Le Secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères et des Guinéens de l’étranger n’approuve pas la démarche de l’opposition qui vise à reprendre ses manifestations de rue dès la fin du mois de ramadan. Dans cet entretien accordé à notre rédaction, Dr Hady Barry s’est exprimé sur la crise qui mine le parti au pouvoir et de ses relations avec son ministre de tutelle. Par ailleurs, il se dit optimiste quant à la réussite de la possible médiation d’Alpha Condé dans la crise saoudienne et qatarienne.

Le 9 juin dernier 2017, des soldats guinéens ont été victimes d’une attaque à Kidal. Quels sont vos sentiments ?

Ce sont des sentiments de tristesse. Je tiens à présenter mes sincères condoléances du ministère des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger aux familles de nos disparus. Nous prions pour le repos de leurs âmes. C’est un sentiment de regret pour nous, pour tout le peuple de Guinée parce que nous venons de perdre nos défenseurs de la patrie, des enfants de notre pays qui sont partis défendre notre flamme au nom de la paix, au nom de la liberté, au nom du respect des droits de l’homme.

L’Union Africaine vient de fêter son 54ème anniversaire. Le président de la République est le président en exercice de l’institution. Alors, vous en tant Secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères, est-ce que l’UA est en bonne marche ?

Oui ! elle est bonne marche. Je suis très optimiste quant à l’avenir de l’UA. C’est une organisation qui réunit aujourd’hui tous les pays africains où chaque année les leaders du continent africain se retrouvent pour discuter des enjeux colossaux qui intéressent nos peuples. Et avec la présidence de notre leader, le président Alpha Condé, nous sommes en train de procéder à des reformes qui permettront à notre organisation d’être autosuffisante si on peut s’exprimer ainsi.

On doit avoir la possibilité financière nécessaire pour pouvoir répondre aux défis qui nous interpellent. Je pense que l’OUA qui a précédé l’UA a bien mérité parce que l’objectif primordial au début c’était la décolonisation et aujourd’hui l’Afrique est complètement indépendante sur le plan politique. Les leaders africains sont en train de travailler pour que l’Afrique puisse parler d’une seule voix, puisse répondre aux défis qui sont l’indépendance et le développement économique, la lutte contre le terrorisme, le respect des droits de l’homme, la santé, l’éducation, etc.

Même si on a le sentiment que cette organisation n’arrive pas à juguler la souffrance des fléaux qui assaillent les peuples africains, mais l’existence de cette organisation permet au peuple africain de parler d’une seule voix et qu’à la longue, je crois que les peuples africains réussiront à créer un marché commun qui facilitera l’intégration économique et que le commerce intra africain pourra ainsi développer le continent.   

Le président de la République se propose comme médiateur de la crise entre l’Arabie Saoudite et le Qatar. Pensez-vous qu’Alpha Condé sera à la hauteur ?

Je crois qu’il sera à la hauteur parce qu’il a les compétences, la volonté politique et les relations qu’il faut. Vous savez, lorsqu’il y a un conflit, il y a plusieurs paramètres qu’il faut prendre en considération. Il y a d’abord la position des deux acteurs qui sont en conflit, il y a l’enjeu qui les oppose, il y a l’environnement sous régional et international et il y a les intérêts qui sont dedans et puis aussi il y a le médiateur.

Donc, il est certain que rien qu’en se proposant de trouver des solutions à un conflit qui oppose deux peuples frères parce que avant tout ces deux pays ce sont des pays musulmans et la Guinée également est un pays musulman, donc c’est un devoir d’abord religieux pour un musulman quand il y a un conflit entre deux frères musulmans de proposer des solutions pour pouvoir régler le conflit. Donc je pense que le Pr Alpha Condé a tout à fait la carrure nécessaire pour pouvoir faciliter entamer le dialogue. Mais vous savez la résolution d’un conflit n’est pas avec une baguette magique. Il faut beaucoup de rencontre, des va-et-vient.

L’actualité reste dominée en Guinée par les menaces de l’opposition de reprendre ses manifestations de rue. Quel est votre point de vue ?

Je désapprouve complètement cette alternative qui consiste à créer encore une difficulté à la population de Conakry. Je crois que la meilleure façon, c’est de dialoguer. Parce que les sorties dans les rues ont engendré des conséquences qui n’ont jamais été profitables ni pour l’opposition ni pour la mouvance moins pour le peuple de Guinée. Je demande à l’opposition de renoncer à cette forme de revendication et de s’engager dans la discussion et toujours travailler pour la réconciliation nationale pour l’intérêt du pays.

Mais pour l’opposition le problème est que le gouvernement ne respecte pas les accords issus des dialogues ?

Non ! La plupart des engagements qui avaient été signés, ont été respectés. Certes, il y a d’autres qui n’ont pas été respectés, mais il faut éviter de créer des situations qui seront de nature à créer d’autres difficultés supplémentaires qu’on aura encore à résoudre. La construction d’un Etat, d’une nation requiert beaucoup de patience et de sacrifice de la part de ses enfants.

Aujourd’hui, c’est l’intérêt national qu’il faut privilégier et non des victoires ou quelques sièges à l’Assemblée ou bureau qu’il faut chercher. Mais avant tout, il faut travailler pour la paix. Notre pays n’a pas besoin à se plaindre, cela suffit de regarder le monde d’aujourd’hui. Cette stabilité que nous avons n’a pas de prix et il faut qu’on en tienne compte.

Le RPG Arc-en-ciel traverse une crise surtout au niveau de ses cadres. Si cette situation perdure, votre parti ne risque-t-il pas de se retrouver dans l’inertie lors des différentes élections à venir ?

Non ! Je crois que c’est une lecture simpliste. Il y a des contradictions, des revendications dans une institution humaine. C’est quelque chose de normale. Mais de là à penser que cette crise pourrait avoir des conséquences dans les prochaines échéances, je ne le croirais pas. Je pense qu’aujourd’hui si vous regardez en face, vous prenez le principal parti de l'opposition, si vous voyez ce qui se passe là-bas, vous verrez bien que d’après vous, ce n’est pas si mal que les choses ne sont pas aussi terribles, aussi désespérantes chez nous que chez les autres.

