C’est la fin d’une époque pour Nokia en Europe. Le géant finlandais, qui a marqué toute une génération avec ses téléphones cultes comme le 3310, tire sa révérence sur le Vieux Continent. Son partenaire HMD Global, qui commercialisait les smartphones Nokia depuis 2016, a en effet décidé de retirer la marque des marchés européens. Un départ discret qui signe l’épilogue d’une success story partie en vrille avec l’arrivée des iPhone et des Android.
HMD Global met fin à la commercialisation des Nokia en Europe
Le premier signe du retrait de Nokia d’Europe remonte en fait au début de l’année 2024. HMD Global, qui détenait une licence d’exploitation de la marque Nokia pour les smartphones, a alors annoncé l’abandon de cette marque au profit de ses propres produits estampillés HMD. La société a continué pendant quelques mois à écouler les stocks de smartphones, feature phones et tablettes Nokia. Mais il semble que cette période de transition touche à sa fin, du moins en Europe :
- Les sites officiels de HMD en Europe ne proposent plus aucun appareil Nokia
- Les Nokia sont en revanche toujours présents sur les vitrines HMD en Asie, Afrique, Moyen-Orient, Australie, Nouvelle-Zélande et Amérique Latine
- Mais cette disponibilité dans ces régions devrait aussi cesser rapidement
HMD continuera d’assurer un certain temps le support logiciel des smartphones et feature phones Nokia encore en circulation, comme indiqué sur sa page dédiée. Mais la durée de ce support reste inconnue.
Nokia, du roi de la téléphonie mobile au naufrage
Pour les moins de 30 ans, Nokia évoque surtout de sympathiques téléphones rétro aux jeux addictifs comme Snake. Pourtant, dans les années 90 et 2000, le groupe finlandais régnait en maître incontesté sur le marché de la téléphonie mobile. Avec des modèles iconiques comme :
- Le Nokia 3310 : 126 millions d’unités vendues
- Le Nokia 1100 : 250 millions d’unités
- Le Nokia 1110 : 250 millions d’unités également
Nokia était alors une véritable success story européenne face aux géants japonais et coréens. Mais la société n’a pas su prendre le virage des smartphones avec l’arrivée de l’iPhone en 2007 puis des téléphones Android.
En 2011, Nokia noue un partenariat avec Microsoft pour équiper ses smartphones du système d’exploitation Windows Phone. Mais c’est un échec face à la domination d’iOS et Android. Nokia vend finalement sa division mobile à Microsoft en 2013.
HMD Global, un baroud d’honneur raté pour Nokia
La marque Nokia renaît de ses cendres en 2016 quand la société finlandaise HMD Global obtient une licence pour produire des téléphones et smartphones sous ce nom. HMD, fondé par d’anciens cadres de Nokia, mise alors sur la nostalgie et le capital sympathie de la marque.
Le pari semble d’abord réussi avec des ventes encourageantes, portées par des rééditions des Nokia 3310 et 8110. Mais les smartphones Nokia sous Android peinent à se faire une place, malgré des atouts comme :
- Un design soigné
- De bonnes performances photo
- Une interface proche d’Android stock
- Des mises à jour régulières
Malgré une croissance des ventes, Nokia via HMD reste un acteur de niche face aux mastodontes Apple, Samsung, Huawei ou Xiaomi. Sa part de marché mondiale sur les smartphones plafonne à 1%.
Le retrait de la marque Nokia d’Europe semble donc acter l’échec de la tentative de résurrection de HMD Global. Même si la société continuera de produire ses propres smartphones sans la marque Nokia.
Nokia, toujours un leader des équipements télécoms
Si Nokia a perdu la bataille des smartphones, le groupe finlandais n’a pas dit son dernier mot pour autant. Nokia demeure en effet un acteur majeur dans les équipements télécoms et réseaux, son coeur de métier historique avant de se lancer dans la téléphonie mobile.
En particulier, Nokia est très bien positionné sur les équipements pour la 5G avec des contrats clés comme :
- La 5G de T-Mobile aux Etats-Unis
- Le réseau 5G de Telefonica et Orange en Espagne
- Le réseau 5G de Telia en Norvège et Estonie
- Le réseau 5G de SoftBank au Japon
Le groupe compte bien surfer sur l’essor des réseaux 5G dans le monde dans les prochaines années. Il met en avant les atouts de sa solution ReefShark pour la 5G :
| Avantages | Détails |
| Efficacité énergétique | -50% de consommation |
| Puissance | 3x plus de bande passante |
| Flexibilité | Architecture entièrement virtualisée |
| Compacité | -50% d’espace occupé |
Nokia entend ainsi faire jeu égal avec ses concurrents Ericsson, Huawei, Samsung ou ZTE pour équiper les opérateurs en 5G. Et rester un leader mondial des équipements télécoms, à défaut de l’être dans les smartphones.
Nokia, toujours dans le jeu grâce aux brevets
L’autre atout qui permet à Nokia de garder une influence sur le marché malgré son retrait des smartphones est son important portefeuille de brevets. En effet, Nokia est l’un des plus gros détenteurs de brevets dans le secteur des télécoms et des technologies.
Avec plus de 20 000 familles de brevets détenues, Nokia touchant des royalties sur une grande partie des technologies utilisées dans les smartphones et réseaux actuels. Comme :
- Les standards 2G, 3G, 4G et 5G
- Les technologies de traitement du signal et de l’image
- Les interfaces utilisateur et commandes tactiles
- Les algorithmes audio et de compression vidéo
Cette manne des brevets représente une importante source de revenus pour Nokia. Le groupe finlandais n’hésite d’ailleurs pas à attaquer en justice les entreprises qu’il soupçonne d’enfreindre ses brevets, comme :
- Apple en 2016-2017 (conflit résolu par un accord)
- Lenovo et Daimler en 2019-2020
- Oppo, Vivo et OnePlus en 2022
Nokia peut donc se permettre d’être absent des smartphones, tout en continuant de profiter indirectement de leur succès avec les redevances sur ses précieux brevets.
Cette stratégie axée sur la propriété intellectuelle plutôt que sur la production directe permet à Nokia de limiter les risques. Tout en se concentrant sur son point fort des réseaux et équipements.
Image photo de couverture : kovop58 – stock.adobe.com

Je suis Marie, journaliste spécialisée en intelligence artificielle et économie numérique chez LeJourGuinée. Je décrypte les stratégies des géants de la tech, les levées de fonds dans l’IA et les tendances qui redessinent l’économie mondiale.