Passerelles solidaires :  Antidote contre les massacres intercommunautaires

Libre Opinion

L’Afrique est aujourd’hui une véritable poudrière. Des conflits sanglants, ouverts ou latents, aux causes multidimensionnelles, tenaillent ou menacent le continent. Le peuple frère du Mali est martyrisé, depuis quelque temps, par des massacres intercommunautaires, à l’instar de beaucoup de peuples africains, victimes des violences de même acabit. Il se trouve que, très souvent, ces massacres sont secrétés, planifiés, voire encouragés par des forces occultes aux desseins inavouables. Certains de ces massacres sont perpétrés, le plus souvent par des organisations hors la loi, adeptes de l’extrémisme violent.

Mais, malheureusement, il arrive que des forces de sécurité ou de l’armée régulière du pays soient, sérieusement, indexées, dans ces massacres, dans lesquels une communauté est ciblée de manière privilégiée.

C’est le cas, à propos des massacres intercommunautaires au Mali.

En effet, des soupçons très graves pèsent, malheureusement, sur quelques éléments des forces de sécurité ou de l’armée malienne, quant à leur participation partisane dans les massacres intercommunautaires, notamment dans le massacre des jeunes Fulɓe dont on a découvert, récemment, les corps ensevelis dans des fosses communes et dans l’attaque de certains villages dans le Macina, avec son cortège des malheurs.

Tout le monde sait la noble tâche dévolue à toutes les armées du monde ; et particulièrement à l’armée malienne en proie aux attaques haineuses de la part des forces du mal et de l’obscurantisme. D’où l’importance de leur mission d’être à la hauteur de l’exigence : sécuriser le pays dans un esprit républicain, c’est – à – dire, être au service de tous les fils du Mali, sans sectarisme et affronter dignement l’ennemi tout en sécurisant courageusement les populations, avec détermination et discernement !

 Nous, Foulbés du Sénégal, à l’instar de tout le peuple sénégalais, manifestons notre solidarité fraternelle au peuple frère du Mali, martyrisé par des massacres intercommunautaires, qui risquent de replonger, durablement, ce pays frère dans les ténèbres de l’ethnicisme et des conflits fratricides.

Nous fustigeons la cécité politique de certains dirigeants africains, qui sont aux antipodes de leurs homologues d’autres continents.

En effet, alors que leurs homologues européens, asiatiques et américains, les USA et le Canada, en particulier, ambitionnent d’explorer d’autres planètes que la terre, d’aller sur la planète Mars, afin d’en tirer des avantages, économiques et scientifiques, au profit exclusif de leurs peuples, les dirigeants africains, pour certains d’entre eux,  continuent de patauger dans les eaux nauséabondes de la dictature, de la corruption, de l’incurie, plongeant leurs peuples dans la grande précarité, la pauvreté et la misère ; conduisant ainsi leurs pays dans des désastres économiques et des fléaux des massacres intercommunautaires, de déplacements massifs des populations, de l’émigration et  de la dépendance politique, économique et militaire vis – à – vis de l’étranger.

Nous, patriotes africains et panafricanistes sincères, avons le devoir sacré de rejeter, avec vigueur, la prison ethniciste ou confessionnelle dans laquelle certains cercles souhaiteraient nous enfermer et de combattre, avec courage, les conflits à caractère ethnique ou confessionnel.

Nous constatons, avec regrets et amertume, le silence assourdissant des milieux intellectuels du continent face aux drames quotidiens que vivent nos populations, dans beaucoup de pays.

Pour avoir été pendant plusieurs années parmi les dirigeants des Fulɓe du Sénégal et du monde, notamment dans leurs combats contre l’ignorance et pour l’unité africaine, dans le respect de la diversité, je fais partie d’une génération qui abhorre les conflits en général, les conflits à caractère ethnique plus particulièrement. C’est pourquoi, en me collant à la réalité de l’histoire africaine et peul, je sais que les Fulɓe n’ont jamais eu, en Afrique, encore moins ailleurs, une ethnie - ennemie. Au contraire, sur les quelques 2500 ethnies africaines, il n’y a aucune ethnie, en voisinage avec les Peuls, qui n’ait pas contracté des relations matrimoniales avec eux : ils ont pris femmes chez tout le monde, et, en retour, ils ont donné leurs filles en mariage à tous.

Il est impossible d’être l’ennemi de sa belle-famille.

En cela, les Fulɓes constituent, à l’instar, certes, de beaucoup d’autres communautés, l’un des dénominateurs communs des peuples africains.

Nous sommes, dans ces conditions, fondés à être d’autant plus déterminés à lutter contre les massacres intercommunautaires, quelles qu’en soient les victimes !

Chaque victime est de trop.

Les patriotes et progressistes africains doivent se montrer et reprendre l’initiative pour créer des passerelles solidaires entre les communautés aux niveaux national, sous – régional et africain, afin d’exorciser le mal, et de jeter les nouvelles bases d’une nouvelle solidarité à la mesure de nouvelles menaces qui laminent notre quotidien : ces passerelles sont l’antidote contre ce poison mortel, qui s’appelle : conflits intercommunautaires.

Cela passe par une lutte résolue contre la précarité, la pauvreté et la misère, mais aussi, par un combat, sans concession, pour une véritable démocratie et une gestion équitable des ressources et le respect absolu des identités culturelles, linguistes et confessionnelles.

Dr Mamadou Alassane BA

B.P. 905 Thiès, Sénégal

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Tél. (00221) 77 546 69 30

Thiès, le 10 juillet 2018

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