En tout état de cause, le RPG est un grand parti de la Guinée. Les militants ont le droit d'exprimer leur préoccupation, leur volonté quant aux reformes nécessaires pour que le parti puisse tenir pour les 50 ans à venir. C'est ce  qui est en train de se faire et c’est ce qui se fera. Je vous donne aux prochains rendez-vous, au soir des élections vous verrez que le parti restera largement majoritaire aussi bien au niveau des locales qu'au niveau des nationales

Que répondez-vous à ceux qui vous accusent avec Bantama Sow de mobiliser des gens en faveur d’un troisième mandat lors de la tournée en vue du Chef de l’Etat au Fouta ?

En Guinée, lorsqu’on est en cours d’arguments, on essaye d’inventer. Je ne vois pas en quoi la volonté de Bantama et de Hady de soutenir le Chef de l’Etat et de soutenir le RPG soit une volonté déguisée, de manifester, de proposer un troisième mandat. Cela n’est pas du tout de notre ressort. Je crois qu’ils n’ont qu’à montrer une vidéo ou un son enregistré ou Bantama ou Hady aurait dit que nous allons organiser ça pour ça.

Maintenant, si c’est de l’imagination, si à chaque fois Bantama et Hady parlent, on traduit ça comme troisième mandat, ils sont libres de dire ce qu’ils pensent. Mais simplement, ils n’ont pas les preuves de ce qu’ils avancent. Je pense que ce qu’il y a lieu de faire pour eux, c’est plutôt de se préparer pour 2020 au lieu d’accuser tel ou tel de vouloir dire ça et non de dire qu’il a dit ça.

Qu’en est-il de vos rapports avec Mme la ministre des Affaires Etrangères Makalé Camara ?

Nos rapports sont au beau fixe. Personne ne peut dire le contraire. Nous travaillons conformément aux dispositions légales qui régissent nos relations. Le Secrétaire général travaille sous l’autorité de Mme le ministre des Affaires étrangères. Le Secrétaire général coordonne tous les aspects techniques des différentes directions qui sont mises sous sa responsabilité. Voilà encore une fois, les gens continuent d’alimenter les polémiques inutiles. Tout se passe très bien entre Mme le ministre et son Secrétaire général.

Votre message à l’endroit des citoyens guinéens ?

Je dirai aux citoyens d’aimer la Guinée pour bannir l’ethnocentrisme, et le régionalisme. La Guinée nous appartient tous. Nous devons la chérir et travailler pour son épanouissement, son développement pour sortir notre pays de la situation actuelle et de le hisser au sommet des pays émergeants. Telle est notre vocation!

Entretien réalisé par Sadjo Diallo

L'ancien vice-président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) a accordé une interview à notre rédaction. Dans cet entretien à bâtons rompus, Bah Oury revient sur la création de son mouvement "UFDG-Renouveau", sa manière de voir le changement politique en Guinée par la rupture générationnelle. Il revient également sur les incidents intervenus au palais du peuple entre le Pr Alpha Condé et les étudiants autour des tablettes. Interview

Le Démocrate: M. Bah bonjour !  C'est quoi l'UFDG-renouveau?

Bah Oury: L'UFDG renouveau est un mouvement qui a été créé par les amis qui sont autour de moi et qui partagent ma démarche politique dans le cadre de leur relation au niveau des réseaux sociaux. Il y'a d'autres mouvements qui ont été créés également surtout dans le cadre des réseaux sociaux par exemple le mouvement des éclairés et tant d'autres mouvements. Il y en a plusieurs.

Maintenant le mouvement UFDG renouveau avec BAH OURY, c'est l'appellation qui a retenu le plus l'attention des uns et les autres et on a convenu tous ensemble d'utiliser ce vocable pour organiser et permettre un encrage organisationnel à ceux qui partagent dans le contexte actuel mon projet politique et ma démarche. Donc le mouvement UFDG renouveau avec Bah Oury, ce n'est pas un parti politique, ce n'est qu'un mouvement dans le contexte actuel qui permet d'organiser tous ceux et toutes celles qui sont avec Bah Oury. Parmi eux il y a des gens qui sont de l'UFDG, il y a d'autres qui n'ont jamais été de l'UFDG et qui viennent d'autres bords politiques mais tous sont unis autour d'une plateforme qui est cristallisée par le projet politique que Bah Oury défend.

Le Démocrate: Vous venez de lancer une opération de quête de fonds auprès de vos militants et sympathisants. Pensez-vous que cette démarche peut prospérer dans un environnement où le leader est celui sur qui repose le financement du parti?

Bah Oury: vous savez, c'est ça qu'il faut combattre et lorsque nous avions accueilli avec El-hadji Bah Mamadou, Cellou Dalein en 2007 au niveau de l'UFDG, c'était un des critères. Nous ne voulions pas d'un parti qui soit à la merci d'un petit groupe de personnes aussi nanti soient-elles. Nous voulions mettre en place une pré-institution politique. Nous avions pensé qu'en élargissant plus largement l'UFDG ça aurait permis d'aller dans ce sens. C'est ce qui a été dit à Cellou Dalein. Par la suite, il n'est pas allé dans cette direction et j'ai beaucoup d'exemples pour indiquer que ces points font partie de point de friction et qui ont amené à la crise que vous connaissez à leur actuelle.

Depuis très longtemps, ma démarche politique, c'est de ne pas créer un parti pour que quelques personnes riches disent qu'ils possèdent le parti. C'est une organisation pour permettre l'émancipation d'une majorité d'une population qui veut aller dans le sens du développement; qui veut aller dans le sens de la démocratie et qui veut aller dans le sens d'une véritable réconciliation dans ce pays. Le parti politique voilà sa vocation. Aujourd'hui ou hier, nous avons fait les preuves, je fais partie des fondateurs de l'UFDG mais ça ne nous  a pas empêché de prendre en 2002 le doyen Bah Mamadou lui en faire président de l'UFDG et moi je suis resté secrétaire général.

