Le leader de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG) de feu Jean Marie Doré, Me Alfred Mathos, a accordé cette semaine une interview exclusive à notre rédaction. Au cours de laquelle, le successeur de l’ancien Premier ministre s’est largement exprimé sur le devenir de sa formation politique après les élections locales du 04 février dernier. M. Mathos s’est aussi exprimé sur la situation de crise sociopolitique que connait actuellement la Guinée et son sentiment par rapport à la commémoration de l’an 34 du feu président, Sékou Touré.  

 Comment se porte votre parti et quelle leçon en tirez-vous des élections locales du 04 février dernier dont les résultats sont activement contestés par les leaders de l’opposition ?   

Me Alfred Mathos : notre parti se porte bien. Après la mort de notre leader, Jean Marie Doré, on a été confrontés à un dilemme comme certains partis notamment, le PUP quand le feu président Lansana Conté a quitté ce monde. Ce parti d’alors au pouvoir s’est retrouvé dans les oubliettes. En ce sens qu’ils n’ont pas de représentants au parlement guinéen. 

 Mais, nous aujourd’hui, par la grâce de Dieu, nous avons deux représentants à l’assemblée nationale qui font que nous avons la fierté d’exister sur l’échiquier de la politique guinéenne.

Face aux élections communales, nous avons participé   tant bien que mal pour ce scrutin de proximité. Il faut les moyens humains et puis la disponibilité des militants.

A ce niveau, nous avons eu comme résultats acquis,  trente-deux (32) conseils communaux dont quatre en alliance puisque moi-même en  tant que président  de l’UPG en alliance avec l’UFR, j’ai été élu sur la liste de l’UFR  comme conseiller communal au compte de la commune de Ratoma.

Pour cela, certains de mes militants me disaient en tant que président d’un parti, je ne devrais pas me mettre sur la liste d’un autre parti.

Il faut comprendre que l’UFR est un allié politique depuis l’assemblée et nous avons un groupe parlementaire qui est au centre et j’ai toujours dit qu’il faut partir là où on peut faire des alliances intelligentes et là où on a nos forces et nos faiblesses.  

Nous avons nos trente deux conseillers dont deux maires un à N’zo et un à Gouyégué. Donc par conséquent, il faudrait que je salue tous les militants parce qu’ils ont placé en nous leur confiance. Et que la bataille pour l’électoral doit continuer puisque les législatives arrivent.

Donc d’une manière globale, notre  parti se porte à merveille. Mais, cela ne signifie pas qu’il faut se coucher. Il faudrait que le parti fasse une grande reforme lors des états généraux que nous envisageons à organiser. Au cours desquels, on va essayer de corriger certaines faiblesses que l’UPG a connues dans le temps.

Afin que nous améliorions le bon fonctionnement du parti, du bureau politique jusqu’aux instances extérieures et aux sections et fait la cooptation de nouveaux membres pour que le parti puisse compter sur le plan national parce que notre souhait est que le parti soit une formation politique traversable. Donc, voici notre vision pour que l’UPG soit l’un des partis le plus fort du pays.

Au niveau des résultats des élections locales que nous avons obtenus satisfaction. Mais, je m’en vais vous dire, c’est un secret de polichinelle parce que nous avons été confrontés à certaines difficultés pendant la campagne électorale qui s’expliquent par la démarche des commis de l’Etat qui ont usé de la force du pouvoir pour mener des campagnes à l’endroit des candidats du RPG. Ce qui n’était pas normal parce que ce genre d’attitudes sont révoqués par la loi.    

Mais cela n’est pas nouveau car ces mêmes actes se sont passés au temps du PDG RDA et celui du PUP et nous vivons encore cette même pratique dans cette 3ème République. Ce sont des pratiques qu’il faut pouvoir arrêter.

Quelles sont vos impressions par rapport au fait que l’opposition a repoussé sa manifestation du 29 mars 2018 au 04 avril prochain à cause de la fête de pâques ?

Oui ! je salue ce geste parce que nous sommes un pays laïc. Mais, il faut pouvoir considérer et avoir le respect pour la religion des autres. Mais, cette circonstance qu’il faut saluer, doit continuer, pour que cette accalmie soit continuelle.

Le pouvoir en place doit saisir cette concession de l’opposition pour que cette accalmie puisse se prolonger par des actes concrets de réconciliation.

