Mardi 19 mai 2026, 19h heure de Paris. Sundar Pichai monte sur la scène du Shoreline Amphitheatre de Mountain View. Deux heures plus tard, Google a annoncé un nouveau modèle (Gemini 3.5 Flash), une nouvelle famille de modèles créatifs (Gemini Omni), un agent personnel autonome qui tourne 24h/24 dans le cloud (Gemini Spark), la refonte la plus profonde de Google Search depuis 1998, un panier d’achat universel piloté par IA (Universal Cart), un nouveau système d’exploitation fusionnant Android et ChromeOS (Aluminium OS), une catégorie d’ordinateurs portables (Googlebook), des lunettes connectées Samsung avec Android XR, et une baisse de prix de l’abonnement IA le plus cher du marché.
Pichai a ouvert avec un chiffre : Gemini dépasse 900 millions d’utilisateurs actifs mensuels. C’était 400 millions il y a un an. En douze mois, Google a doublé sa base et rattrapé ChatGPT en usage, sinon en notoriété. Le mot « Gemini » a été prononcé 177 fois pendant la keynote. Le mot « agent », 47 fois. Le mot « iPhone », zéro fois. Mais chaque annonce visait Apple.
Gemini 3.5 Flash : le modèle qui remplace tout
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Le premier tiers de la keynote a été consacré au modèle. Gemini 3.5 Flash est le nouveau modèle phare de Google, conçu pour combiner intelligence de pointe et capacités agentiques. Il surpasse Gemini 3.1 Pro sur les benchmarks de codage, d’IA agentique et de multimodalité, tout en restant quatre fois plus rapide que les autres modèles frontière en termes de tokens générés par seconde.
Le déploiement a démarré le jour même dans l’application Gemini, Google Search et l’API. Gemini 3.5 Pro, la version plus puissante, reste en test et sera disponible le mois prochain.
Ce qui change pour les développeurs : Gemini 3.5 Flash est disponible via API dès aujourd’hui, avec des limites de contexte augmentées. Pour les utilisateurs grand public : Search est désormais propulsé par 3.5 Flash, ce qui rend les réponses plus précises, plus rapides et plus agentiques.
Gemini Omni : l’IA qui crée des vidéos « ancrées dans le réel »
La deuxième annonce majeure est Gemini Omni, une nouvelle famille de modèles conçue pour la création multimodale. La version Omni Flash, disponible immédiatement pour les abonnés Google AI Plus, Pro et Ultra, accepte en entrée des images, de l’audio, de la vidéo et du texte, et génère en sortie des vidéos « ancrées dans la connaissance du monde réel » et directement éditables par conversation.
Google insiste sur la capacité d’Omni à « raisonner » sur ce qui doit se passer dans une scène, pas simplement assembler des éléments visuels. C’est la réponse de Google à Sora (tué par OpenAI), à ChatGPT Images 2.0 (lancé le 21 avril), et aux outils de création vidéo de Runway et Pika. Omni Flash est gratuit pour tous via YouTube Shorts et YouTube Create.
Le contraste avec Sora est saisissant. Nous avions documenté la mort de Sora (1 million de dollars de pertes par jour, fermeture le 26 avril). Google lance un outil concurrent gratuit, intégré à YouTube (2,5 milliards d’utilisateurs mensuels), le jour même où Sora n’existe plus. Le timing est chirurgical.
Gemini Spark : l’agent qui ne dort jamais
C’est l’annonce qui change tout. Gemini Spark est un agent IA personnel intégré à l’application Gemini, capable d’agir pour vous en arrière-plan, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans que vous ayez besoin de garder votre téléphone ou votre ordinateur allumé. Il tourne sur des machines virtuelles dans le cloud Google.
Concrètement, Spark peut surveiller vos relevés bancaires pour détecter des abonnements cachés, compiler des notes de projet depuis Gmail, envoyer des emails, compléter des achats (avec votre confirmation), et travailler sur des tâches de longue durée en arrière-plan. Il s’intègre aux applications Google Workspace (Gmail, Docs, Sheets, Slides) et à des services tiers (Canva, OpenTable, Instacart), avec le support MCP (Model Context Protocol) pour d’autres applications dans les semaines à venir.
