Adoptée le 8 juillet, la loi Duplomb autorise de nouveau un pesticide banni depuis 2018. Résultat : une étudiante de 23 ans lance une pétition qui dépasse les 700 000 signatures en neuf jours. Du jamais-vu. Derrière cette mobilisation éclair, un débat explosif mêlant agriculture, santé publique et pression politique.
Une pétition lancée sur un coup de colère, relayée par tout un pays
Suivez LJG sur Google
Ajoutez LJG à vos sources préférées pour voir nos articles en priorité dans "À la une".
Le 10 juillet, Éléonore Pattery, étudiante en santé environnementale, poste une pétition en ligne contre la toute récente loi Duplomb, votée deux jours plus tôt. Elle y dénonce un texte qu’elle juge « aberrant » d’un point de vue scientifique, éthique, environnemental et sanitaire. Le message fait mouche. Partagée massivement, la pétition atteint 700 000 signatures en un éclair. C’est la plus grosse mobilisation citoyenne en ligne depuis la création du site de l’Assemblée nationale.
Dans sa déclaration, Éléonore vise surtout un point du texte : le retour de l’acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes, connu pour ses effets sur les abeilles… et suspecté d’avoir un lien avec certains cancers. Soutenue par plusieurs députés écologistes et personnalités publiques comme Pierre Niney, elle demande l’abrogation immédiate de la loi et une vraie consultation démocratique.
Mais dans les faits, même si le seuil des 500 000 signatures est atteint, cela n’oblige pas à revoir la loi. Cela ouvre uniquement la porte à un débat public sur la pétition, sans effet concret sur le texte lui-même.
La loi Duplomb, ou comment une crise agricole devient un débat de société
La loi, portée par le sénateur LR Laurent Duplomb, a été adoptée à l’Assemblée le 8 juillet, à 316 voix contre 223. Elle fait suite à la colère des agriculteurs en janvier 2024, qui dénonçaient les normes, les pertes de revenus et la concurrence des produits étrangers.
Le gouvernement s’est rangé derrière le texte, présenté comme une réponse à cette détresse. Dans le détail, il prévoit la réintroduction dérogatoire de l’acétamipride, un pesticide interdit en France depuis 2018, mais encore autorisé en Europe jusqu’en 2033. Il s’agit d’un compromis, selon ses défenseurs, pour certaines cultures dites « sans alternatives » comme les noisettes ou les betteraves.
Le produit ne pourra être utilisé qu’un jour par an, dans des cas très spécifiques, avec une réévaluation obligatoire tous les trois ans, puis chaque année.
Un pesticide sous haute surveillance
Malgré ce cadrage, les inquiétudes s’accumulent. L’acétamipride, comme tous les néonicotinoïdes, agit directement sur le système nerveux des insectes. Il perturbe leur orientation, provoque des paralysies, et tue aussi bien les ravageurs que les abeilles, oiseaux ou vers de terre.
Mais les signaux d’alerte vont bien au-delà de la biodiversité. Des traces de la molécule ont été retrouvées dans le sang, les urines et même le liquide cérébral chez des humains, y compris des enfants atteints de cancers du système lymphatique. L’EFSA, l’agence européenne de sécurité alimentaire, a récemment divisé par cinq la dose journalière jugée “acceptable”.
Malgré cela, le texte a été voté. Et pour beaucoup, c’est une ligne rouge franchie, symbolisant un recul net sur les protections sanitaires et environnementales. L’ANSES, l’agence qui évalue les pesticides en France, a d’ailleurs vu son indépendance remise en question depuis qu’un décret l’oblige à traiter en priorité les demandes du ministère de l’Agriculture.
Une députée visée, un monde politique sous pression
Le choc de cette loi ne reste pas cantonné à l’Assemblée. Delphine Lingemann, députée MoDem du Puy-de-Dôme, a vu sa permanence recouverte d’affiches après son vote en faveur du texte. « Le vivant les jugera », peut-on lire sur les murs, aux côtés de sa photo.
Profondément affectée, elle raconte avoir dû faire appel à une société de nettoyage, tant la colle utilisée était tenace. Elle dénonce une attaque personnelle, qui dépasse le cadre du débat démocratique : « On m’accuse de voter une loi qui provoquerait des cancers ! Je ne peux pas laisser dire ça. »
Dans un entretien accordé à France 3, elle se défend d’être une défenseure des pesticides : « Je n’aurais pas mis l’acétamipride dans la loi si j’avais eu le choix. Mais il est autorisé par l’UE, et utilisé ailleurs. J’ai voté pour soutenir des agriculteurs qui crèvent. » Elle insiste : le produit est encadré, l’ANSES peut lever l’autorisation à tout moment.
Santé publique contre souveraineté alimentaire : le grand écart
Ce que révèle surtout cette séquence, c’est une fracture profonde entre deux visions de l’agriculture. D’un côté, une exigence de souveraineté alimentaire, notamment chez les agriculteurs qui demandent moins de normes et plus de réactivité face aux urgences de production. De l’autre, un courant écologiste qui refuse tout retour en arrière sur les interdictions de substances dangereuses.
Les opposants à la loi, dont de nombreux députés de gauche, ont saisi le Conseil constitutionnel. Ils jugent que le texte viole le principe de précaution et le principe de non-régression environnementale. Ils dénoncent une réintroduction « floue », sans limite dans le temps ni restriction par culture.
Et maintenant ?
Le débat autour de la pétition pourrait être organisé à l’Assemblée dans les prochaines semaines, mais il ne changera rien à la loi, qui attend encore d’être promulguée par Emmanuel Macron. En parallèle, la décision du Conseil constitutionnel, saisie le 11 juillet, est attendue avec impatience.
Une chose est sûre : le malaise est profond, et la mobilisation inédite autour de cette pétition en est le reflet. En moins de dix jours, une étudiante a remis la santé publique au cœur du débat agricole. Pas sûr que le gouvernement s’attendait à un tel retour de bâton.
Source : Libération

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.