Il faut que les deux partis qui sont en face notamment, la mouvance présidentielle et l’opposition républicaine puissent se tendre la main pour que la Guinée soit une nation de paix.

Les religieux ont demandé cette paix aux leaders de l’opposition et dans la plus grande sagesse, ils ont accepté. Donc en toute sincérité, je salue ce geste en tant que catholique et je le salue davantage. 

Les Sékoutoureistes viennent de commémorer l’an 34 du père de l’indépendance de la Guinée, Sékou Touré.  Quel est votre sentiment ? 

Ecoutez ! Qu’ils le font, c’est leur droit. Mais qu’il fasse une offense à la mémoire collective du peuple de Guinée. Ça, c’est vraiment trop osé parce que moi, je le dis en tant que président de l’UPG, ce régime de SéKou Touré  a commis  trop de victimes au camp Boiro.

Donc, je voudrais que cette commémoration de la mort de Sékou Touré fasse en de regroupement familial et qu’on n’en fasse pas d’un événement national.

 Je dis non car le père fondateur ils disent de l’indépendance, n’a pas été le seul père fondateur mais, je dirai qu’il y a eu aussi tant de figures charismatiques pour obtenir cette souveraineté de la Guinée.

 Mais, c’est vrai que le monde entier a salué cette indépendance.  Je m’en vais vous dire que cette indépendance dont certains Guinéens se glorifient au nom de Sékou Touré a donné quoi sur le plan humain et économique à la Guinée. Si ce n’est pas des tueries et de pendaisons à l’époque.

Sans oublier que le camp Boiro  a fait entre trente mille à quarante mille disparus. Ils devaient faire en sorte que cette mémoire collective soit enseignée dans les écoles pour que les jeunes se souviennent de la manière qu’on se souvienne de Samory Touré, de Sékou Touré, l’un des pères fondateurs de cette indépendance, que son règne pendant vingt-six ans a fait autant de tueries qu’on n’a jamais connu en Afrique de l’Ouest.

Et aussi, sur le plan économique. Vous vous souvenez quand les militaires ont pris le pouvoir en 1984, la Guinée était au bas de l’échelle. Donc, rien n’a été fait. A partir de ce moment, moi je dis haut et fort que le régime de Sékou Touré est purement et simplement sanguinaire.

Il fut un temps où il y avait une commission de vérité et renonciation  qui était en place. Je ne sais pas pourquoi cette commission n’a pas continué ses travaux. Il faudrait que les jeunes guinéens, hommes et femmes se souviennent qu’il y avait un dictateur dans ce pays et qu’aujourd’hui plus jamais et jamais un homme ou une femme au pouvoir puisse mettre la liberté d’un individu en jeu tant pour autant le juger équitablement conformément aux lois du pays.

Voilà ce qui s’est passé. Donc, aujourd’hui en tant que leader politique et jeune dirigeant de ce pays,  je veux dire que Sékou Touré n’a pas fait la mission d’un Chef d’Etat. Il est passé à côté. Donc, aujourd’hui, saluer cette mémoire de Sékou Touré doit réduire qu’en famille, mais pour la mémoire collective, je dis non.

Pour finir, je m’en vais vous dire que mon père a été assassiné au camp Boiro. Cette mémoire de Sékou Touré comme père de l’indépendance n’est qu’un non-événement pour moi. Son régime a été un régime tueur. 

In Le Démocrate

« Publiez les vrais résultats des élections locales du 4 février », scandent les « amazones » de Guinée Conakry, qui réclament aussi justice pour les 94 manifestants tués par les forces de l’ordre depuis avril 2011. Ces « amazones », qui manifestent presque tous les jours à Conakry, sont des militantes de l’Union des forces démocratiques de Guinée, l’UFDG. Quelle est leur stratégie ? Le chef de l’UFDG, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Après plusieurs semaines de manifestations, le parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), vous accuse de vouloir créer l’anarchie pour déstabiliser le régime d’Alpha Condé.

