OpenAI, créateur de ChatGPT et GPT-5, et xAI, la startup d’intelligence artificielle fondée par Elon Musk, éliminent la période d’attente avant l’acquisition des actions pour leurs nouveaux employés. Une décision stratégique alors que Meta propose des primes de signature atteignant 100 millions de dollars pour débaucher les meilleurs chercheurs.
La bataille pour attirer les meilleurs talents de l’intelligence artificielle franchit un nouveau cap. Selon une enquête exclusive du Wall Street Journal, OpenAI, la société américaine basée à San Francisco et dirigée par Sam Altman, a informé ses employés qu’elle mettait fin à sa politique de « vesting cliff », cette période d’attente obligatoire avant que les nouveaux salariés puissent acquérir leurs actions.
xAI, l’entreprise fondée par Elon Musk en 2023 pour concurrencer OpenAI avec son chatbot Grok, aurait pris une décision similaire durant l’été 2025.
Qu’est-ce que le “vesting cliff” supprimé par OpenAI et xAI ?
Suivez LJG sur Google
Ajoutez LJG à vos sources préférées pour voir nos articles en priorité dans "À la une".
Le « vesting cliff » désigne la période minimale qu’un employé doit passer dans une entreprise avant que ses stock-options ou actions commencent à se débloquer. C’est un mécanisme classique de rétention utilisé dans la Silicon Valley pour décourager les départs précoces.
Jusqu’à présent, OpenAI imposait un cliff de six mois. Cette durée avait déjà été réduite en avril 2025, passant de douze mois (le standard de l’industrie tech) à six mois. Désormais, les nouveaux employés de l’entreprise cofondée par Sam Altman et Greg Brockman pourront acquérir leurs actions dès leur premier jour de travail.
Pour les salariés d’une entreprise valorisée à 500 milliards de dollars et soutenue par Microsoft à hauteur de 13 milliards de dollars, cette modification représente un avantage financier considérable. Les actions OpenAI, structurées sous forme de PPU (Profit Participation Units), constituent une part majeure de la rémunération. Selon Reuters, certains chercheurs seniors touchent plus de 10 millions de dollars annuels.
Pourquoi OpenAI change sa politique de rémunération face à Meta
Cette décision s’inscrit dans une guerre des talents sans précédent qui oppose les géants de l’IA. Meta, la maison-mère de Facebook, Instagram et WhatsApp, dirigée par Mark Zuckerberg depuis son siège de Menlo Park en Californie, mène depuis plusieurs mois une offensive de recrutement agressive ciblant les équipes d’OpenAI.
Selon Sam Altman, interrogé sur le podcast Uncapped, Meta aurait proposé à certains de ses employés des « primes de signature de 100 millions de dollars et plus encore en compensation annuelle ». Des packages atteignant 300 millions de dollars sur quatre ans auraient été offerts aux chercheurs les plus convoités pour rejoindre la nouvelle division Superintelligence de Meta.
Mark Chen, directeur de la recherche (Chief Research Officer) chez OpenAI, a comparé ces départs à un « cambriolage » dans un message interne obtenu par Wired : « C’est comme si quelqu’un avait pénétré dans notre maison et volé quelque chose. »
Meta débauche plus de 20 employés d’OpenAI pour son équipe IA
L’offensive de Mark Zuckerberg a porté ses fruits. Selon le Wall Street Journal, Meta a recruté plus de 20 personnes provenant d’OpenAI au cours de l’année 2025, auxquelles s’ajoutent 13 débauchages chez Google DeepMind, 3 chez Apple, 3 chez xAI et 2 chez Anthropic.
Parmi les recrutements marquants, Meta a attiré Lucas Beyer, Alexander Kolesnikov et Xiaohua Zhai, trois chercheurs qui avaient fondé le bureau d’OpenAI à Zurich en Suisse après un passage chez Google DeepMind. L’entreprise a également recruté Shengjia Zhao, co-créateur de ChatGPT, comme scientifique en chef de l’IA, ainsi que Jack Rae, ancien chercheur principal chez Google DeepMind, et Johan Schalkwyk, spécialiste du machine learning provenant de la startup Sesame AI.
Pour sécuriser Alexandr Wang, fondateur et CEO de Scale AI, Meta a investi 14,3 milliards de dollars pour une participation dans son entreprise et l’a nommé directeur de l’IA (Chief AI Officer) pour sa division Superintelligence Labs.
