Ben Stiller, Cate Blanchett, Paul McCartney, Guillermo del Toro et des centaines d’autres artistes ont adressé une lettre à la Maison-Blanche. Leur message : empêcher OpenAI et Google de piller leurs œuvres pour entraîner leurs IA. Une mobilisation sans précédent face aux géants de la tech.
La lettre qui fait trembler la Silicon Valley
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Plus de 400 personnalités d’Hollywood ont signé une lettre ouverte adressée au Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche. Le document, transmis mi-mars 2025, est une réponse directe aux propositions d’OpenAI et Google soumises dans le cadre du plan d’action américain sur l’IA lancé par Donald Trump.
Les signataires ne sont pas des seconds rôles. On y trouve Ben Stiller, Cate Blanchett, Mark Ruffalo, Cynthia Erivo, Guillermo del Toro, Paul McCartney, Ron Howard, Taika Waititi, Sam Mendes, Ava DuVernay, Bette Midler, Lily Gladstone, Paul Giamatti, Olivia Wilde, Aubrey Plaza et Paul Simon, entre autres.
Acteurs, réalisateurs, scénaristes, compositeurs, producteurs — toute l’industrie créative américaine s’est unie derrière un message simple : ne sacrifiez pas nos droits d’auteur au nom de la course à l’IA.
OpenAI et Google veulent un passe-droit
Quelques jours avant la lettre des artistes, OpenAI et Google avaient soumis leurs propres recommandations à l’administration Trump. Leur demande : assouplir les règles du copyright pour permettre l’entraînement de leurs modèles d’IA sur des œuvres protégées, sans autorisation ni compensation.
L’argument avancé ? La sécurité nationale.
« Il ne fait aucun doute que les développeurs d’IA de la République populaire de Chine bénéficieront d’un accès illimité aux données, y compris celles protégées par le droit d’auteur », écrivait OpenAI dans sa soumission. « Si les développeurs chinois bénéficient d’un accès illimité et que les entreprises américaines se voient privées d’un accès équitable, la course à l’IA est bel et bien terminée. »
Google, de son côté, plaidait pour des « règles de copyright équilibrées » et des « exceptions pour l’exploration de textes et de données », affirmant que sans ces assouplissements, le développement de l’IA serait freiné par des « négociations imprévisibles et prolongées » avec les détenteurs de droits.
« Google et OpenAI demandent une exemption spéciale »
La réponse des artistes ne s’est pas fait attendre. Et elle est cinglante.
« Nous croyons fermement que le leadership mondial de l’Amérique en matière d’IA ne doit pas se faire au détriment de nos industries créatives essentielles », affirme la lettre. « Les entreprises d’IA cherchent à affaiblir cette force économique et culturelle en outrepassant les protections du droit d’auteur pour les films, séries télévisées, œuvres d’art, écrits, musiques et voix utilisés pour entraîner leurs modèles. »
Le collectif pointe du doigt la valorisation des deux géants : Google à 2 000 milliards de dollars, OpenAI à plus de 157 milliards. « Il est clair que Google et OpenAI réclament une exemption gouvernementale spéciale pour exploiter librement les industries créatives américaines, malgré leurs revenus substantiels et leurs fonds disponibles. »
Et de conclure : « Il n’y a aucune raison d’affaiblir ou d’éliminer les protections du droit d’auteur qui ont permis à l’Amérique de prospérer. Les entreprises d’IA peuvent utiliser nos œuvres protégées en faisant simplement ce que la loi exige : négocier des licences appropriées avec les détenteurs de droits — comme le fait toute autre industrie. »
230 milliards de dollars en jeu
L’industrie américaine du divertissement n’est pas un secteur marginal. Elle génère plus de 230 milliards de dollars de salaires par an et emploie plus de 2,3 millions de personnes aux États-Unis.