 Mais la suite, nous avons fait la même chose pour accueillir Cellou Dalein et moi  je suis resté toujours le numéro 2 de l'UFDG. Donc ma quête et ma volonté de faire en sorte qu'il y ait une vraie institution politique pérenne indépendamment de l'influence que peut avoir quelque puissance d'argent. Et c'est maintenant, je suis en train de refaire la démarche pour remettre en place une vraie institution politique; là c'est le mouvement. Le mouvement n'est qu'une étape, l'étape suivante c'est la reconquête de l'UFDG et de le transformer fondamentalement pour en revenir aux valeurs qui avaient précédé la création de l'UFDG.

La politique si on parle de démocratie, il faut que l'institution ou l'organisation soit financée par l'écrasante majorité des membres. Et dans beaucoup de pays, on parle aujourd'hui de démocratie mais en réalité c'est une fausse illusion parce que ce sont les gens qui ont l'argent qui déterminent l'orientation et la pratique politique. Nous faisons une démarche que Obama a fait en 2008 avec des collectes de 1 dollar, 2 dollars par le billet de facebook et c'est comme ça qu'il a financé sa campagne. Il a eu un bilan excédentaire sur le plan financier. Par la suite après son élection, il a aidé Hilary Clinton a épongé ses dettes. Nous aussi pour que nous ayons des organisations viables, il faut que nous épousions cette pratique, cette même orientation.

Où en sommes-nous avec cette collecte de fonds?

La collecte vient d'être lancée, ça fait à peine deux jours. Le trésorier Saki Camara dira certainement à la fin du mois ou début juillet une première information à ce sujet. Je ne suis pas gestionnaire du compte. Il y a des personnes qui sont des gestionnaires qui ont l’information et qui vont la diffuser et de manière régulière pour que les gens sachent où est-ce que nous en sommes. Dans le texte que j'ai signé, il a été dit que régulièrement, nous donnerons les grandes indications, les grandes rubriques des fonds collectés et aussi de leurs utilisations parce que c'est une question de transparence indispensable lorsqu'on fait appel à une contribution publique.

Où en êtes-vous dans l'application de la décision judiciaire ayant tranchée en faveur de votre retour au sein de l'UFDG dont vous avez été exclu suite à des démêlés avec son président Cellou Dalein Diallo?

Le tribunal de Dixinn a rendu le 03 mars son arrêt qui invalide la décision d'exclusion de Bah Oury par Cellou Dalein et compagnie. Par la suite, Cellou Dalein a fait appel de la décision par le billet de ses avocats. Et vous savez que lorsqu'il y a une décision judiciaire, s'il y a appel, cet appel suspend l'application de la décision. La cour d'appel a déjà commencé de statuer sur ce sujet depuis le 30 mai dernier. Donc, on attend la conclusion des travaux de la cour d'appel. A cet effet, je pense qu'après cela, la décision sera exécutoire d'une façon si la décision du tribunal de Dixinn est confirmée.

Mais je sais que j'ai à faire avec des gens qui ne recherchent pas la transparence, qui recherchent à faire perdre du temps, à perdurer cette crise parce que leur intérêt, c'est de continuer à faire en sorte que l'UFDG s'enfonce. Mais par la grâce de Dieu, j'espère que la justice prendra compte de cette volonté du camp adverse de vouloir faire perdurer la situation du conflit judiciaire pour trancher le plus rapidement possible et en conformité avec le droit.

Pensez-vous que votre retour au sein de l'UFDG pourra être la solution pour calmer les tensions qui existent dans ce parti ou bien ça va continuer à diviser le parti?

Au contraire, le retour de Bah Oury sera une manière de sauver l'UFDG du désastre. Nous avons déjà lancé un appel à tous les militants de l'UFDG  quels qu'il soient, qu'ils partagent ou non les points de vue de Bah Oury de ne pas rester spectateurs et voir leur parti pour lequel ils se sont investis pendant des années et pour lequel il y a eu beaucoup de sacrifices qui ont été consentis et qu'un petit groupe d'individus continuent à le détruire. Je pense qu'un peut partout aujourd'hui, que ça soit à Conakry ou à l'intérieur et l'extérieur du pays, les gens se concentrent autour de cette question et dans peu de temps, je pense qu'il aura une volonté ferme d'une majorité de militants de l'UFDG pour dire halte à la destruction du parti par ce petit poignée d'individus qui ne cherchent que leurs propres intérêts.

Les jeunes de l'axe Bambeto-Hamdalaye se sont mobilisés récemment autour d'une plateforme citoyenne qui s'engage à défendre les intérêts des populations de cette zone. Certains observateurs voient la main de Bah Oury derrière ce mouvement. Qu'en est-il réellement ?

Il n'y a pas la main de Bah Oury derrière ce mouvement. Bah Oury exprime des idées que partout que les jeunes gens surtout la nouvelle génération celle qui était dans la rue dans les années 2005 à 2007, c’est cette jeunesse qui a vu beaucoup de ses compagnons tombés pour la démocratie dans ce pays de ne pas accepter d'être instrumentalisés et d'être utilisés par des gens qui recherchent leurs intérêts personnels et égoïstes. De ce point de vue, il faut qu'ils prennent leur destin entre leurs mains et mon ambition aujourd'hui c'est de voir pour des prochaines élections communales ici que ce soit des éléments issus de cette génération qui s'étaient sacrifiés et qui ont été victimes de beaucoup d'ostracisme, d'injustice, que parmi eux que le prochain maire soit issu de ses rangs.

 Et ça, si quelqu'un dit que ces jeunes là, c'est la main de Bah Oury, alors ce sera tant mieux. Mais, je veux que cette société se développe, que les gens prennent leur responsabilité, qu'ils voient les intérêts majoritaires et qu'ils agissent en fonction de la recherche de l'intérêt de la majorité de la population et on en a assez de voir l'axe Hamdalaye-Kagbelen toujours présenté comme un axe où il n'y a que de conflits, qu’insécurité. Je souhaite que dans les prochaines années que cet axe Hamdalaye-Kagbelen soit un axe de la prospérité et que cet axe soit comme les champs Elysés pour Conakry.