Cellou Dalein Diallo Je pense que c’est le pouvoir qui veut créer l’anarchie dans la mesure où le pouvoir a instrumentalisé les commissions de centralisation des votes pour s’octroyer des victoires qu’il n’a pas eues dans les urnes. Nous, nous détenons les PV des bureaux de vote qui donnent les vrais résultats issus des urnes. Et les résultats publiés par la centralisation sont en faveur du pouvoir et ne reflètent nullement la vérité des urnes. Donc il faut qu’on nous restitue les suffrages qui ont été volés et qui ont été transférés au parti présidentiel.

La Commission électorale nationale indépendante, la Céni, affirme avoir fait de son mieux et avoir restitué la vérité des urnes.

Ce n’est pas du tout vrai. Nous avons des pièces à conviction. Les résultats à la sortie des urnes ont été complètement transformés au niveau de centralisation, avec la complicité active des magistrats chargés de superviser lesdites commissions. Et lorsque nous avons introduit les recours près des tribunaux, les tribunaux sous l’effet de l’intimidation et de la corruption ont validé cette fraude.

Justement est-ce parce que vos recours ont été rejetés que vous essayez aujourd’hui de contester les résultats dans la rue ?

Exactement. Nous contestons les résultats dans la rue dans la mesure où nous détenons des preuves irréfutables. Les magistrats n’avaient pas le droit d’écarter des PV simplement parce que l’opposition était largement majoritaire dans les bureaux de vote concernés. Les magistrats n’avaient pas non plus le droit de falsifier les résultats de certains PV.

Le chef du groupe parlementaire du parti au pouvoir RPG vous accuse d’avoir un agenda caché afin d’arriver au pouvoir avant la présidentielle de 2020.

Ce n’est pas vrai. Je prépare 2020. Je ne veux pas que les gens, les militants, les citoyens guinéens pensent que, même lorsqu’ils ont voté, le pouvoir peut leur prendre leur suffrage sans que nous nous puissions défendre leur vote. Ce n’est pas possible parce que, en 2015, avec le « Un coup KO », c’était exactement la même chose. En 2010, vous le savez, en 2013, on ne peut plus accepter cela.

Mais concrètement, si vos recours devant la justice ont été rejetés, qu’est-ce que vous espérez ?

A un moment donné, nous avions parlé avec le président. Alpha Condé a dit que, si nous pouvons mettre en évidence justement des pièces à conviction qui prouvent que les résultats issus des urnes n’ont pas été reflétés dans les résultats proclamés, il pourrait trouver une solution politique. Il a invité la Céni à nous recevoir et à examiner en tant qu’expert électoral les pièces que nous avons. Le président de la Céni a fait un communiqué et nous a invités. Nous sommes entrés dans cet exercice, mais après il a reçu des instructions contraires et il nous a dit qu’il ne peut plus continuer l’exercice.

Donc pour l’instant, cette rencontre avec le président de la Céni n’a rien donné ?

On s’était rencontrés, on s’était mis d’accord avec lui. Il a compris sa lettre de mission, mais c’est après que certains sont venus dire encore au président que ce n’était pas bon, que cela risquait d’humilier les magistrats qui ont aidé le parti présidentiel et que, s’il le faisait, la prochaine fois les magistrats n’allaient pas aider le parti présidentiel.

Donc aujourd’hui, c’est l’impasse ?

Aujourd’hui, c’est l’impasse parce que, si ces pratiques continuent à prospérer, il n’y a aucun intérêt d’aller aux élections lorsque le  pouvoir réussit à faire proclamer les résultats qu’il veut. Parce que la justice est inféodée. Et lorsque c’est le cas, qu’il y a une faillite des institutions, le président de la République doit prendre des dispositions pour les corriger. En tant que clé de voûte des institutions, c’est lui qui est chargé de veiller au bon fonctionnement de toutes les institutions.

Après les élections locales, vous avez appuyé votre mouvement de contestation sur la crise sociale. Mais maintenant que la grève des enseignants est terminée, est-ce que l’élan de ces dernières semaines n’est pas brisé par la reprise du travail des enseignants ?

Non, pas du tout. Ce n’est pas pour rien que le pouvoir essaie d’empêcher nos marches. Au sein du pouvoir, ils savent que ce sont des marches qui sont généralement suivies. Il a fallu qu’on marche pour avoir droit à ces élections locales. Le peuple s’est beaucoup sacrifié. Inutile de vous rappeler qu’elles devaient avoir lieu en 2011. Monsieur Alpha Condé a refusé de les organiser en nommant, dans les collectivités, les militants zélés de son parti pour faire la propagande du parti présidentiel et organiser la fraude à l’occasion des élections nationales. C’est au forceps qu’on a obtenu que ces élections locales soient organisées. Et là, des dispositions pour la fraude ont été aussi prises. On ne peut pas accepter ça.

