France-Afrique : les œuvres d’art pillées retournent au Bénin

Le vrai sujet d’actualité historique à portée mondiale, ce n’est pas le discours d’Emmanuel Macron d’hier, mais plutôt le fait qu’il ait reçu à l’Elysée le président béninois Patrice Talon, à la veille du renvoi au Bénin des 26 trésors royaux du royaume d’Abomey.

Il faut rappeler ce que c’est que ce trésor, parce que c’est une vraie histoire, lourde de sens dans l’actualité.

Le 17 novembre 1892, les troupes coloniales françaises attaquent la ville d’Abomey. C’est une ville qui est dans le sud de l’actuel Bénin. Le roi d’Abomey, Béhanzin, est obligé de fuir. Mais avant, il cache son trésor et il met le feu à son palais. Les troupes françaises qui sont conduites par le colonel Dodds, pillent la ville et retrouvent ce trésor.

Le trésor est alors envoyé en France

Ce trésor qui est envoyé à Paris au Musée d’ethnographie du Trocadéro, ce sont les œuvres qui sont rendues aujourd’hui exactement. Elles sont passées par le Musée d’ethnographie du Trocadéro, elles sont arrivées au Musée du Quai-Branly.

Ce sont elles qui sont rendues aujourd’hui. Il y avait notamment les portes du palais qui avaient été enterrées. Les Français les ont trouvées, les ont déterrées, puis il y a aussi ces statues anthropomorphes absolument exceptionnelles. Il y a celles de Béhanzin, le roi Béhanzin, qui est associé à son animal totem : le requin.

Il y avait également celle de son père, le roi. Lui, c’est le roi lion. Et puis le grand père, c’est le roi Guézo. Pendant que ces statues sont en France à ce moment-là, la guerre continue en Afrique et elle dure deux ans.

En 1894, Béhanzin est obligé de se rendre. Il est exilé avec une partie de sa cour, en Martinique puis en Algérie, où il meurt en 1906. Durant toute sa vie, il a fait des demandes pour retourner chez lui.  Toutes ses demandes ont été refusées, ainsi que celles qui concernaient le retour au pays de ses statues.

Elles restent en France parce qu’elles sont considérées comme étant des prises de guerre. Oui, mais elles ont un statut très particulier parce qu’on connaît beaucoup de choses à leur sujet. Là où elles ont été prises, à quoi elles servaient, comment elles ont été pillées… Mais en réalité, on ne sait pas grand-chose de leur nature.

Dès les premiers contacts avec les civilisations africaines, les Européens ramènent de petits souvenirs, un masque par ci, une arme par là. A la fin du 19ème siècle, on ne se préoccupe que très peu de l’histoire.

Au début du 20ème siècle, il y a un nouveau regard porté sur ces œuvres. Dans le même temps, tout un travail d’appropriation est fait par les Européens, c’est à dire qu’il y a la volonté d’effacer toute leur histoire.

On les nettoie, on les vernis, on les patine, on oublie la manière dont elles sont arrivées. Elles ont été achetées, pillées. On ne s’en occupe pas. Ce sont alors avant tout des œuvres esthétiques. C’est pourquoi l’on va parler d’un masque d’âne de Côte d’Ivoire. On va parler d’un trône, un trône Louba, mais on n’en sait pas plus.

Et avec ces œuvres du Bénin, ce n’est pas du tout le cas, c’est même l’inverse. C’est à dire qu’elles n’ont pas subi l’effacement mémoriel. On sait tout de leur histoire. On sait tout de l’histoire de leur pillage, ce qui permet de comprendre pourquoi, aujourd’hui, elles sont restituées et pourquoi elles sont en route pour le Bénin.

Images France 24

Retour au Bénin après plus de 130 ans

Après près de 130 ans d’absence, les œuvres ont été restituées au Bénin par les ministres de la Culture des deux pays, Roselyne Bachelot et Jean-Michel Abimbola, qui ont signé le transfert de propriété de la France au Bénin. Les sculptures totémiques de l’ancien royaume d’Abomey, ainsi que le trône du roi Behanzin, ont été pillés par les troupes coloniales en 1892 lorsqu’elles ont assiégé le palais d’Abomey.

Cette grande cérémonie marque la conclusion d’une procédure extraordinaire qui a commencé avec la promesse d’Emmanuel Macron en 2017, qui avait assuré qu’il s’engageait à ce que la France restitue les œuvres historiques volées durant les siècles de colonisation. Au moins une promesse tenue.