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John Carreyrou, qui a coulé Theranos, attaque OpenAI, X.ai, Anthropic, Google et Meta en justice

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John Carreyrou, le journaliste qui a exposé la fraude Theranos, vient de déposer une plainte contre OpenAI, Google, Meta, Anthropic, xAI et Perplexity. Son accusation : ces entreprises ont pillé des millions de livres piratés pour entraîner leurs IA. Sa stratégie : refuser les règlements au rabais et réclamer le maximum légal par œuvre.

Un journaliste d’investigation contre six mastodontes

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Le 22 décembre 2025, John Carreyrou a déposé une plainte au tribunal fédéral de Californie du Nord. Avec lui, cinq autres auteurs : Lisa Barretta, Philip Shishkin, Jane Adams, Matthew Sacks et Michael Kochin. Face à eux : les six entreprises qui dominent l’intelligence artificielle mondiale.

Carreyrou n’est pas n’importe qui. Prix Pulitzer, journaliste d’investigation au New York Times, il est surtout l’auteur de « Bad Blood », le livre qui a révélé la fraude monumentale d’Elizabeth Holmes et de sa startup Theranos. Une enquête qui a conduit l’ex-prodige de la Silicon Valley en prison.

Cette fois, c’est toute l’industrie de l’IA qu’il vise.

« Un vol délibéré et caractérisé »

La plainte ne fait pas dans la nuance. Elle accuse Anthropic, Google, OpenAI, Meta, xAI et Perplexity d’avoir « illégalement copié d’immenses quantités de livres protégés sans permission » pour construire et entraîner leurs modèles de langage. Le document qualifie ces actes de « vol délibéré et caractérisé constituant une violation du droit d’auteur ».

Les plaignants affirment que leurs œuvres sont disponibles dans les « bibliothèques de l’ombre » — ces plateformes pirates comme Library Genesis ou Z-Library — et qu’il existe une « inférence raisonnable » que les défendeurs les ont téléchargées illégalement.

Parmi les livres concernés : « Bad Blood » de Carreyrou, « Restless Valley » de Shishkin, « The Street-Smart Psychic’s Guide to Getting a Good Reading » de Barretta, ou encore « Pro Website Development and Operations » de Sacks. Des ouvrages de genres très différents, mais tous aspirés dans la même machine.

La stratégie du refus : pas de class action

C’est là que l’affaire devient vraiment intéressante. Carreyrou et ses co-plaignants ont délibérément choisi de ne pas rejoindre une class action. Ils veulent des procès individuels. Et la raison est purement mathématique.

En août 2025, Anthropic a conclu un règlement de 1,5 milliard de dollars avec des centaines de milliers d’auteurs. Résultat pour chaque écrivain : environ 3 000 dollars par œuvre. Soit à peine 2 % du plafond légal de 150 000 dollars prévu par le Copyright Act américain en cas de violation délibérée.

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« Les entreprises de LLM ne devraient pas pouvoir éteindre aussi facilement des milliers et des milliers de réclamations de grande valeur à des tarifs de solderie », peut-on lire dans la plainte. Les auteurs veulent que le « véritable coût de leur violation massive et délibérée » soit enfin établi.

Carreyrou avait déjà donné le ton lors d’une audience en novembre. Il avait qualifié l’utilisation de livres piratés de « péché originel » d’Anthropic et rejeté catégoriquement le règlement proposé.

Première plainte contre xAI et Perplexity

Cette action en justice marque une première. C’est le premier procès pour violation de droits d’auteur contre xAI, la startup d’Elon Musk, et contre Perplexity, le moteur de recherche conversationnel.

Les réactions des défendeurs ont été pour le moins contrastées.

xAI a répondu par un lapidaire « Legacy Media Lies » (« Les mensonges des médias traditionnels »). Un ton très Musk.

Perplexity, par la voix de son directeur de la communication Jesse Dwyer, a affirmé que l’entreprise « ne fait pas d’index de livres ». Une défense qui reste à démontrer.

Les autres — OpenAI, Google, Meta, Anthropic — n’ont pas commenté dans l’immédiat.

Des valorisations stratosphériques, des compensations dérisoires

Le timing de cette plainte n’est pas anodin. Les entreprises visées affichent des valorisations vertigineuses.

OpenAI négocie actuellement une levée de fonds qui pourrait valoriser l’entreprise à 830 milliards de dollars. Anthropic explore des financements qui porteraient sa valorisation au-delà de 300 milliards. xAI serait en discussions pour atteindre 230 milliards. Perplexity a levé 200 millions de dollars en septembre à une valorisation de 20 milliards. Quant à Alphabet (Google) et Meta, leurs capitalisations boursières dépassent respectivement 3 700 et 1 600 milliards de dollars.

Face à ces montants, les 3 000 dollars par œuvre du règlement Anthropic paraissent effectivement dérisoires. Les auteurs estiment que les tribunaux doivent réévaluer si les accords négociés quand ces entreprises valaient une fraction de leur valeur actuelle compensent réellement les créateurs dont le travail a construit ces empires.

Le précédent Anthropic : une victoire en demi-teinte

En août 2025, un juge américain avait rendu une décision paradoxale dans l’affaire opposant des auteurs à Anthropic.

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D’un côté, il avait estimé que l’utilisation de livres protégés pour l’entraînement des modèles IA relevait du « fair use » — l’usage équitable prévu par le droit américain. De l’autre, il avait jugé qu’Anthropic avait violé le droit d’auteur en stockant des millions de livres piratés dans une base de données centrale, indépendamment de leur utilisation effective pour l’entraînement.

Une victoire partielle qui a laissé un goût amer à de nombreux auteurs. Le règlement de 1,5 milliard de dollars qui a suivi — bien qu’impressionnant en valeur absolue — représente finalement peu de chose une fois divisé entre des centaines de milliers de plaignants.

Un précédent qui pourrait tout changer

Si Carreyrou et ses co-plaignants obtiennent gain de cause, les conséquences pourraient être considérables.

Un jury pourrait accorder jusqu’à 150 000 dollars par œuvre si la violation est jugée délibérée. Multipliez ce montant par les milliers de livres potentiellement concernés, et les entreprises d’IA pourraient faire face à des milliards de dollars de dommages et intérêts — bien au-delà des règlements négociés jusqu’ici.

Surtout, d’autres auteurs pourraient suivre la même stratégie. Si les procès individuels s’avèrent plus rentables que les class actions, une vague de plaintes similaires pourrait déferler sur l’industrie.

Le juge William Alsup avait critiqué en novembre les avocats qui encourageaient les auteurs à se retirer des règlements collectifs pour chercher « un meilleur accord ». Reste à savoir si cette méfiance s’appliquera à la stratégie de Carreyrou — ou si le journaliste qui a fait tomber Theranos réussira à ébranler les fondations de l’industrie IA.


Sources : TechCrunch, Bloomberg Law, Engadget