Ca y est, les élections locales sont passées, les chefs de quartier ont été nommés. Est-ce que votre lutte n’est pas maintenant un combat d’arrière-garde ?

Non, les chefs de quartier ne sont pas nommés, ne sont pas désignés. Les conseils communaux ne sont pas encore installés. On attend que ce contentieux électoral soit vidé, soit résolu parce que c’était une sanction sévère contre monsieur Alpha Condé dans les bureaux de vote et dans les quartiers, notamment au niveau de Conakry et en Basse-Guinée où il a perdu dans toutes les communes. C’est ça l’enjeu aussi.

Le 8 mars 2018, le président Alpha Condé a promis d’être à l’écoute de tous les mécontentements, de lutter beaucoup plus ardemment contre la corruption, de faire un grand remaniement gouvernemental. Est-ce que cela ne prouve pas qu’il est à l’écoute de la population ?

Cela ne suffit pas. Cela ne suffit pas de faire des professions de foi ou des promesses. Il n’a pas la réputation de respecter ses engagements parce que vous savez bien qu’aujourd’hui la corruption fait des ravages importants dans la gestion des ressources publiques. S’il est décidé à lutter contre la corruption, naturellement on va approuver. Mais ce n’est pas le changement du gouvernement qui va résoudre le problème. C’est lui-même. Parce que ceux qui s’enrichissent, c’est dans son entourage, ce ne sont pas nécessairement des membres du gouvernement. Ceux qui bénéficient des marchés à gré à gré avec des surfacturations indiscutables, ce sont des gens de son entourage, ce sont ses amis. Si vous prenez les secteurs de l’électricité, le secteur des travaux publics, la Banque mondiale a fait une étude qui a mis en évidence que 91% des marchés publics ont été faits par entente directe, sans faire appel à la concurrence. Donc la lutte contre la corruption requiert de sa part vraiment des mesures hardies, mais je ne le crois pas en mesure de les prendre.

La Constitution interdit à Alpha Condé de se représenter en 2020. Mais beaucoup lui prêtent l’intention de réviser la Constitution. Est-ce que vous lui prêtez aussi cette intention ?

Oui, je lui prêtais cette intention, mais je pense que le message qui lui a été délivré à l’occasion de ces élections locales devrait l’en dissuader parce que cela a été vraiment un échec total, notamment dans la capitale où il n’a gagné dans aucune commune. Et en Basse-Guinée qu’il considérait souvent comme son fief, il n’a gagné dans aucune commune urbaine non plus, parce que là, la surveillance était possible, la sécurisation a bien marché. Dans les bureaux de vote, il n’a pas pu.

Voulez-vous dire que, malgré la fraude, votre parti a remporté un certain nombre de victoires qui lui permettront d’avoir suffisamment de chefs de quartier pour peser sur la présidentielle de 2020 ?

Oui, à Conakry, selon les résultats officiels qui sont truqués, nous avons gagné 69 conseillers pour la capitale. Alpha Condé en a 47. Et au niveau des quartiers, naturellement, l’UFDG aura plus de la moitié des quartiers sous son contrôle. Maintenant en dehors du Fouta, qui est mon fief, si j’ai gagné à Conakry lors des élections locales, c’est parce qu’effectivement, il y a eu un changement. Il y a beaucoup de gens qui sont déçus de la gouvernance d’Alpha Condé et qui ont voulu le sanctionner en votant UFDG. C’est ce qui me donne le bon score au niveau de la capitale et dans certaines régions de la Basse-Guinée, comme Kindia, comme Boké, comme Kamsar, comme Dubreka où j’ai largement gagné.

C’est ce qui vous rend confiant pour la présidentielle de 2020 ?

Cela en fait partie, ce n’est pas tout. Mais ça ne me dispensera pas d’aller à la conquête des autres qui sont déçus d’Alpha, mais qui hésitent à venir à l’UFDG. Je vais aller vers eux, je vais les rassurer pour qu’en 2020, je puisse quand même l’emporter dès le premier tour.

