Aliou Bah, ancien du Bloc Libéral (BL) : « Le FMI n’impose rien à la Guinée… »

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Aliou Bah, l’ex chargé de communication de Bloc Libéral (BL), a accordé un entretien à la Radio Lynx Fm. Dans cette interview, l’analyste financier a décortiqué l’argument du gouvernement de Kassory Fofana par rapport à l’augmentation du prix de carburant à la pompe. Il dément catégoriquement l’argument du gouvernement et donne ses raisons.  Pour M. Bah, contrairement à l’argument du gouvernement, le FMI a demandé que la maîtrise des dépenses non prioritaires. Interview

Bonjour M. Bah. L’augmentation du prix de carburant à la pompe, est-elle justifiée ou pas ?

Au regard de plusieurs paramètres, ça se discute, c’est vrai que ça été annoncé sous forme de rumeurs, quand le gouvernement est arrivé, certains ont commencé à faire comprendre à nos compatriotes que c’est un passage un contournable.

Pour mieux comprendre la situation, il faut peut-être aller la source du mal. A quel niveau on peut situer la responsabilité ? Parce que ce n’est pas une situation conjoncturelle comme on essaye de le faire croire. C’est une situation structurelle, comment l’économie s’est comportée depuis 2015? Nous savons que cette année a été une année charnière pour nos finances publiques. C'est-à-dire, il y a eu beaucoup de déperditions, beaucoup d’argent dépensé dans le cadre électoral.

Pratiquement, le RPG a fait six (6) mois de campagne. Et nous avons vu que nous sommes sortis fragilisés de cette élection sur le plan économique. Et qu’à partir de 2016, le gouvernement qui a été installé après la réélection d’Alpha Condé a commencé à avoir des mesures notamment dans le domaine fiscal. Parce que nous n’arrivons pas à mobiliser des financements extérieurs importants. Nous n’avons pas de grandes sources de revenus pour l’Etat qui sont des sources diversifiées. Pratiquement, les mesures fiscales deviennent des mesures par lesquelles l’Etat passe pour s’ajuster.

Donc, il y a une augmentation. Vous vous souvenez de la TVA passée de 0 à 20%, pour certains produits, qui n’étaient pas taxés du tout qui ont commencé à être taxés, notamment les denrées de la première nécessité et d’autres produits qui sont passées à 18% à 20%. Tout ça, c’était des mesures qui visaient à rattraper un peu ce que nous avons perdu dans le cadre justement de ce financement, qui n’étaient pas de financement prioritaires encore moins prévus.

Par la suite, il y a eu le recul du gouvernement sur certaines mesures de TVA. Mais, nous avons constaté que les dépenses de l’Etat n’ont pas baissé pour autant. Alors, l’argument qui est utilisé aujourd’hui essentiellement, c’est de nous faire croire que le FMI annonce de supprimer les subventions sur le carburant et qu’il faut nécessairement faire augmenter le prix. Alors que les choses ne se passent pas de cette façon. Parce que moi, j’ai lu le rapport du FMI sur la Guinée, le dernier d’ailleurs.

Je vais vous citer quelques dispositions, notamment celui du 20 mai. D’abord, ce rapport constate qu’il y a une forte augmentation d’exportation de la bauxite, le gouvernement s’en est même félicité. Vous avez vu qu’est-ce que ça fait. Alors, qu’est-ce que cette manne représente parce qu’on suppose qu’en augmentant le volume d’exportation, ce qui veut dire que nous avons aujourd’hui la possibilité d’avoir plus d’argent à travers ce mécanisme d’exportation.

Et la deuxième recommandation, c’est celle qui demande à mobiliser beaucoup plus de recettes. Notamment de recettes fiscales additionnelles. Parce qu’il ne s’agit pas contrairement à ce qu’essaye de faire croire, il ne s’agit pas d’augmenter les impôts mais plutôt d’élargir ce qu’on appelle l’assiette fiscale. Et la Guinée, au lieu de suivre cette recommandation, nous, nous sommes employés à faire de la pression sur la même matière.

C'est-à-dire les mêmes personnes ne sont pas (je fais allusion par là à des personnes physiques et morales), nous ne créons pas beaucoup d’entreprises pour s’ajuster dans le mécanisme d’utilisation des recettes fiscales. Ça veut dire que  nous  faisons de la pression fiscale sur la même matière. Le gâteau ne grandit pas pour qu’il soit suffisamment mieux partagé pour avoir l’expression ordinaire.

