Ethan

Disparus de Conakry : que sont devenus Foniké Menguè et Billo Bah, un an après leur enlèvement ?

Billo Bah, Conakry, Foniké Menguè, guinée

Un an jour pour jour après le rapt choc de Foniké Menguè et Billo Bah à Conakry, l’affaire reste un immense mystère en Guinée. Que sont devenus les deux figures du FNDC ? Silence total du côté des autorités, familles désespérées, ambiance de paranoïa chez les militants… Plongée dans un dossier qui embarrasse la junte et glace le pays.

Enlèvement en pleine nuit, brutalité et omerta

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C’était le 9 juillet 2024. Foniké Menguè (Oumar Sylla) et Billo Bah, deux leaders du Front national pour la défense de la Constitution, se retrouvent au domicile de Foniké pour préparer une mobilisation contre la junte. Vers 22 heures, des hommes en armes débarquent. Selon Mohamed Cissé, témoin direct et seul à avoir été relâché vivant, l’opération a été d’une violence inouïe : « Ils nous ont trainés au sol, frappés, embarqués dans des pick-up », se souvient-il, joint par Le Point. Les assaillants ? Des gendarmes et des membres des Forces spéciales, selon les voisins.

Après un rapide passage à la présidence, le groupe est transféré au bagne de Fotoba, sur l’archipel des îles de Loos, un ancien camp colonial sinistrement remis en service depuis la transition militaire. Cissé décrit des heures d’humiliations et de sévices, l’isolement total, la peur permanente. Lui finira par être relâché, quasi mourant, exfiltré du pays par un réseau militant. Mais Foniké et Billo Bah, eux, n’ont plus jamais donné signe de vie.

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Silence radio chez les autorités, colère chez les proches

Depuis un an, les familles vivent dans l’attente et l’incertitude. Aucune nouvelle, aucune visite, aucune preuve de vie, ni même de mort. Les autorités ont bien annoncé une enquête… une semaine après les faits, mais n’ont jamais publié le moindre élément. Les avocats parlent d’une « inertie fautive », les familles dénoncent un mutisme glaçant. Personne n’a été interrogé, ni les proches, ni les témoins.

Côté communication officielle, c’est l’écran de fumée. Les rares prises de parole oscillent entre déni et fatalisme. Le porte-parole du gouvernement assure que « les enlèvements existent partout dans le monde »… Pas franchement de quoi rassurer les familles ni calmer les ONG.

Enlèvements en série et climat de terreur

L’affaire Foniké Menguè/Billo Bah n’a rien d’un cas isolé. Depuis leur disparition, les arrestations musclées de militants, journalistes ou opposants se multiplient à Conakry. Même scénario : hommes en armes, disparition, détention secrète, relâchement au compte-goutte et, parfois, blessures graves. La rapporteuse spéciale de l’ONU, Mary Lawlor, a alerté sur cette tendance « préoccupante » de disparitions forcées en Guinée.

Les survivants, comme Mohamed Cissé, racontent la peur qui s’est installée chez tous ceux qui osent critiquer la junte. Beaucoup choisissent désormais l’exil pour éviter la prison, ou pire.

Les familles entre douleur et espoir

Pour les épouses et proches de Foniké et Billo, l’attente est un supplice. « L’incertitude est insoutenable », souffle l’une d’elles à RFI. Malgré l’absence totale d’indices, elles refusent de croire à une issue fatale. Les ONG, elles, relaient l’appel : la FIDH presse la Cédéao et la communauté internationale de faire pression sur la Guinée. Mais sur place, la population a le sentiment d’un rapport de force totalement déséquilibré.

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Une disparition qui symbolise la crise politique guinéenne

Si le sort de Foniké et Billo reste aujourd’hui un mystère, leur histoire est devenue le symbole de la crise guinéenne : transition à l’arrêt, arrestations arbitraires, défiance généralisée et sentiment d’impunité chez les hommes en uniforme. Leur disparition a laissé un vide chez les militants du FNDC, dont beaucoup continuent le combat malgré la peur.

Pour Mohamed Cissé, la junte prend un gros risque à maintenir le flou : « S’ils tuent ces deux-là, c’est tout le mouvement démocratique qui sera prêt à se lever. Le pouvoir le sait très bien. » Pour l’instant, la machine répressive tourne à plein régime, la société civile est muselée, et la question demeure, brutale : où sont Foniké Menguè et Billo Bah ?