C’est Remy. L’agent que nous avions documenté le 10 mai, en test interne chez Google sous le nom de code Remy, est devenu Gemini Spark. Le produit n’a pas changé. Le nom commercial, si. Et il est réservé aux abonnés AI Ultra (100 dollars par mois, contre 250 dollars auparavant, baissé le jour même).
La distinction avec les assistants existants est fondamentale. Siri, Alexa, Google Assistant : tous nécessitent que vous les activiez, que vous parliez, que vous attendiez. Spark fonctionne sans vous. Vous lui confiez une tâche le lundi soir, il la termine le mardi matin pendant que vous dormez. C’est le premier agent IA grand public qui tourne en permanence dans le cloud, indépendamment de votre appareil.
Search refait de zéro
Google Search a reçu la refonte la plus profonde de son histoire. La barre de recherche s’adapte désormais dynamiquement : plus la requête est longue et conversationnelle, plus l’interface s’étend. Ce n’est plus une barre de texte avec dix liens bleus. C’est une interface agentique qui comprend le contexte, décompose la tâche, et agit.
AI Mode (le mode IA dédié dans Search) supporte désormais des tâches complexes : construire des dashboards personnalisés, planifier des itinéraires de voyage complets, comparer des produits avec des critères croisés. Les agents informationnels (Information Agents) surveillent le web en continu et vous notifient quand quelque chose change sur un sujet que vous suivez. Ils arrivent cet été aux États-Unis.
C’est exactement ce que Pichai avait décrit sur le podcast Cheeky Pint en avril : « Search deviendrait un gestionnaire d’agents. » Ce n’est plus une prédiction. C’est un produit.
Universal Cart : Google devient une plateforme de commerce
Universal Cart est un panier d’achat intelligent qui fonctionne à travers tous les services Google. Vous trouvez un produit en cherchant sur Google, vous l’ajoutez au panier. Vous voyez une recommandation dans Gmail, vous l’ajoutez. Vous regardez une vidéo YouTube qui montre un produit, vous l’ajoutez. Un seul panier, toutes les sources, tous les marchands.
L’IA Gemini enrichit le panier : suivi de l’historique des prix, détection des incompatibilités entre produits, suggestions d’alternatives moins chères, application automatique des avantages de votre carte bancaire. Le checkout se fait via Google Pay ou en transférant le panier vers le site du marchand.
Le Agent Payments Protocol (AP2) est le protocole qui permet aux agents IA de faire des paiements en votre nom, avec des garde-fous configurables (marques autorisées, budget maximum, catégories de produits). C’est la brique qui transforme Gemini Spark d’un assistant en un acheteur.
Pour le SEO et le e-commerce, c’est un séisme. Google ne renvoie plus vers les sites marchands. Google achète à leur place. Le site web devient un catalogue consommé par un robot, pas une boutique visitée par un humain. C’est l’aboutissement de la vision que nous décrivions dans notre hors-série Pichai/Jarvis.
Les lunettes Samsung avec Android XR
Samsung a profité de l’I/O pour lancer ses premières lunettes connectées sous Android XR : les Intelligent Eyewear. Ce sont des lunettes audio (pas de réalité augmentée visuelle pour l’instant) qui intègrent Gemini pour la traduction en temps réel, la navigation, les notifications et l’assistant vocal. Disponibles à l’automne 2026.
Google a aussi annoncé un partenariat avec Gentle Monster, la marque coréenne de lunettes de luxe, pour des modèles plus fashion. Et Warby Parker a confirmé qu’il préparerait ses propres lunettes Android XR.
C’est la réponse directe aux Ray-Ban Meta (qui fonctionnent avec Meta AI) et aux futures lunettes Apple (qui n’existent pas encore). Google a l’avantage de l’écosystème : les lunettes Android XR fonctionnent avec Gmail, Maps, Calendar, Photos, et bientôt Gemini Spark.