A force de faire cette pression. D’abord, nous ne sommes pas dans le cadre de la recommandation du Fonds Monétaire International. Mais, nous courons le faux risque pour tuer la matière imposable. Nous rendons les gens de plus en plus pauvre. Et la meilleure façon de tirer quelque chose d’une vache, c’est de l’engraisser en quelque sorte. Mais, l’Etat ne travaille pas dans le sens de soulager les populations, de leur garantir de meilleurs revenus à travers les investissements qui peuvent se faire pour que les emplois puissent se créer. L’Etat fait de pression sur le minimum qui reste encore à la population. Ce qui nous fait courir le risque de faire disparaitre la matière imposable.

Il y a l’autre aspect de cette recommandation. Elle date de 02 Mai 2018. Pour tous ceux qui peuvent consulter le site du FMI, ils peuvent voir ce qu’il demande à la Guinée. La maitrise des dépenses non prioritaires, vous savez l’un des paramètres le plus important de l’économie guinéenne, des difficultés que nous avons, c’est la qualité des dépenses qui cause problème. Ce n’est pas le fait qu’on n’a pas beaucoup d’argent. C’est parce que le peu qu’on a, nous le dépensons très mal. Prenez le train de vie de l’Etat. Ça, c’est connu de tous, que ceux qui vous disent de resserrer la ceinture, il y a plus d’une crise de confiance d’ailleurs qu’une crise économique parce qu’il ne reflète pas ce souci de resserrer la ceinture. Parce qu’eux-mêmes, le FMI demande à la Guinée de s’ajuster. S’ajuster veut dire : dépenser dans la limite de vos possibilités.

Mais, si vous maintenez le même train de vue et que vous refusez carrément de le baisser. Vous augmentez les taxes, vous augmentez les impôts, ça veut dire que vous avez refusé pratiquement de créer de l’économie parce qu’il y a des dépenses qui ne sont pas prioritaires. Mais que vous continuez à entretenir, quand vous prenez le carburant, quand vous prenez le parc automobile. Quand vous prenez le train de vie, le budget d’un département. Et des subventions qui sont accordées à des entreprises qui sont très mal gérées.

J’ai vu des scandales autour des entreprises publiques ici. Donc ces subventions, on peut les supprimer par exemple. Il y a ce travail qui ne se fait pas, on ne s’ajuste pas par la réduction de nos dépenses. On s’ajuste par l’augmentation de recettes. Mais cette augmentation, elle est liée à un mécanisme fiscal qui détériore complètement la matière imposable. Il y a un autre aspect de ce rapport qui demande à ce qu’on élimine progressivement les subventions. Les subventions ne peuvent pas être un problème en soi dans une économie. Toutes les grandes économies subventionnent.

 Quand vous prenez les pays européens, il y a beaucoup de subventions qu’on fait pour les agriculteurs ou pour les éleveurs. L’objectif, c’est quoi ? Ce n’est pas simplement de réfléchir sur l’angle des consommateurs. On ne peut dire qu’on ne peut soulager que les consommateurs. Le producteur aussi a besoin d’être protégé parce qu’il faut qu’il existe pour que le consommateur puisse avoir sa raison d’exister.

Donc, le rôle de l’Etat, c’est de trouver un mécanisme d’équilibre, celui qui soulage à la fois le consommateur qui a accès aux produits par son revenu à un prix raisonnable. L’Etat applique une certaine taxation là-dessus.

Mais le producteur doit être encouragé pour ne pas que son niveau de production baisse parce que, si toutefois, il ne fait de rendement. Ce qui veut dire qu’il risque de disparaître et abandonner la filière. C’est pourquoi les subventions peuvent être recommandées par certaines mesures. Vous voyez par exemple l’Union Européenne dans le domaine agricole qui subventionne lourdement. Et, il y a une surproduction à la limite, il y a une marge quelque fois qu’on oriente vers d’autres secteurs, ou bien qu’on élimine carrément, qu’on détruit. Vous avez vu même à la télévision, la production qu’on détruit carrément. On se pose des questions pourquoi ?

C’est parce qu’on veut maintenir le niveau de la production pour encourager les producteurs. L’économie américaine est une économie qui subventionne beaucoup, ça fait du protectionnisme. Quand c’est nécessaire, il faut le faire. Mais, quand on vous dit de supprimer progressivement les subventions. Cela ne veut pas dire aller augmenter le prix du carburant à la pompe. C’est là, la malhonnête des gouvernants guinéens. C’est pourquoi, il est important, qu’il comprenne parce qu’il joue avec les mots.

