Michael Labloin

Mine de lithium dans l’Allier : 700 000 batteries par an, à quel prix pour l’écologie ?

allier, ecologie

La France envisage de relancer l’extraction minière pour exploiter le lithium, un métal jugé indispensable à la transition écologique. Un important gisement a été découvert dans l’Allier, sur le site d’une carrière de kaolin exploitée par le géant français des minéraux industriels Imerys. L’entreprise prévoit d’en extraire 34 000 tonnes par an à partir de 2028, de quoi produire l’équivalent de 700 000 batteries de voitures électriques chaque année. Mais ce projet d’ouverture de mine, estimé à plus d’un milliard d’euros, suscite de vives controverses.

Lithium : un gisement prometteur mais une exploitation complexe

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Sous la carrière de kaolin d’Echassières dans l’Allier se cache un trésor convoité : le lithium. Ce métal alcalin, indispensable à la fabrication des batteries, se concentre dans le mica, l’un des composants du granit qui forme le sous-sol de la région. Imerys espère en extraire 34 000 tonnes par an pendant au moins 25 ans, à partir de 400 mètres de profondeur.

L’exploitation de ce gisement représente un défi technique et logistique. Le minerai devra être concassé au fond de la mine avant d’être remonté pour en extraire le mica. Une nouvelle usine devra être construite sur place pour cette opération de concentration. Le concentré de mica sera ensuite acheminé par canalisation puis par train jusqu’à une usine de conversion près de Montluçon, où il sera transformé en lithium.

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Des impacts environnementaux qui inquiètent

Si Imerys promet une mine moderne et “responsable”, le projet soulève de nombreuses craintes sur le plan environnemental. L’extraction d’une tonne de lithium nécessiterait jusqu’à 2000 m3 d’eau. Même avec un système de recyclage, la consommation annuelle dépasserait le million de m3, puisés dans la rivière voisine et les nappes phréatiques d’une région déjà touchée par les sécheresses.

La présence de métaux lourds toxiques comme l’arsenic dans les sous-sols fait aussi redouter une pollution des eaux et des sols. Le creusement de galeries pourrait déstabiliser les nappes souterraines et propager ces substances. La gestion des déchets miniers, qui représenteront 99 % des roches extraites, et des produits chimiques utilisés pour le raffinement, inquiète également.

Enfin, le projet menace la biodiversité de la forêt voisine des Colettes, l’un des plus beaux peuplements de hêtres d’Europe abritant des espèces protégées comme la rosalie des Alpes. Des arbres devraient être abattus pour construire la future usine.

Une transition écologique à repenser ?

Pour ses opposants, ce projet de mine révèle les contradictions et les limites de notre modèle de transition écologique. Certes, le lithium est nécessaire pour électrifier les transports. Mais son extraction représente un lourd tribut environnemental, surtout pour répondre à une demande exponentielle.

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Un rapport de la Banque mondiale alertait déjà en 2017 : mal gérée, la croissance de la demande de métaux pourrait aller à l’encontre des efforts climatiques. Plutôt que d’ouvrir de nouvelles mines, ne faudrait-il pas d’abord chercher à maîtriser nos besoins, en allongeant la durée de vie de nos appareils ou en réduisant la taille de nos véhicules ? Des pistes existent aussi pour remplacer le lithium, comme le sodium.

Le débat public qui s’ouvre autour de ce projet controversé devrait être l’occasion de mener une réflexion plus large sur notre façon de conduire la transition écologique, au-delà des enjeux locaux d’emploi et de nuisances. Extraire toujours plus de ressources est-il vraiment compatible avec la protection du climat et de la biodiversité ? C’est tout l’enjeu des choix industriels et énergétiques à venir.

Je suis Michael, journaliste chez LeJourGuinée. Je couvre les dimensions sociétales et géopolitiques de l’intelligence artificielle : régulations, éthique, course technologique entre nations.