Oui, sauf si Alpha Condé fait modifier la Constitution et se présente ?

Là oui, c’est sûr qu’il a entretenu une ambiguïté suspecte par rapport à ce troisième mandat. Tout le monde savait qu’il avait cette intention. Est-ce que les résultats qu’il a eus pendant ces élections locales vont le dissuader ou va-t-il persister ? Je sais que la population guinéenne n’acceptera pas.

Source RFI

 Le responsable à la Communication du Bloc Libéral (BL) a accordé volontiers cette semaine une interview à notre hebdomaire. Dans cet entretien, il dénonce les insuffisances du fichier électoral, se prononce sur les manifestations politiques et sur une éventuelle rencontre entre le président de la République, Alpha Condé, et le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein. Interview

Le fichier électoral est l’une des sources de tensions en Guinée. L’opposition compte marcher ce jeudi en maintenant l’itinéraire initiale. Qu’est-ce que vous pensez de cela ?

Merci ! Il se trouve que nous sommes en train de tourner en rond. C’est ce que nous avons toujours fait depuis pratiquement l’arrivée d’Alpha Condé au Pouvoir. Il se trouve qu’à chaque fois que l’opposition décide de s’exprimer par le fait des manifestations, qui, il faut le rappeler, c’est un mode d’expression reconnu par nos textes de lois, il y a toujours des mesures de contournement ou bien des attitudes du genre à créer une psychose inutile. Sinon, je pense que les forces de l’ordre ont la responsabilité d’encadrer les manifestations.

Alors, quand on voit une interdiction ou changement d’itinéraire, je crois que l’intervention de Makanéra vous a montré en quoi est-ce que le gouverneur n’est pas compétent pour le faire. Alors quand on a des responsables qui agissent comme ça de façon à abuser de leur autorité, on n’est pas obligé de reconnaitre ou bien de nous en tenir à ça.

Si je vous comprends bien l’opposition doit manifester tel que prévu ?

Absolument !  Nous, ce qui nous préoccupe, c’est de savoir, est-ce que nous sommes en position légale. Le débat doit tourner autour de ça. L’opposition est victime de répression. Nous sommes victimes de l’arbitraire, nous sommes victimes de l’abus du pouvoir, le débat se trouve à ce niveau.

Avons-nous le droit de manifester tel que nous l’avons prévu ? Bien absolument oui ! Est-ce que nous avons le droit de répondre ou bien de nous conformer à des injonctions qui ne correspondent pas aux règles de droits ? Non ! Parce qu’il ne faut pas qu’on continue de fonctionner dans un pays au gré des désidérata d’un homme     parce que si un gouverneur est déjà dans une planification d’un agenda politique dont nous ne sommes pas au courant, nous n’avons aucune obligation de rester ou de se conformer aux désidérata d’un gouverneur. Si Maturin Bangoura n’est pas de bonne humeur, s’il veut faire plaisir à celui qui l’a nommé, ça, c’est son problème à lui.

Ce qui nous intéresse nous, c’est de savoir  avons-nous le droit de manifester selon l’itinéraire prévu? Est-ce que nous avons respecté la procédure qu’il faut ? Les courriers ont été adressés à date ? Je crois que jusque-là personne ne vous a démontré le contraire, à partir de cet instant-là, nous manifestons comme nous l’avons prévu. Il appartient aux forces de l’ordre de protéger et d’encadrer la manifestation.

Au-delà de tout ça, il y a des observateurs comme des journalistes politiques qui se sont prononcés en faveur de la nécessité d’une nouvelle stratégie, chez vous l’opposition républicaine. Est-ce que vous comprenez cela aujourd’hui ? Beaucoup se plaignent de ces manifestations en répétions.

La deuxième partie du message s’adresse à ceux qui dirigent, à ceux qui gouvernent. Il leur appartient de faire de résultats, il leur appartient de faire en sorte que les lois de la République soient respectées. En ce qui concerne le changement de stratégies, je l’entends très souvent, il faut comprendre qu’avant qu’on organise les manifestations, l’opposition a toujours privilégié qu’on discute et qu’on examine ensemble nos problèmes. L’espace de dialogue le plus indiqué est l’assemblée Nationale dans un pays normal en plus des autres institutions. Est-ce que l’assemblée nationale est cet espace de débat aujourd’hui ? Par le fait de la majorité simple du RPG arc en ciel, est-ce qu’un débat sérieux s’est tenu à l’assemblée autour des problèmes majeurs ?