En réalité, le FMI ne nous impose rien, nous sommes demandeurs. C’est un partenaire au développement. Le FMI ne vient à votre porte pour dire et exiger ce que vous devez faire. La doctrine du FMI structurellement tourne autour de la baisse de dépenses, de charges et l’augmentation des agents qui paient les impôts. Agent veut dire : vous, moi et les entreprises. Il faut que ces entreprises-là existent pour que ces entreprises puissent s’acquitter de leurs obligations. Ça, ça demande des investissements.

Est-ce que le prix à 10 000 GNF, ce n’est pas fantaisiste ? Quel lien existe-t-il entre le prix de baril au niveau international et le prix de litre à la pompe en Guinée ?

Vous savez, cette question ne peut pas être traitée sous l’angle politique. C’est une question éminemment économique et qui mérite d’être comprise par nos compatriotes puisqu’il est important qu’il puisse avoir les éléments d’appréciation sur ce que le gouvernement guinéen est en train de faire. Et ce qu’eux aussi, ils doivent faire. Encore une fois, ce lien direct n’existe pas. Je vais vous donner juste un exemple quand on voit en janvier 2016. Le prix du baril était au-dessous de la barre historique de 30 dollars. C’était quelque chose qui n’était pas arrivé depuis des longues années.

Et en ce moment, le gouvernement n’a pas pour autant baisser le prix du carburant à la pompe. C’est pour dire que, d’abord, dans un premier temps, nous, nous avons choisi de nous ajuster que par la hausse. C'est-à-dire si on suivait le rythme du baril à l’international, évidemment, Variation suppose, ça, dans les deux sens, à la hausse et à la baisse. Alors, s’il y a une baisse aussi importante que celle-là, pourquoi, nous nous ne sommes pas ajustés ?

Et dans l’intervalle, puisque nous payions à l’époque le carburant à un prix encore plus bas, plus tous les mécanismes qui permettent de déterminer le prix à la pompe, ce qui veut dire à priori, on a encaissé une bonne marge pendant une longue période. Cette marge devait permettre de soutenir la période qui va emmener à la situation de la hausse. Ça, c’est un premier aspect. 

Deuxièmement, si le lien était direct, si vous constatez les économistes qui suivent des cours de variations, de fixation des prix au niveau de marché international, la question n’obéît pas qu’à la loi d’offre et de la demande. Il y a d’autres facteurs qui viennent. Il y a la situation de niveau de stock, il y a les cotisations internationales, il y a la météo, il y a les facteurs politiques. Vous savez que tout le pays du monde ne produit pas de pétrole. Et les pays qui produisent en général sont des pays qui se sont organisés en cartel. Vous avez ‘’OPEP’’ et d’autres pays qui ne sont pas membre de ‘’l’OPEP’’.

Maintenant, chaque Etat a sa source d’approvisionnement. Certains pays ont eu la stratégie de nouer des relations bilatérales fortes avec des pays pétroliers. Ce qui veut dire que ces pays peuvent avoir le pétrole à la source à un prix raisonnable. Donc, chaque pays à une particularité. Ça c’est un. Le prix du baril n’intervient qu’à hauteur de 0,5 ceinte sur le prix de litre. Parce que le baril, c’est une transformation et après vous avez le pétrole, le gaz oil, le mazout et d’autres éléments résiduels de ce même produit-là.

Alors, le lien encore une fois, il n’est pas direct. Parce que, si on suivait la fluctuation, ce qui veut dire qu’au niveau du marché mondial, le prix du baril peut varier, le matin à un tel prix et le soir à un autre. Les variations peuvent se faire d’une minute à une autre. Ça dépend des facteurs que je viens de citer. Quand vous prenez les contingences politiques. Actuellement, les Etats-Unis sont en train d’encourager l’Arabie Saoudite à augmenter son niveau de production. Ça, c’est quelque chose de politique, ce qui veut dire que l’offre est suffisamment haute pour ne pas qu’il y ait une crise. Donc, à partir cet instant-là, on peut considérer que l’offre est supérieure à la demande. Ce qui veut dire que raisonnablement le prix doit baisser. Mais, il y a d’autres facteurs qui s’ajoutent à ce paramètre.