Aluminium OS et les Googlebook
Le Googlebook est une nouvelle catégorie d’ordinateurs portables construits autour de Gemini Intelligence. Ils fonctionnent sur Aluminium OS, un système d’exploitation qui fusionne Android et ChromeOS en une seule plateforme desktop, avec compatibilité native pour les applications Android et le streaming de jeux Windows.
Les premiers modèles, fabriqués par Acer, ASUS, Dell, HP et Lenovo, arriveront à l’automne 2026. C’est une implication d’OEM bien plus large que l’expérience Chromebook, qui était restée confinée au marché éducatif et bas de gamme.
Le positionnement est clair : Google veut créer le « MacBook de l’IA ». Un ordinateur où Gemini Intelligence est le mode d’interaction principal, avec le clavier et l’écran en support.
Antigravity 2.0 : la réponse à Claude Code
Antigravity 2.0 est la mise à jour de l’outil de codage agentique de Google, équivalent de Claude Code (Anthropic), Codex (OpenAI) et Copilot (Microsoft). Il utilise Gemini 3.5 Flash, annoncé comme 12 fois plus rapide. Les capacités de codage arrivent aussi dans AI Mode (Search), ce qui signifie que vous pourrez coder directement depuis la barre de recherche Google.
Antigravity 2.0 est disponible mondialement et gratuitement. C’est un coup direct contre Claude Code (payant, 2,5 milliards de revenus annualisés) et Codex (réservé aux abonnés ChatGPT Pro).
SynthID dans Chrome : détecter les deepfakes en un clic
En réponse directe à l’affaire CNews/Closer (notre hors-série du 5 mai, une fausse couverture de magazine générée par IA diffusée en direct), Google étend SynthID à Chrome. Un clic droit sur n’importe quelle image dans Chrome permet désormais de vérifier si elle a été générée par IA ou capturée par une caméra, et si elle a été modifiée. La fonctionnalité arrive aussi dans Google Search.
C’est la première implémentation grand public d’un outil de détection de deepfakes intégré au navigateur. Si cette fonctionnalité avait existé la semaine du CNews, Pascal Praud aurait pu vérifier la fausse une en un clic droit.
Les prix changent
Google a revu sa grille tarifaire. L’abonnement AI Ultra passe de 250 à 100 dollars par mois. L’ancien plan à 250 dollars descend à 200 dollars. Les limites quotidiennes de prompts sont remplacées par un système basé sur la consommation de compute (les compteurs se réinitialisent toutes les 24 heures).
C’est une attaque directe contre ChatGPT Pro (200 dollars/mois) et Claude Max (100-200 dollars/mois). Google rend son tier premium plus accessible tout en y concentrant les fonctionnalités les plus puissantes (Spark, auto-browse, Omni haute résolution).
Ce que ça dit de 2026
L’I/O 2026 n’est pas un keynote de surprise. C’est un keynote de consolidation. Google n’a pas montré un seul produit-bombe inattendu. Il a aligné un mouvement coordonné sur sept fronts : modèles (3.5 Flash, Omni), agents (Spark), recherche (AI Mode, Information Agents), commerce (Universal Cart, AP2), matériel (lunettes XR, Googlebook), système d’exploitation (Aluminium OS, Android 17), et outils développeurs (Antigravity 2.0, AppFunctions).
La trajectoire est cohérente avec tout ce que nous documentons depuis deux mois : la vision Jarvis de Pichai, l’agent Remy en test interne, Gemini Intelligence sur Android, Chrome qui installe Gemini Nano sans consentement. Chaque annonce était prévisible. Mais leur alignement simultané crée un effet de masse qui ne l’était pas.
Google ne propose plus des outils. Il ambitionne de piloter votre agenda, surveiller le web à votre place, acheter vos produits, prendre des notes à votre voix, et encadrer votre visage avec une paire de lunettes Samsung. Tout ça pour 100 dollars par mois.
Pour Apple, qui présente sa WWDC dans trois semaines avec un Siri propulsé par Gemini (l’ironie ultime), le défi n’est plus de rattraper Google. C’est de justifier l’existence d’un iPhone dans un monde où un téléphone Android à 400 euros fait tout ça nativement.

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.