Aliou Bah,  du BL : « il ne faut pas qu’on continue de fonctionner dans un pays au gré des désidérata d’un homme… » 

Inteview

 Le responsable à la Communication du Bloc Libéral (BL) a accordé volontiers cette semaine une interview à notre hebdomaire. Dans cet entretien, il dénonce les insuffisances du fichier électoral, se prononce sur les manifestations politiques et sur une éventuelle rencontre entre le président de la République, Alpha Condé, et le chef de file de l’opposition, Cellou Dalein. Interview

Le fichier électoral est l’une des sources de tensions en Guinée. L’opposition compte marcher ce jeudi en maintenant l’itinéraire initiale. Qu’est-ce que vous pensez de cela ?

Merci ! Il se trouve que nous sommes en train de tourner en rond. C’est ce que nous avons toujours fait depuis pratiquement l’arrivée d’Alpha Condé au Pouvoir. Il se trouve qu’à chaque fois que l’opposition décide de s’exprimer par le fait des manifestations, qui, il faut le rappeler, c’est un mode d’expression reconnu par nos textes de lois, il y a toujours des mesures de contournement ou bien des attitudes du genre à créer une psychose inutile. Sinon, je pense que les forces de l’ordre ont la responsabilité d’encadrer les manifestations.

Alors, quand on voit une interdiction ou changement d’itinéraire, je crois que l’intervention de Makanéra vous a montré en quoi est-ce que le gouverneur n’est pas compétent pour le faire. Alors quand on a des responsables qui agissent comme ça de façon à abuser de leur autorité, on n’est pas obligé de reconnaitre ou bien de nous en tenir à ça.

Si je vous comprends bien l’opposition doit manifester tel que prévu ?

Absolument !  Nous, ce qui nous préoccupe, c’est de savoir, est-ce que nous sommes en position légale. Le débat doit tourner autour de ça. L’opposition est victime de répression. Nous sommes victimes de l’arbitraire, nous sommes victimes de l’abus du pouvoir, le débat se trouve à ce niveau.

Avons-nous le droit de manifester tel que nous l’avons prévu ? Bien absolument oui ! Est-ce que nous avons le droit de répondre ou bien de nous conformer à des injonctions qui ne correspondent pas aux règles de droits ? Non ! Parce qu’il ne faut pas qu’on continue de fonctionner dans un pays au gré des désidérata d’un homme     parce que si un gouverneur est déjà dans une planification d’un agenda politique dont nous ne sommes pas au courant, nous n’avons aucune obligation de rester ou de se conformer aux désidérata d’un gouverneur. Si Maturin Bangoura n’est pas de bonne humeur, s’il veut faire plaisir à celui qui l’a nommé, ça, c’est son problème à lui.

Ce qui nous intéresse nous, c’est de savoir  avons-nous le droit de manifester selon l’itinéraire prévu? Est-ce que nous avons respecté la procédure qu’il faut ? Les courriers ont été adressés à date ? Je crois que jusque-là personne ne vous a démontré le contraire, à partir de cet instant-là, nous manifestons comme nous l’avons prévu. Il appartient aux forces de l’ordre de protéger et d’encadrer la manifestation.

Au-delà de tout ça, il y a des observateurs comme des journalistes politiques qui se sont prononcés en faveur de la nécessité d’une nouvelle stratégie, chez vous l’opposition républicaine. Est-ce que vous comprenez cela aujourd’hui ? Beaucoup se plaignent de ces manifestations en répétions.

La deuxième partie du message s’adresse à ceux qui dirigent, à ceux qui gouvernent. Il leur appartient de faire de résultats, il leur appartient de faire en sorte que les lois de la République soient respectées. En ce qui concerne le changement de stratégies, je l’entends très souvent, il faut comprendre qu’avant qu’on organise les manifestations, l’opposition a toujours privilégié qu’on discute et qu’on examine ensemble nos problèmes. L’espace de dialogue le plus indiqué est l’assemblée Nationale dans un pays normal en plus des autres institutions. Est-ce que l’assemblée nationale est cet espace de débat aujourd’hui ? Par le fait de la majorité simple du RPG arc en ciel, est-ce qu’un débat sérieux s’est tenu à l’assemblée autour des problèmes majeurs ?

La faute à qui ?