La faute à qui ?

Il faut comprendre que notre assemblée nationale, la plupart des grandes décisions se prennent par le fait de la majorité simple. Qui est majoritaire ? C’est le RPG arc en ciel. Vous avez suivi le président du groupe parlementaire du RPG arc en ciel. Est-ce que Damaro Camara à une personnalité, un profil et un souci de faire en sorte qu’il se comporte comme étant celui qui a la tête à l’assemblée nationale du parti qui dirige la Guinée. Vous avez vu que toutes les tentatives pour le peu qu’il y en eu à l’assemblé nationale pour une volonté de débats autour des grandes problématiques, le RPG arc en ciel n’a jamais voulu qu’une discussion sérieuse se passe par rapport à toutes les crises.

Vous avez vu à chaque fois que ce soit une crise politique ou sociale, quel rôle l’assemblée nationale a joué ? L’opposition est minoritaire à l’assemblée nationale, on ne peut pas lui porter la responsabilité de l’échec du fonctionnement de l’institution. Ceux qui gouvernent doivent se rendre compte qu’ils ont un bilan à présenter. Malheureusement, le RPG est plus va-t’en guerre que ceux qui ne sont pas aux pouvoirs. C’est comme s’ils ne rendent pas compte. (….).

Tout à l’heure vous parliez du fichier électoral qui est encadré par une loi organique dont l’adoption à l’assemblée nationale nécessite le vote de l’opposition. Est-ce que finalement vous ne dédouanez pas un peu trop facilement les partis politiques siégeant à l’assemblée ?

La classe politique en général, pourquoi ? Parce que les questions de loi se discutent à l’Assemblée nationale et vous avez bien précisé le fichier électoral qui est établi par le fait d’une loi c'est-à-dire il y a tout un arsenal juridique. Pour la problématique du fichier électoral, je suis allé sur un ensemble d’interrogation. Comment se fait-il que dans notre pays qu’on nous parle de fichier biométrique et qu’on y retrouve des doublons et des triplons ? Etant donné que par principe, la biométrie, c’est pour permettre évidemment que vous ne figuriez pour qu’une fois vous ne pouvez pas avoir Aboubacar Diallo avec deux identités dans un fichier dit biométrique. Nous avons toujours consommé ce mensonge-là. Les médias ont relayé comme si le gouvernement faisait croire en réalité qu’il y a un problème mais il n’en est pas un.

Si le fichier de doublons ne se pose pas alors le mensonge est à quel niveau dans un premier temps. Soit, il est Alfa Numérique et qu’on ne nous dit pas ou bien il est biométrique, le débat à ce niveau est clos. Deuxième aspect, on nous parle des mineurs dans le fichier électoral. Effectivement, il y a des mineurs. Comment ces mineurs s’y sont retrouvés. Quand vous prenez le kit d’enrôlement évidemment le critère d’âge fait partie du système de paramétrage de kit. Ça veut dire que celui qui a moins de 18 ans normalement il ne doit y avoir de validation. Comment peut-on y retrouver des mineurs ? Ça veut dire que sur la base de faux renseignements, ce sont les cartes d’identité qui posent problème.

Comment se fait-il qu’on accepte la biométrie pour les passeports. Et qu’on refuse la biométrie pour les cartes d’identité? C’est fait à dessein, c’est parce que chacun peut avoir de carte d’identité selon de faux renseignements. C’est pourquoi même les passeports guinéens ne sont pas sécurisés comme certains le croient, parce que ces passeports sont établis sur la base des faux renseignements. Et nous savons que chez nous, dans notre pays traditionnellement, l’administration est partisane. Vous savez que le parti au pouvoir à la possibilité d’influencer au niveau locale pour que des personnes qui n’ont pas l’âge de voter puissent avoir des cartes d’identité à partir desquelles ils peuvent être enrôlés. Ça veut dire qu’à ce niveau, on peut retrouver des mineurs à travers leurs visages sur les photos mais dans le fichier lui-même, ils ont plus de 18 ans parce que le système de paramétrage ne permet pas qu’on ait moins de 18 ans et qu’on soit validé.