 Et l'activité économique dans la capitale soit principalement concentrée autour de cet axe parce que c'est cela qui permettra de montrer que la Guinée va revivre et il y a beaucoup de gens qui ont investi et qui ont construit des immeubles qui n'arrivent même pas à les louer.  Aujourd'hui, ils sont dans la pauvreté, parce que certains veulent instrumentaliser les jeunes de l'axe pour leurs propres intérêts sans que ça aille dans l'intérêt collectif ou dans l'intérêt de la Guinée. Ça il faut que cela cesse.

Les actions sont en train d'être menées pour une réforme de la CENI. Le bruit court comme quoi le ministère de l'Administration du territoire pourrait reprendre le flambeau en matière d'organisation des élections en Guinée. Quelle est votre lecture de cette situation ?

Je pense que c'est une question de fond parce qu'on a tenté en 1993. J'étais parmi les premiers à évoquer l'idée d'une gestion paritaire des processus électoraux pour avoir une certaine assurance de la neutralité et de l'impartialité du processus. Depuis 1993, il y a eu beaucoup d'expériences qui ont été engagées. C'est là le haut conseil aux élections et au-delà de notre pays beaucoup d'autres aussi se sont engagés dans des expériences analogues.

Aujourd'hui, ont fait le bilan. C'est n'est pas un bilan élogieux. Les processus électoraux que ce soit en Guinée ou dans beaucoup de pays africains posent problème. On revient à la même situation où les élections étaient gérées directement par les ministères de l'intérieur dans la plupart des pays sauf quelques exceptions notables comme le Ghana, le Sénégal, le Nigeria mais la plupart des pays, les CENI sont devenues sacs à problème.

Donc la réflexion doit être de mise à peu près de 25 à 30 ans d'expérience d'un processus. Il faut faire le bilan et savoir est-ce que nous sommes dans la bonne direction ou est-ce qu'il faut rechercher d'autres alternatives par ailleurs. La question que les élections soient l'apanage du ministère de l'Administration du territoire ou du ministère de l'intérieur, c'est une hypothèse. Il y a d'autres hypothèses qu'il faudra explorer mais ça nécessite des discussions de fond, de la manière la plus générale. Et je dis que cette question va au-delà même du contexte local. C'est un contexte général africain qu'il faudra, pour lequel il faut trouver une solution.

Les crises politiques aujourd'hui ne sont pas simplement des crises dues à la gestion électorale par le gouvernement directement mais même par les CENI. Donc ça nécessite une réflexion de fond et de ne pas faire une réflexion bâclée. Je vois même au-delà du ministère de l'Administration du territoire une nécessité que l'action de la supervision judiciaire du processus électoral ne soit plus quelque chose qui soit simplement nationale que ça soit supranationale. Les cours suprêmes et les cours constitutionnelles dans la plupart des pays très souvent vont dans le sens des gouvernants sur place.

Or, vous voyez se qui s'est passé au Gabon. Il est nécessaire que la chaîne régulatrice des processus électoraux soit totalement transparente et indépendante pour donner les avis qui sont en conformité avec l'expression du suffrage universel dans la plupart de nos pays. Et c'est une démarche qui nécessite encore une fois une réflexion et non pas des réunions en catimini où on risque de faire d'échafaudage qui ne règle pas les problèmes alors qu'on risque de les renforcer encore davantage.

Nous sommes au mois de juin, et rien n’indique que les élections locales pourront se tenir cette année. A votre avis, cela ne dénote-t-il pas de la mauvaise foi du gouvernement, qui refuse pour la énième fois d’honorer le chronogramme des élections communales et communautaires ?

Non ! La question est plus complexe que cela. Premièrement, il y a une loi qui a été votée le 23 février 2017 avec  l’adoption de nouveau code électoral. Ce nouveau code électoral tel qu’il est présenté n’est pas en conformité avec la constitution et n’est pas susceptible de nous permettre d’avoir des élections stables, des élections qui permettent l’expression réelle du soufrage universel. La nomination des chefs des quartiers et des présidents de districts par des conseillers élus n’est pas une bonne situation. Il faudrait que l’expression soit plurielle, quelle soit plus large et quelle soit libre

La gestion de proximité de nos villes pose un sérieux problème. On ne peut pas  faciliter la mise en place d’oligarchies politiques qui vont étouffer les votes des électeurs. L’Amérique latine a connu pendant près d’un demi siècle ce genre d’attitudes de pratique qui ont été dépassées suite à des insurrections populaires ou à des mouvements de révolte.

En Guinée, nous devons allez vers une nouvelle décentralisation. Il y a des possibilités qui existent. J’ai déjà indiqué à beaucoup des structures par la note que j’ai formulée mes critiques par rapport à cette loi et des propositions alternatives pour trouver la solution qui nous permettra d’aller dans le sens de la constitution et de la décentralisation en utilisant l’exemple du Sénégal.

Dans les quartiers et les districts, il y a des conseils consultatifs qui sont composés par des différentes associations des forces vives du quartier et du district et qui siègent et qui peuvent élire selon une nomenclature que le ministère de l’Administration du territoire peut formuler. Ils peuvent élire un bureau et le responsable du bureau qui sera le chef du quartier ou le président du district ce sera des décisions qui émanent de la population qui sont en adéquation avec la constitution et qui sont dans le sens de renouvellement de l’espace démocratique et de développement de la citoyenneté.

Ça c’est une position que j’ai trouve formidable pour nous permettre de dépasser l’impasse actuelle. Si le maire va élire et va nommer le chef de quartier avec tout ce que vous connaissez des pratiques de mal gouvernance et des pratiques népotistes dans ce pays, il va de soi que beaucoup de zones  de notre pays deviendront des zones d’instabilité. La cour constitutionnelle n’a pas encore statué officiellement sur la question. J’espère qu’elle le fera le plus rapidement possible pour nous permettre d’avoir une loi qui sera revue par l’assemblée nationale en conformité avec la nécessité de respecter la constitution, de respecter l’intérêt général, de respecter le processus de décentralisation, de contribuer au renouvellement de la dynamique sociale de citoyens à la base.