Maintenant pour les pays, chaque pays a sa spécificité en matière de politique fiscale. Pour le cas de la Guinée, nous avons la TVA, nous avons d’autres taxes spéciales telle que la TSPP (taxe spéciale sur le produit pétrolier). Et aussi dans cette marge, les gains qui sont obtenus par les opérateurs qui interviennent dans le processus de fixation des prix, chacun a un pourcentage. Nous sommes un pays importateur net du produit ; ça veut dire que nous n’en produisons pas ici pour dire que, c’est un complément.

Si vous voyez en termes de comparaison simple, des pays continentaux comme celui de Burkina Fasso ou le Mali, ou bien le Niger, ce sont des pays relatifs. Le prix du carburant à la pompe est plus supportable, disons en termes relatif. Ça coûte moins cher pour un Nigérien que pour un Guinéen. Et pourtant, ce sont des pays continentaux. En plus du coup international, et tous les facteurs que je viens de citer qui supporte le coup de transport du pays à partir duquel, ils font entrer l’achat.

C'est-à-dire, si c’est la Côte d’Ivoire pour le Burkina Fasso, si c’est la Guinée pour Mali, si c’est le Nigéria pour le Niger, il y a un coup de transport supplémentaire qui s’ajoute à ça. Mais malgré tous ces facteurs, ses citoyens supportent mieux par le fait de leur revenu, le coup de carburant que nous autres.

Parce qu’on n’entend pas de cris sociaux de ce genre dans ces pays, ça veut dire que relativement, ça va !

Je suis souvent écœuré de voir nos dirigeants dans des attitudes qui n’honorent pas. Dans ce cas-là, pourquoi vouloir comparer les prix en Guinée, les prix au Mali et les prix en Côte d’Ivoire ? Une comparaison absolue des prix n’est pas raisonnable. Ça ne se discute même pas, parce qu’on ne prend pas dans l’absolutisme des choses et dire qu’en Guinée, on est mieux que ceux qui sont en Côte d’Ivoire.  C’est là où j’ai dit qu’il n’y a pas d’honnêteté, c’est parce qu’ils devaient prolonger les raisonnements en parlant du SMIG en Côte d’Ivoire par exemple. Ou bien, les autres qualités qui sont lieu à la vie. Des autres mesures d’accompagnement que ces travailleurs ivoiriens, sénégalais et autres peuvent avoir que les Guinéens n’ont pas.

Ici, il y a des mesures d’accompagnement qui sont prévues aussi

Des mesures qui vont arriver quand et comment ? Ce qui est important à comprendre, d’abord pour la question directement, il n’y a pas de lien. J’ai essayé de le démontrer.

Pour être complet, le cours du baril en dollars actuellement est de 73. 83 US. La tendance, elle au ciel, ça équivaut à 63.42 €. Et un baril égal à 159 litres. Ce qui est grave chez nous, quand ça baisse, le prix reste toujours maintenu.

Ce qui veut dire, pendant cette période de baisse, il y a une marge qu’on encaisse et qui représente une revenue supplémentaire pour nos ressources publiques. Mais, est-ce que cette marge, elle nous bénéficie ? Dans certains pays, ce qu’on fait très souvent, une telle marge, on essaye de la prévoir comme étant un fonds de stabilité. C'est-à-dire, puisque la fluctuation, elle est régulière, elle dépend de plusieurs contingents, nous ne sommes pas un pays pétrolier, donc nous ne contrôlons pas le mécanisme de fixation des prix à l’international. Pour se protéger de certaines grandes variations, l’Etat peut éventuellement penser à une telle marge, mais il faut être prévoyant. Diriger : ‘’c’est prévoir’’. Pour dégager une telle marge, un fonds peut permettre d’être injecté dans le cas où la tendance devient haussière et qu’on est en face à une situation. L’objectif de diriger, c’est quoi ? C’est soulagé sa population. On ne peut pas demander à des gens de serrer une ceinture. On refuse que les gens aient accès à certaines informations. Et on essaye de falsifier les informations réelles.

D’ailleurs, je très content d’être avec vous ici parce tout ce qu’on vient de dire se vérifie à travers votre machine. Nous ne faisons ni de l’approximation ni de la spéculation, c’est du concret. Nous avons des chiffres et c’est ce que le gouvernement guinéen devait faire. Et c’est ce que les sociétés civiles devraient faire. Parce qu’on a tellement politisé les choses en Guinée, qu’on est en train de noyer tout dans les noms des familles, dans les considérations politiques. Quand, c’est tel qui porte tel nom de famille, quel qui soit la véracité de ces arguments, les autres n’écoutent pas.

In Le Démocrate

                                    

        

                                            

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