Mais à partir de là qu’est-ce qu’il faut faire ? L’une des pistes de solutions, c’est la bio métrisation du recensement général de la population. On peut extraire notre fichier électoral à partir du fichier biométrique global. Et on vous dit que dans notre pays, nous sommes l’une des populations les plus jeunes du continent mais vous savez que plus de la moitié de la population guinéenne aujourd’hui se retrouve dans ce fichier électoral comme quoi ? Nous sommes des électeurs. Et sur la base de la statistique démographique, on ne peut pas comprendre que plus 50% de la population ait 18 ans parce qu’il y a une certaine contradiction entre les données démographiques de la Guinée et le contenu du fichier électoral. Il y a un ensemble de mensonges qui est contenu dedans, pourquoi ne nous posons pas ce débat ? Moi, je ne suis pas parlementaire pour le moment.

Vous qui êtes de l’opposition, pourquoi vous n’avez pas pris le temps de poser ce débat et même peut être de refuser d’aller à ces élections sur la base de ce fichier ? Pour certains observateurs vous êtes aussi complices de la violation de la loi et de ce qui est arrivé comme fraude électorale ?

Je vais vous dire, la démocratie, c’est le système de la majorité qui s’impose à tous. Dans les institutions de la République ou ce sont des élus qui y vont, l’opposition est minoritaire, c’est évident. Ce jeu-là, vous pouvez avoir de majorité négative, c'est-à-dire une majorité qui pense mal, qui pense nuire par le fait de la majorité il impose son dictat, c’est à accepter. C’est le principe de la démocratie qui est de cette façon. Il faut revoir le mode par lequel on élit les gens aujourd’hui, parce que c’est le travail à priori. Le dernier accord politique qui nous a permis d’aller à ces élections, le débat s’est soulevé à l’époque. Le président du BL faisait partie de la délégation de l’opposition au sein de cet accord-là. En amont, on travaillait souvent pour préparer le président, sur des questions comme ça.

Alors, il pose le débat, il demande le président de la CENI d’alors de nous faire un exposé de la situation de ce fichier électoral, malheureusement, cette demande a été bloquée en complicité avec le ministre de l’Administration du territoire par le fait du ministre, l’actuel ministre (le Gl Bouréma Condé, ndlr). Et aussi de la majorité parlementaire. Quand on a ces situations de ce genre où les gens ne peuvent pas prendre de la hauteur, tout est calculé sur la base de la politique politicienne. C’est ce qui est dommage dans notre pays parce qu’il y a des questions qui sont techniques. Imaginez-vous des pistes de solutions. Comment se fait-il qu’un pays, comme la Guinée Bissau, comme la Sierra Léone, nous avons plus que des moyens que ces pays-là mais ils ont dépassé ces types de problèmes, parce qu’ils ont biométrisé la carte d’identité jusqu’au passeport, jusqu’au fichier électoral. On ne peut pas faire de la falsification.

Puisque nous sommes à une crise poste électorale, quelles peuvent être les pistes de solutions envisagées par l’opposition ?

Alors ça demandera une réflexion qui va porter sur deux paramètres importants. Face à la crise qu’est-ce qu’il faut faire ? Des reformes conjoncturelles, et qu’est-ce qu’il faut faire dans le futur ? Ça appartiendra aux jeunes qui vont s’engager en politique qui seront les décideurs de demain. Il se trouve que nous faisons face à une situation ou l’opposition a demandé à ce que les PV soient comparés. Pourquoi ? Parce que si on fait 5 copies par bureau de vote, évidemment c’est à l’hypothèse qu’on vous dise qu’un PV est perdu. Et qu’il y’ait la possibilité de comparer.