Donc, les élections ne peuvent pas se tenir dans ce contexte. Si la loi est revue, il faudra attendre encore 6 mois parce qu’il faut respecter le pacte de gouvernance de la CEDEAO  qui dit : lorsque vous modifiez un aspect de la loi électorale pour maintenir l’équité entre tous les acteurs, il faudra les donner le temps de s’y préparer. Donc il y aura quelle que soit la décision en principe si on veut respecter le traité que nous avons signé, il faudra une période de 6 mois avant qu’il y ait des élections communales. Donc, on n’est pratiquement fin juin, dans 6 mois ce sera fin décembre, cela veut dire que pour l’année 2017 au regard de ces contraintes juridiques, il est difficile d’envisager des élections dans l’année 2017.

Il est souhaitable qu’au cours du premier trimestre 2018 que tout soit fait pour que les élections communales puissent se tenir pour permettre le renouvellement de la classe politique, l’émergence d’une nouvelle gouvernance locale, parce que ce sont des piliers indispensables pour la reconstruction de l’Etat guinéen.

La gouvernance actuelle n’a pas l’air d’offrir une alternative aux Guinéens, avec la corruption et l’insécurité, ainsi que l’incurie, qui demeurent des fléaux dont l’administration a du mal à se départir. Partagez-vous ce constat?

La réalité, elle ce qu’elle est. On assiste à des zones d’insécurité un peu partout et même la population rend elle-même justice. Ce qui est condamnable dans le cadre de l’Etat droit. Pour éviter l’amplification de ces dérives, il est indispensable de repartir sur le bon chemin. C’est la raison pour laquelle, la question de la gestion des commune doit être la priorité des priorités pour ramener une gouvernance normale dans notre pays.

Ce n’est pas au président de la République d’être interpelé lorsqu’il y a un problème dans une localité. C’est à la commune d’intervenir parce que toutes les questions relatives à la proximité relève de la commune. La question de la sécurité, la question de  route dans les quartiers, la question de l’éclairage public, la question de déchets, la question scolaire pour l’école primaire et le collège et la question de loisirs, l’essentiel de l’activité du citoyen relève directement de la gestion communale. Et si la gestion communale n’est pas bonne, il ne faut pas s’étonner; rien ne soit bien. Cela a fait plus de 20 ans la commune n’a jamais fonctionnée correctement.

L’idée était généreuse au début avec l’arrivée du Général Lansana Conté au pouvoir avec le CMRN. La décentralisation a été accueillie avec bonheur avec toute la population guinéenne. Mais depuis qu’il y a eu le multipartisme, on a dit qu’il faudrait des partis pour présenter des listes. Il va de soi que la question a été biaisée. Parce que au lieu d’aller dans le sens des intérêts des populations, les gens sont allés dans le sens des intérêts d’un petit groupe des personnes qui veulent s’accaparer du pouvoir et pour le gérer à leur profit simplemen. C'est la raison pour laquelle la commune de Conakry n’évoque rien dans l’esprit des gens que ce soit la commune de Ratoma qui est une commune relativement riche. Il y a rien, qu’est ce que les citoyens attendent de la commune ?

Regarder les amoncellements de déchets partout. La construction de l’école primaire, c’est la commune qui doit construire les écoles primaires conformément au texte qui sont en vigueur dans ce pays.  Mais rien n’est fait correctement. Donc il faut voir les choses de la manière la plus simple et se rendre compte qu’on n’est pas du tout parti du bon pied.

Quelqu’un peut être président de la République quelle que soit sa volonté si la base n’est pas bien articulée en relation avec un contrôle social effectif démocratiquement mis en place,  c’est corruption, c’est la gabegie, ce sont des intérêts matériaux qui vont prédominer au détriment des intérêts de la grande majorité de la population.

  L’opposition apparaît de plus en plus divisée ces derniers temps. Et cette affaire de subvention accordée à son chef de file Cellou Dalein Diallo n’aura fait qu’exacerber cette tension. N’est-ce pas le pouvoir d’Alpha Condé qui  sort plutôt renforcé de ces bisbilles?

Non ! beaucoup des choses qui ont été critiquées depuis longtemps qui sont mises maintenant sur la place publique et les citoyens commencent à comprendre que le fait que certains soient en politique, ce n’est pas pour des convictions allant dans le sens de l’intérêt général pour servir la population. Ils viennent en politique pour se servir et là c’est désastreux comme image, pas simplement pour eux-même mais pour la classe politique qui est éclaboussée par cela.

Je pense que la population va distinguer le bon grain de l'ivraie. Et de l’autre côté, aussi par rapport à la politique générale, vous savez, il y a un cycle politique qui est en train de mourir. Ce cycle politique qui date depuis l’indépendance jusqu’à présent est en train de mourir. C’est le cycle qui a géré ce pays depuis l’indépendance et très souvent il n’y a pas eu un apport positif fondamentalement novatoire dans l’intérêt de la population.

Mais à côté, il y a un notre cycle qui est en train d’émerger. Et je pense qu’il faut penser que ce nouveau cycle qui émerge va être le cycle vertueux qui va transformer profondément la Guinée. En d’autre terme, je veux dire, il y a une classe politique qui est en train de disparaître, il y a une autre classe politique qui est en train d’émerger. Et maintenant en fonction de l’attitude de positionnement des uns certains vont disparaître de la chaine parce qu’ils ne représenteront plus grand-chose. Ils représenteront un monde qui est en train de partir et ceux qui sont en relation avec la population qui sont en phase avec les attentes et les aspirations de la grande majorité de la population vont faire partie de ce nouveau cycle émergent que j’espère parviendra à changer la donne dans les années avenir.

Le chef de l’Etat a eu récemment des échanges houleux avec des étudiants autour de cette histoire de tablettes qui leur ont été promises. Ne pensez-vous pas que le président a eu tort de perdre son sang-froid  face à ces jeunes ?

Je pense que chacun d’entre nous est humain. On peut avoir des fois des attitudes qui peuvent ne pas être les attitudes les plus appropriées pour certaines situations. C’est le cas lors de l’inauguration de ce forum des étudiants guinéens. C’est tout à fait humain mais de l’autre côté aussi, je pense que les enfants ont le droit de réclamer ce qui a été promis. Il n’est pas du tout acceptable que ces enfants invectivent le président de la République parce que vous savez le président de la république à travers lui, c’est toute la nation. Donc il y a des limites à ne pas franchir dans le respect et dans certains types d’attitudes parce que, ce n’est pas par rapport à la personne, c’est par rapport à l’institution que la personne représente à qui il faudrait accorder le respect indispensable pour que le pays puisse évoluer dans un contexte de gouvernance tout à fait institutionnalisé et respecté.

