “retard” très arrangeants pour la SNCF

Le cœur du problème réside dans la définition même de ce qu’est un “retard” pour la SNCF. Selon ses critères publiés, un train est considéré à l’heure si son retard est :

  • inférieur à 5 minutes pour un trajet de moins d’1h30.
  • inférieur à 10 minutes pour un trajet entre 1h30 et 3h.
  • inférieur à 15 minutes pour un trajet de plus de 3h.

Concrètement, cela signifie qu’un TGV arrivant à destination avec 14 minutes de retard après un trajet de 3h15 sera comptabilisé comme étant “à l’heure” par la SNCF ! Une interprétation pour le moins discutable, qui permet à l’entreprise de gonfler artificiellement ses statistiques de ponctualité.

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L’ART applique une méthode de calcul bien plus stricte

A l’inverse, l’Autorité de régulation des transports se base sur une définition unique : est compté comme “en retard” tout train accusant plus de 5 minutes de retard à son terminus, quelle que soit la durée totale du trajet.

Pour établir ses statistiques, l’ART croise les données fournies par les sociétés ferroviaires et les gestionnaires d’infrastructures.

Avec cette méthodologie, l’autorité indépendante arrive à un taux de retard de 23,3% pour les TGV en 2023, soit près du double des 12,5% affichés par la SNCF. Cet écart représente en moyenne 86 retards par jour qui échappent aux statistiques officielles de la compagnie.

Des retards encore plus fréquents sur les autres lignes

Si le cas des TGV est le plus frappant, les autres lignes ne sont pas en reste. Selon l’ART, les trains Intercités ont subi 27,8% de retards en 2023. Quant aux TER et aux Transiliens, plus de 10% arrivent après l’heure prévue, soit au moins un retard par semaine pour un usager quotidien. Des chiffres qui grimpent encore pendant les périodes de pointe comme les vacances d’été, où près d’un train sur trois est en retard dans la région Sud-Est.

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Trains supprimés, le grand absent des statistiques

Au delà de sa conception très souple du “retard”, la SNCF applique une autre astuce comptable : les trains purement et simplement supprimés ne sont tout simplement pas pris en compte dans les statistiques de ponctualité. “Un train annulé avant 16h la veille de sa circulation ne sera pas comptabilisé”, indique la compagnie.

Or, les annulations de dernière minute représentent entre 5 et 10% des TGV. En les excluant de ses chiffres, au même titre qu’une large part des retards, la SNCF parvient à afficher un bilan flatteur très éloigné de la réalité vécue par les usagers au quotidien.

Une réalité d’autant plus préoccupante que la ponctualité des trains français n’a cessé de se dégrader depuis 70 ans, passant de 3% à 9% de retards, sous l’effet combiné de la hausse du trafic et du sous-investissement chronique dans le réseau ferré national.

Je suis Michael, journaliste chez LeJourGuinée. Je couvre les dimensions sociétales et géopolitiques de l’intelligence artificielle : régulations, éthique, course technologique entre nations.