L’opposition n’a pas demandé à la CENI de changer le résultat parce qu’elle sait pertinemment que la base de la légalité n’appartient pas à la CENI de le faire. Mais l’objectif de droit c’est quoi ? C’est d’aboutir à la paix. Si on dit que le contentieux électoral est vidé, il est clos étant donné que vous savez pertinemment que les partis en compétition continuent d’être en antagonisme, il y a une tension qui est là. Je crois qu’il n’y a pas une utilité que le droit s’impose de cette façon. Alors, à ce stade-là, la CENI, tout le monde sait quelle est sa situation, quel est son état. A ce stade, je pense que c’est possible, puisque l’opposition dispose de preuves d’ouvrir le débat, de faire les comparaisons. Il s’agit de certaines circonscriptions de la République, pas toutes. Au-delà de ça, ce n’est pas impossible même aux Etas Unis, on a procédé à un recomptage quand c’était nécessaire. La constitution ne le disait pas. Mais il se trouve que pour des raisons d’intérêt supérieur c'est-à-dire qui vous dépasse vous et moi on peut y aller. Ce n’est pas de la mer à boire.

Deuxièmement, il se trouve que l’installation des chefs des élus nominaux, vous savez l’enjeu majeur de cette élection, c’est le fait que ce sont des élections de proximité. Les gens savent pour qui, ils ont voté. Alors, c’est difficile pour eux d’admettre quelqu’un auprès de qui, ils viendront demain poser leurs problèmes qui en réalité ne sont pas les personnes pour lesquelles ils avaient voté. C’est pourquoi, certainement l’erreur d’appréciation qui a été faite,  c’est qu’une élection locale a été transformée en une élection de danger national. C’est ce qui a fait que la tension aujourd’hui est au sommet sinon il y a des problèmes qui pouvaient se régler à la base. C’est pourquoi d’ailleurs le Bloc Libéral s’était démarqué de cette question du point deux (2) des accords qui visait à modifier le mode d’élection.

Nous vivons ces conséquences-là. Mais nous ne sommes pas là pour réclamer une prophétie ou une victoire. On a dépassé cela. C’est un code électoral, c’est une loi de la République. On se conforme à ça. Ce débat, il est derrière nous. Qu’est-ce qu’il faut faire toute suite ? Je pense que les institutions de la République doivent faire en sorte que cette comparaison puisse se faire. Ça règle les problèmes. Après quand on verra, chacun appréciera. L’opposition n’est pas dans une logique de faire un forcing. Et c’est important que pour des gens qui ont voté pour vous que vous vous battiez pour les bulletins qu’ils ont mis à votre actif, que ces bulletins soient comptabilisés

La solution qui se profile à l’horizon c’est une éventuelle rencontre entre Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, parce que le chef de fil de l’opposition ne ferme pas la porte.  Qu’est-ce vous pensez de cette éventualité ?

Moi, je pense que c’est une approche trop simpliste. Je ne vois pas l’utilité sincèrement. Je ne vois pas l’utilité pour Cellou Dalein Diallo pour rencontrer Alpha Condé. Parce que tout simplement, de par le passé, ça s’est passé, ça n’a produit absolument rien. Je crois qu’Alpha Condé s’est forgé la réputation d’être un homme politique boulanger. Ça me rappelle, je l’ai dit dans une de mes tribunes ce que Gbagbo disait, il se faisait passer pour un boulanger, il y a d’autres qui lui ont fait comprendre que « le boulanger finit toujours par être étouffé par sa farine’ ». Et je pense qu’il en est arrivé-là, il s’est retrouvé bloqué par la crise sociale, la crise politique. On a vu, il s’est mis lui-même dans des difficultés. C’est comme s’il n’était pas conscient que c’est lui qui gérait la Guinée.

Il se met à la dimension des hommes politiques classiques que nous sommes. Le président, c’est quelqu’un qui prend la hauteur. Alors à ce stade-là, le pouvoir est tellement centralisé, tout se règle chez lui. Une rencontre entre lui et Cellou Dalein, je n’en vois pas l’utilité. Et si on demandait mon avis, je vais déconseiller à Cellou Dalein de rencontrer Alpha Condé, parce que le problème se règle ailleurs. Si Alpha Condé a la volonté que les choses bougent, les lignent bougent, nous ne demandons que le bon fonctionnement des institutions. Nous ne demandons qu’à être rétablis dans nos droits, nous ne demandons que la loi soit respectée. Est-ce que pour ça, on a besoin de protocole, est-ce qu’on a besoin d’une rencontre spectacle. Je dirais non ! Nous savons comment est-ce qu’il faut gérer un pays. Il faut le gérer comme il se doit. Moi, je pense que personne ne se plaindra.

Une synthèse d’Alpha Amadou Diallo           

                                     

       

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