Si on transgresse toutes les règles, il va de soi que c’est un climat d’ingouvernabilité qui peut s’instaurer. Et nous savons ce que ça induit dans les pays où c’est l’ingouvernabilité  totale. Ce n’est que la violence et je pense qu’il faut attirer l’attention des uns et des autres. Il y a des limites à ne pas franchir dans l’irrespect vis-à-vis des représentants des institutions de la République.

Le Démocrate                               

                                       

 

Charles André Soumah, le directeur adjoint du département de la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) sort de son silence. Dans cet entretien accordé à notre rédaction, il revient sur la genèse de la crise au sein de la Ceni. M. Soumah explique également la possibilité d'organiser les élections locales si les préalables sont remplis. Lisez l'entretien!

Depuis quelques mois la CENI traverse une crise. Qu’est-ce qu’est à l’origine de cette crise? où est-ce qu’on en est aujourd’hui ?

Je voudrais vous dire avant d’entrer dans le vif du sujet, moi personnellement en tant que membre de la CENI, commissaire et directeur adjoint de la Communication, j’étais le premier à avoir constaté ses disfonctionnements. J’avais fait une première pétition mais mes collègues m’ont temporisé. Et le mois de mars 2016, j’ai encore refait la même chose mais finalement comme ça bouillonnait, à l’intérieur de la CINI et à l’extérieur parce qu’on était traité de tout le nom d’oiseau, on s’est retrouvé, on n’a dit vraiment qu’il faudrait soigner le mal qui est au niveau de la CENI.

C’est comme ça que j’ai observé l’esprit de rétention. Aujourd’hui, c’est un autre commissaire ou quelques commissaires qui ont fait le même constat. Nous voulons bien que ça marche à la CENI, parce que la CENI est une institution sensible. Elle n’est pas comme les autres institutions. Si la CENI organise mal les élections, c’est véritablement le feu qu’on met à la poudre.

En termes clairs, quels sont les problèmes qui assaillent la CENI aujourd’hui ?

C’est un problème de gouvernance interne à la CENI. Cette mal gouvernance, c’est au niveau du président de la CENI (Bakary Fofana, ndlr). Quand une seule personne manipule une institution à sa guise, cela laisse vraiment à désirer. Mais ce n’est pas le seul. Il y a les membres du bureau exécutif. Donc si le bureau exécutif se met à sa dévotion, je pense ce sera le pire qu’on ne souhaite pas du tout.

Vous avez tenu ce mardi 2 mai 2017 une plénière pour laver les linges sales en famille et puis examiner cette pétition qui avait été rédigée. A quoi cela a-t-il abouti?

Pratiquement, il y a quelques commissaires qui n’étaient pas informés. D’autres étaient en voyage ou empêchés. Donc, ils n’ont pas reçu ce document de pétition. On a demandé à ce que ceux-là qui n’étaient pas présents à l’avant-dernière plénière puissent s’approprier de cette pétition, l’examiner et qu’on puisse repousser la prochaine plénière à jeudi. Nous allons revoir les questions  soulevées dans cette pétition. Si l'assemblée décide parce que c’est l'assemblée plénière qui décide à ce qu’on puisse faire recours à l’article 17, il s’agira soit de remplacer partiellement ou totalement le bureau  exécutif.

Quelles sont les questions qui sont soulevées dans cette pétition ?

Vous savez, on initie une rencontre à Kindia. C’était un atelier de capitalisation parce qu'après avoir organisé les élections, il faut qu’il fasse un atelier pour voir ce qui a marché ou ce qui n’a pas marché. Lorsqu’on s’est retrouvé à Kindia, on a d’abord envisagé de se retrouver nous les 25 commissaires, discuter de ce qui ne va pas dans la gestion et des ressources humaines et de ressources financières. Tous les commissaires ont exprimé leurs mécontentements par rapport à la gouvernance de la CENI  par M. Bakary Fofana.

Vous vous souvenez, il y avait un vice-président, Ibrahima Kalil Keita qui avait souvent protesté contre la méthode de gestion de M. Bakary. Tout le monde a parlé, quand les commissaires ont fini de parler, on lui a demandé de donner son avis. Il a dit qu’il ne se reproche de rien. Là, nous, on était complètement scandalisé. Quand le premier chef d’une institution dit qu’il ne se reproche de rien avec tout ce qu’on a eu à soulever comme anomalies.

Nous voudrions que vous nous expliquiez les reproches  que vous faites à Bakary Fofana  parce qu'en même temps,  il fait des reproches au pouvoir, en disant qu’il n’a pas les moyens de sa politique. Il y en a qui disent que c’est parce que les salaires ont retardé à la CENI que ça crie. Lui aussi, il fait prévaloir une chose. Il a fait un projet de budget qu’il n’a pas obtenu donc il ne peut rien faire.                       

Bien avant cette affaire de budget électoral, je pense bien qu’il y avait beaucoup de citoyens et beaucoup d’acteurs politiques ou bien des acteurs du processus électoral qui avaient crié sur tous les toits que la CENI ça ne fonctionnait pas bien. Je ne sais pas si vous vous souvenez de cela ?

Mais à l’époque, on n’était pas monté au créneau. Pourquoi c’est maintenant ?

Le moment n’était pas venu. Maintenant que le moment est venu, on vient greffer cette affaire de budget électoral. Attention ! Il y a le problème de budget électoral. Il y a également les questions de gestion des fonds alloués à la CENI.

Y a-t-il eu détournement de fonds ? Qu’est ce qui s’est passé ?

Je ne peux pas vous le dire parce que je ne suis pas associé. Ça, c’est l’un des disfonctionnements. Je ne suis pas associé à cette gestion financière de la CENI. Bakary Fofana est l’ordonnateur, il y a un staff, il y a un trésorier, un membre du bureau. Quand on demande au trésorier, il dit, je suis un trésorier sans trésor. Alors moi en tant que gestionnaire du département communication, si on ne me donne pas l’information dans le domaine financier, qu’est –ce que je peux vous dire ?