Il faut comprendre que notre assemblée nationale, la plupart des grandes décisions se prennent par le fait de la majorité simple. Qui est majoritaire ? C’est le RPG arc en ciel. Vous avez suivi le président du groupe parlementaire du RPG arc en ciel. Est-ce que Damaro Camara à une personnalité, un profil et un souci de faire en sorte qu’il se comporte comme étant celui qui a la tête à l’assemblée nationale du parti qui dirige la Guinée. Vous avez vu que toutes les tentatives pour le peu qu’il y en eu à l’assemblé nationale pour une volonté de débats autour des grandes problématiques, le RPG arc en ciel n’a jamais voulu qu’une discussion sérieuse se passe par rapport à toutes les crises.

Vous avez vu à chaque fois que ce soit une crise politique ou sociale, quel rôle l’assemblée nationale a joué ? L’opposition est minoritaire à l’assemblée nationale, on ne peut pas lui porter la responsabilité de l’échec du fonctionnement de l’institution. Ceux qui gouvernent doivent se rendre compte qu’ils ont un bilan à présenter. Malheureusement, le RPG est plus va-t’en guerre que ceux qui ne sont pas aux pouvoirs. C’est comme s’ils ne rendent pas compte. (….).

Tout à l’heure vous parliez du fichier électoral qui est encadré par une loi organique dont l’adoption à l’assemblée nationale nécessite le vote de l’opposition. Est-ce que finalement vous ne dédouanez pas un peu trop facilement les partis politiques siégeant à l’assemblée ?

La classe politique en général, pourquoi ? Parce que les questions de loi se discutent à l’Assemblée nationale et vous avez bien précisé le fichier électoral qui est établi par le fait d’une loi c'est-à-dire il y a tout un arsenal juridique. Pour la problématique du fichier électoral, je suis allé sur un ensemble d’interrogation. Comment se fait-il que dans notre pays qu’on nous parle de fichier biométrique et qu’on y retrouve des doublons et des triplons ? Etant donné que par principe, la biométrie, c’est pour permettre évidemment que vous ne figuriez pour qu’une fois vous ne pouvez pas avoir Aboubacar Diallo avec deux identités dans un fichier dit biométrique. Nous avons toujours consommé ce mensonge-là. Les médias ont relayé comme si le gouvernement faisait croire en réalité qu’il y a un problème mais il n’en est pas un.

Si le fichier de doublons ne se pose pas alors le mensonge est à quel niveau dans un premier temps. Soit, il est Alfa Numérique et qu’on ne nous dit pas ou bien il est biométrique, le débat à ce niveau est clos. Deuxième aspect, on nous parle des mineurs dans le fichier électoral. Effectivement, il y a des mineurs. Comment ces mineurs s’y sont retrouvés. Quand vous prenez le kit d’enrôlement évidemment le critère d’âge fait partie du système de paramétrage de kit. Ça veut dire que celui qui a moins de 18 ans normalement il ne doit y avoir de validation. Comment peut-on y retrouver des mineurs ? Ça veut dire que sur la base de faux renseignements, ce sont les cartes d’identité qui posent problème.

Comment se fait-il qu’on accepte la biométrie pour les passeports. Et qu’on refuse la biométrie pour les cartes d’identité? C’est fait à dessein, c’est parce que chacun peut avoir de carte d’identité selon de faux renseignements. C’est pourquoi même les passeports guinéens ne sont pas sécurisés comme certains le croient, parce que ces passeports sont établis sur la base des faux renseignements. Et nous savons que chez nous, dans notre pays traditionnellement, l’administration est partisane. Vous savez que le parti au pouvoir à la possibilité d’influencer au niveau locale pour que des personnes qui n’ont pas l’âge de voter puissent avoir des cartes d’identité à partir desquelles ils peuvent être enrôlés. Ça veut dire qu’à ce niveau, on peut retrouver des mineurs à travers leurs visages sur les photos mais dans le fichier lui-même, ils ont plus de 18 ans parce que le système de paramétrage ne permet pas qu’on ait moins de 18 ans et qu’on soit validé.

Mais à partir de là qu’est-ce qu’il faut faire ? L’une des pistes de solutions, c’est la bio métrisation du recensement général de la population. On peut extraire notre fichier électoral à partir du fichier biométrique global. Et on vous dit que dans notre pays, nous sommes l’une des populations les plus jeunes du continent mais vous savez que plus de la moitié de la population guinéenne aujourd’hui se retrouve dans ce fichier électoral comme quoi ? Nous sommes des électeurs. Et sur la base de la statistique démographique, on ne peut pas comprendre que plus 50% de la population ait 18 ans parce qu’il y a une certaine contradiction entre les données démographiques de la Guinée et le contenu du fichier électoral. Il y a un ensemble de mensonges qui est contenu dedans, pourquoi ne nous posons pas ce débat ? Moi, je ne suis pas parlementaire pour le moment.