« L’accès au catalogue créatif américain — films, écrits, contenus vidéo et musique — n’est pas une question de sécurité nationale », martèle la lettre. « Ces entreprises n’ont pas besoin d’une exemption gouvernementale du droit d’auteur américain. L’Amérique n’est pas devenue une puissance culturelle mondiale par accident. Notre succès découle directement de notre respect fondamental pour la propriété intellectuelle. »
Le message sous-jacent est limpide : si Trump cède aux demandes des géants de la tech, il sacrifiera l’un des piliers de la soft power américaine sur l’autel de la compétition technologique avec la Chine.
Le traumatisme de 2023
Cette mobilisation n’arrive pas de nulle part. Hollywood garde en mémoire la grève historique de 2023, quand acteurs et scénaristes ont paralysé l’industrie pendant des mois.
Au cœur des revendications : l’encadrement de l’intelligence artificielle. Les studios proposaient alors de scanner les figurants, de les payer pour une journée de travail, puis de posséder leur image numérique « pour l’éternité, sur n’importe quel projet, sans consentement ni compensation supplémentaire ».
Duncan Crabtree-Ireland, négociateur en chef du syndicat SAG-AFTRA, avait qualifié cette proposition de « sortie tout droit d’un épisode de Black Mirror ».
La grève s’était soldée par un accord incluant des protections contre les répliques numériques. Désormais, les acteurs doivent donner leur consentement explicite et être rémunérés équitablement pour l’utilisation de leur double numérique.
Mais ces protections contractuelles ne valent que si le droit d’auteur reste solide. C’est tout l’enjeu de la lettre à Trump.
Les clones numériques : une menace concrète
La peur des artistes n’est pas abstraite. Les deepfakes et avatars IA prolifèrent déjà.
En octobre 2025, l’agence WME — l’une des plus puissantes d’Hollywood — a publiquement demandé le retrait de tous ses clients du service Sora 2, le nouveau réseau social d’OpenAI permettant de créer des deepfakes. Acteurs, musiciens, sportifs, mannequins : tous les talents représentés par l’agence étaient concernés.
Des procès sont en cours. Tony Robbins, le gourou du développement personnel, a attaqué après la création d’un « Tony Robbins GPT » imitant son style de coaching. Tom Hanks, Scarlett Johansson, Drake — plus de quarante procédures similaires sont pendantes aux États-Unis.
Comme le résume le média Puck : « Dans un futur proche, un Tom Cruise GPT réalisant des cascades à la demande pourrait bien voir le jour. Et la question sera alors : qui en aura une part ? »
Le précédent britannique
De l’autre côté de l’Atlantique, les artistes se mobilisent aussi.
En février 2025, des musiciens britanniques de renom — Kate Bush, Damon Albarn, Jamiroquai, Hans Zimmer — ont publié un album… silencieux. Une protestation symbolique contre le projet de réforme du gouvernement britannique sur le droit d’auteur, jugé trop favorable à l’IA.
Le message : si vous ne protégez pas nos œuvres, nous vous offrons le silence.
Les négociations de 2026 en ligne de mire
L’enjeu dépasse la lettre à Trump. En 2026, les studios hollywoodiens et le syndicat SAG-AFTRA renégocieront leurs accords collectifs. La question de l’IA sera au centre des discussions, avec l’établissement de « Digital Replica Usage Agreements » — des contrats encadrant précisément l’utilisation des doubles numériques.
Les décisions prises aujourd’hui par l’administration Trump façonneront le rapport de force dans ces négociations. Si le gouvernement affaiblit les protections du copyright, les studios auront la main. Si le droit d’auteur reste solide, les artistes conserveront un levier.
« L’Amérique n’est pas devenue une superpuissance culturelle par accident », concluent les 400 signataires. « Notre succès découle directement de notre respect fondamental pour la propriété intellectuelle et le droit d’auteur, qui récompense la prise de risque créative des Américains talentueux et travailleurs de chaque État et territoire. »
La balle est dans le camp de Trump.
Sources : Variety, Deadline, Euronews

Je suis Ethan, journaliste spécialisé en intelligence artificielle et nouvelles technologies. Je couvre l’actualité de l’IA agentique, des grands modèles de langage et des outils qui transforment nos usages numériques. Mon objectif : rendre accessibles les avancées technologiques les plus complexes, avec rigueur et sans jargon inutile.