Moi je pense que la mal gouvernance, c’est au niveau des ressources humaines. Imaginez-vous qu’il y a une disparité entre les traitements de salaires des assistants techniques. Tu peux voir un chef de servie qui, dont le salaire avoisine deux millions, tu peux voir un chef de servie dont le salaire avoisine 8 millions ou  7 millions de francs guinéens.

Pourquoi ça?  

Non ! Ils peuvent avoir les mêmes diplômes mais ne pas peut être avoir les mêmes expériences. Moi, je fais le constat. Je suis de toute façon avant d’être le commissaire, journaliste d’investigation. Donc, j’ai constaté pendant cinq ans, pendant cinq ans j’observais le fonctionnement de cette CENI. Et je suivais à la loupe les méthodes de gestion du président et des membres du bureau exécutif.

Ce que je vous dis, en âme et conscience, je ne peux dire que la vérité. Il y a un disfonctionnement dans le traitement salarial. Il y a un disfonctionnement dans les choix des commissaires pour des missions à l’extérieur. Souvent, on retrouve les mêmes commissaires. Mais comme nous,  on n’est pas prêt à cirer les bottes d’un chef d’une institution, nous nous travaillons d’une façon légale.

Si vous vous souvenez, notre arrivée à la CENI, j’ai été la première personne à être étiquetée par mon président d’alors. M. Fodé Mohamed Soumah parce qu’une fois un commissaire prête un serment, il doit carrément  couper le cordon ombilical avec sa structure d’origine. Donc, c’est que moi j’ai fait, pratiquement, je suis à la CENI. Je suis sous l’autorité de loi. Tout que je vous dirai vous pouvez vérifier. J’ai dit tout à l’heure, il y a une disparité dans le traitement des assistances techniques même dans les choix pour des formations, au niveau des commissaires,  ce sont les mêmes commissaires qui effectuent les voyages à l’extérieur. Tout ne se décide pas en plénière.

Pourquoi vous n’avez pas posé ces questions à Bakary Fofana?

Je vais vous dire ceci monsieur. Moi, personnellement y compris certains commissaires, on a posé ces problèmes à M. Bakary. Il nous a répondu que c’est dans ça discrétion. Voilà! Que peut-on faire de plus ? Moi j’ai pensé que c’est l’assemblée plénière qui doit déterminer le traitement de tout un chacun, et de ces conseillers et des ces assistances techniques qui travaillent avec nous. C’est le personnel d’appui. Ça été plusieurs fois posé. Le président n’a jamais pris de bonne oreille.                         

Expliquez-nous un peu la Loi 06?

Pour répondre à cette question, moi je dirai que, je n’ai jamais vu de ma vie qu’un président d’une institution  fasse un mutisme total  face aux informations surtout il est à la tête d’une information, c’est pour donner l’information la bonne aux acteurs du processus. Ce que vous dites, j’ai été ou j’ai été l’un des premiers à venir voir le président. J’ai dit M. le président essayez de communiquer. On dit souvent que la CENI ne communique pas. On ne s’intéresse pas au département de la Communication. Mais les acteurs du processus veulent votre communication à vous parce que ça peut donner du poids.  C’est ainsi, j’ai encore œuvré pour qu’on mette une porte-parole de la CENI, comme il ne veut pas communiquer. Nous avons trouvé une autre solution, c’est de mettre un porte-parole de la CENI.        

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez savamment orchestré cette crise pour freiner la tenue des élections locales ?

Vous savez la CENI,  elle était prête depuis décembre 2016. Vous avez eu l’information. Donc ceux qui disent que c’est une crise savamment orchestrée ça n’engage qu’eux. Nous, nous ne sommes pas là pour retarder les élections. Vous connaissez déjà les acteurs du processus s’ils ne grincent pas le même violon cela se répercute sur la CENI. Vous connaissez les accords sur le point deux, il n'y a pas d’entente. Maintenant cette question, c’est au niveau de la cour constitutionnelle. Nous,  la CENI, nous sommes juste sous l’autorité de la loi. Le principe dit que l’OGE (de gestion des élections)  est là, nous sommes là pour organiser les élections.

Ça veut dire que si dans deux semaines, la cour constitutionnelle valide ce code électoral révisé, la CENI pourrait nous amener à des élections avant Juin 2017 ?

Vous savez, il y a des préalables. Nous sommes là dessus mais ces préalables là, il faut qu’il y ait des moyens financiers pour pouvoir le faire. Tout dépendra quand nous allons recevoir le budget. Je crois que nous allons aussi entamer les préparatifs de ces élections.

Est-ce qu'aujourd’hui on peut dire avec ces problèmes qui assaillent la CENI, les élections locales sont compromises ?

 Pas du tout !

En quoi selon vous, le président de la CENI constituerait-il le véritable problème de cette institution ?

Le président de la CENI, il a vraiment une expérience avérée mais c’est un problème de management. C'est-à-dire, il faut savoir bien gérer les commissaires que ce soit en ressources humaines ou  en ressources financières.

Synthèse d’Alpha Amadou Diallo                   

 

 

Mamadou Aliou Barry est revenu dans cette interview sur la volonté de tripatouiller la constitution pour un troisième mandat pour Alpha Condé. Il évoque aussi le cas Toumba Diakité. (suite et fin de l'interview)

Selon vous à quoi peut-on s’attendre ?

Je comprends qu’en Guinée,  les gens sont préoccupés par le quotidien. Les gens n’ont pas le temps pour la réflexion. Quand le Président de la République dit à Singapour en Malaisie ailleurs il y a pas de limitation, mais est-ce qu’il a lu ces constitutions ? A Singapour, le président est élu pour 6 ans.

Deuxièmement, il a prêté serment sur une constitution. Je suis étonné du silence de la Cour Constitutionnelle. C’est-à-dire que le président de la Cour Constitutionnelle était là devant le président de la république où le Président de la République a juré sur cette constitution de respecter l’esprit et la lettre. On n’entend pas la cour constitutionnelle.

Récemment, M. Sall est sorti pour dire qu’il ne sera pas question qu’on tripatouille la constitution pendant son magistère.