Andrew Bosworth, directeur technique (CTO) de Meta, a confirmé aux employés que l’entreprise dispose d’« un petit nombre de postes de leadership pour lesquels nous recrutons, et ces personnes commandent une prime ».
Les contre-mesures de Sam Altman face au braconnage de Meta
Face à cette hémorragie de talents, OpenAI a déployé plusieurs initiatives de rétention sous la direction de Sam Altman et Fidji Simo, directrice produit de l’entreprise.
En août 2025, OpenAI a lancé un programme de bonus de rétention ciblant près de 1 000 employés techniques. Les montants varient de 300 000 dollars pour les nouvelles recrues (ingénieurs et chercheurs) à 1,5 million de dollars pour les postes seniors. Certaines sources évoquent des montants encore plus élevés pour les niveaux « Staff » (jusqu’à 700 000 dollars confirmés). Les chercheurs peuvent choisir entre un paiement en cash, en equity (PPU) ou un mix des deux.
OpenAI a également organisé plusieurs « tender offers » permettant aux employés de vendre leurs actions à des investisseurs privés plutôt que d’attendre une introduction en bourse (IPO). En août 2025, une opération de 6 milliards de dollars a été qualifiée par Jason Lemkin, fondateur de SaaStr, de « plus grand événement de création de richesse pour des employés non-fondateurs de l’histoire de la tech ».
Selon Bloomberg, le taux de rétention d’OpenAI après un trimestre atteindrait désormais 89 % grâce à ces mesures.
xAI d’Elon Musk adopte la même stratégie qu’OpenAI
xAI, fondée par Elon Musk en juillet 2023 pour développer une IA « en quête de vérité » et créatrice du chatbot Grok intégré à X (anciennement Twitter), a également supprimé son vesting cliff durant l’été 2025.
L’entreprise, valorisée à 80 milliards de dollars selon les dernières estimations, cherche elle aussi à attirer les meilleurs profils dans un marché ultra-concurrentiel. xAI a levé 10 milliards de dollars supplémentaires en juillet 2025, dont la moitié en dette, selon Morgan Stanley. Cette capacité financière lui permet de rivaliser avec les offres de Meta et OpenAI.
Anthropic, Google DeepMind : qui retient le mieux ses talents IA ?
Cette surenchère salariale reflète une réalité du marché : les experts capables de développer des modèles de langage de pointe (LLM) sont extrêmement rares. Les estimations évoquent seulement 2 000 personnes dans le monde possédant l’expertise nécessaire pour faire progresser la recherche sur les grands modèles d’IA générative.
Selon le rapport State of Talent 2025 de SignalFire, Anthropic, la startup fondée par les anciens d’OpenAI Dario Amodei et Daniela Amodei et créatrice de l’assistant Claude, affiche le meilleur taux de rétention avec 80 % des employés embauchés il y a plus de deux ans toujours en poste.
Google DeepMind, dirigé par Demis Hassabis (prix Nobel de chimie 2024), atteint 78 % de rétention. OpenAI affiche 67 % et Meta ferme la marche avec seulement 64 %, malgré ses offres financières agressives.
Anthropic prépare d’ailleurs son premier programme de rachat d’actions pour ses employés, à une valorisation de 61,5 milliards de dollars correspondant à sa dernière levée de fonds (Series E). Neil Houlsby, ancien chercheur chez Google DeepMind, dirige désormais le nouveau bureau d’Anthropic à Zurich.
La suppression du vesting cliff, nouveau standard de la Silicon Valley ?
La suppression du vesting cliff par OpenAI et xAI marque un tournant dans les pratiques de rémunération de la Silicon Valley. Pour les nouveaux employés, cela signifie une liquidité plus rapide et une réduction du risque financier en cas de départ précoce.
Pour les entreprises, c’est un aveu : dans la course à l’intelligence artificielle générale (AGI), retenir les talents compte autant que développer la technologie. Sam Altman l’a résumé dans un mémo interne cité par Fortune : « Ce que fait Meta créera, à mon avis, de profonds problèmes culturels. »
La guerre des talents de l’intelligence artificielle ne fait que commencer.
Sources :
- Wall Street Journal (13 décembre 2025)
- Bloomberg (13 décembre 2025)

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.