Et c’est le troisième match sur lequel où tout en étant d’accord avec le président de la république pour dire coupons le cordon ombilical avec la métropole, tout étant d’accord sur ça, il y a un désaccord que j’ai avec lui où il n'y a pas d’adéquation entre sa parole et ses actes, c’est sur la constitution. Toutes les constitutions des pays d’Afrique francophone, c’est la copie conforme de la constitution française. Je pense ici me souvenir que vous aviez invité ici le sociologue Barry Bano qui, avait dit que c’est une réunion des copains et des coquins qui ont rédigé une constitution.

Qu’est ce que les gens qui ont fait au temps du CNT, ils sont partis voir au Bénin, au Sénégal, en France mais tout ça, c’est une copie conforme pratiquement avec quelques petits aménagements de la constitution Française. Dans un pays où on a le culte de la personnalité, le culte du chef où on sort de 26 ans de dictature de Sékou Touré, on fait une constitution où on donne tout le pouvoir au président de la République et on se donne que le président de la République ne s’accroche pas même moi, si on me met à la tête de ce pays dans cette constitution, je vais demander 4 à 5 à 6 mandats parce que j’ai le pouvoir absolu.

Là, la contradiction du président, il fallait qu’il refuse cette constitution avant de prêter serment pour revenir dire, je préfère un troisième mandat. Mais à mon avis, c’est aussi ma lecture personnelle, il a fait ces sorties pour occuper les Guinéens. C'est-à-dire en ce temps les gens ne l’emmerdent pas. La deuxième chose que je veux dire, si le président souhaite c'est-à-dire s’engage dans cette voie, d’abord le pays est fragile. Je peux vous dire que c’est fini pour la cohésion sociale, c’est une crise totale en Guinée. Je pense qu’il doit s’inspirer même de ce qui s’est passée chez son ami Blaise Compaoré. D’abord, il a le problème de l’âge ça c’est complètement physiologique. Si vous regardez aujourd’hui le président de la république ,c’est normal moi-même à 73 ans à 80 ans, je ne serai pas comme je suis.

Le Pouvoir use parce que les gens ne dorment pas. Regardez Obama depuis qu’il est sorti de la maison blanche, il est redevenu jeune, regardez Hollande depuis qu’il n’est plus candidat, il a bonne mine. Regardez le président aujourd’hui surtout depuis comme la Guinée où toute petite dispute lui remonte, même le divorce ou une petite dispute matrimoniale lui remonte, les problèmes du quartier lui sont remontés. Il ne dort pas, il voyage. Il a 82 ans. Il dit qu’en 2020, il aura peut être 87 ans.  Comment il peut imaginer physiquement ou physiologiquement de faire un troisième mandat ?

 Parlons du dossier 28 septembre. Le président Alpha Condé a déclaré que certains sont accusés à tort dans le dossier du massacre du 28 septembre. Qu’en dites-vous ?

Moi, c’est la déclaration que m’a beaucoup plus inquiété. Le dossier du 28 Septembre comme vous venez de le rappeler, l’observatoire venait d’être créé. Le jour ou Benn Jawi allait au Camp Alpha Yaya pour auditionner Dadis, moi j’étais dans la voiture d’ailleurs. C’est  à son retour qu’il m’a dit, il faut quitter le pays. Moi quand on a tiré sur Dadis, j’étais à Ouaga. J’ai quitté la Guinée sur les conseils de Benn. Le dossier du 28 septembre est un dossier complexe à mon avis et ça, ça n’engage que moi. Je pense que le ministre de la Justice a une volonté réelle pour organiser ce procès.

 Je ne pense pas que la Guinée peut organiser ce procès. D’abord pour des raisons des matériels, on ne  peut organiser ce procès, c’est un procès lourd. C’est un procès de crimes contre l’humanité. Vous avez vu le procès sur Housseine Habré (ancien président tchadien), il a fallu des mois, des années pour préparer le Sénégal. Et on a fait des cours africaines extraordinaires. Moi, j’ai toujours plaidé depuis l’époque de la commission internationale, j’ai toujours plaidé pour un tribunal spécial pour ce procès donc avec un mélange des juges guinéens et des juges africains, à la limite, c’est délocalisé de Conakry.

Je pense que ce procès ne doit pas se tenir à Conakry. Ça doit être à l’intérieur du pays mais avec les aménagements qu' il faut construire. Ce qui est inquiétant ,c’est pour la stabilité du pays. Ça, c’est le géopolitologue qui parle, on est dans un régime fragile. La preuve, aujourd’hui, vous avez Toumba qui est en prison. Les gens qui sont nommément mis en examen, c'est-à-dire ce n’est même pas quelque chose de secret leur nom figure sur le rapport de la commission, ils ont été inculpés par le juge. Donc on ne peut pas en même temps mettre Toumba en prison et laisser les autres dans leurs postes de responsabilité.

Je prends un exemple très simple. On ne peut pas laisser par exemple Thiégoro, ministre, alors qu’il est cité, il a été inculpé. Le ministre de la Justice doit demander à ce que ces gens là soient mis en congé de leurs fonctions. Deuxième point,  il y a d’autres qui sont cités. Je donne un exemple ici M. Isto kéira est nommément cité dans le rapport de la commission Internationale pour avoir nettoyé le stade. Comme voulez faire une justice cohérente quand il y a des acteurs qui occupent les postes. C’est quand même difficile de travailler avec des gens qui ont des responsabilités. Ce que les victimes demandent, ce que les activistes de droit de l’homme demandent,  c’est quand  même que ces gens-là soient mis en congé de leur fonction jusqu’à ce qu’il y ait le procès.

Maintenant, quand le président de la République dit des gens qui sont nommés ne sont pas coupables sur quoi il se base ? Le Ministre de la Justice doit monter au créneau pour rééquilibrer les choses parce qu’il faut toujours dans le bon sens ses interventions. Il a le souci d’organiser ce procès, mais les déclarations du président n’arrangent rien. Là aussi la cour constitutionnelle doit monter au créneau pour rappeler au président de la République, la séparation de pouvoirs.

Synthèse d'Alpha Amadou Diallo                            

 

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