Vous qui êtes de l’opposition, pourquoi vous n’avez pas pris le temps de poser ce débat et même peut être de refuser d’aller à ces élections sur la base de ce fichier ? Pour certains observateurs vous êtes aussi complices de la violation de la loi et de ce qui est arrivé comme fraude électorale ?

Je vais vous dire, la démocratie, c’est le système de la majorité qui s’impose à tous. Dans les institutions de la République ou ce sont des élus qui y vont, l’opposition est minoritaire, c’est évident. Ce jeu-là, vous pouvez avoir de majorité négative, c'est-à-dire une majorité qui pense mal, qui pense nuire par le fait de la majorité il impose son dictat, c’est à accepter. C’est le principe de la démocratie qui est de cette façon. Il faut revoir le mode par lequel on élit les gens aujourd’hui, parce que c’est le travail à priori. Le dernier accord politique qui nous a permis d’aller à ces élections, le débat s’est soulevé à l’époque. Le président du BL faisait partie de la délégation de l’opposition au sein de cet accord-là. En amont, on travaillait souvent pour préparer le président, sur des questions comme ça.

Alors, il pose le débat, il demande le président de la CENI d’alors de nous faire un exposé de la situation de ce fichier électoral, malheureusement, cette demande a été bloquée en complicité avec le ministre de l’Administration du territoire par le fait du ministre, l’actuel ministre (le Gl Bouréma Condé, ndlr). Et aussi de la majorité parlementaire. Quand on a ces situations de ce genre où les gens ne peuvent pas prendre de la hauteur, tout est calculé sur la base de la politique politicienne. C’est ce qui est dommage dans notre pays parce qu’il y a des questions qui sont techniques. Imaginez-vous des pistes de solutions. Comment se fait-il qu’un pays, comme la Guinée Bissau, comme la Sierra Léone, nous avons plus que des moyens que ces pays-là mais ils ont dépassé ces types de problèmes, parce qu’ils ont biométrisé la carte d’identité jusqu’au passeport, jusqu’au fichier électoral. On ne peut pas faire de la falsification.

Puisque nous sommes à une crise poste électorale, quelles peuvent être les pistes de solutions envisagées par l’opposition ?

Alors ça demandera une réflexion qui va porter sur deux paramètres importants. Face à la crise qu’est-ce qu’il faut faire ? Des reformes conjoncturelles, et qu’est-ce qu’il faut faire dans le futur ? Ça appartiendra aux jeunes qui vont s’engager en politique qui seront les décideurs de demain. Il se trouve que nous faisons face à une situation ou l’opposition a demandé à ce que les PV soient comparés. Pourquoi ? Parce que si on fait 5 copies par bureau de vote, évidemment c’est à l’hypothèse qu’on vous dise qu’un PV est perdu. Et qu’il y’ait la possibilité de comparer.

L’opposition n’a pas demandé à la CENI de changer le résultat parce qu’elle sait pertinemment que la base de la légalité n’appartient pas à la CENI de le faire. Mais l’objectif de droit c’est quoi ? C’est d’aboutir à la paix. Si on dit que le contentieux électoral est vidé, il est clos étant donné que vous savez pertinemment que les partis en compétition continuent d’être en antagonisme, il y a une tension qui est là. Je crois qu’il n’y a pas une utilité que le droit s’impose de cette façon. Alors, à ce stade-là, la CENI, tout le monde sait quelle est sa situation, quel est son état. A ce stade, je pense que c’est possible, puisque l’opposition dispose de preuves d’ouvrir le débat, de faire les comparaisons. Il s’agit de certaines circonscriptions de la République, pas toutes. Au-delà de ça, ce n’est pas impossible même aux Etas Unis, on a procédé à un recomptage quand c’était nécessaire. La constitution ne le disait pas. Mais il se trouve que pour des raisons d’intérêt supérieur c'est-à-dire qui vous dépasse vous et moi on peut y aller. Ce n’est pas de la mer à boire.

Deuxièmement, il se trouve que l’installation des chefs des élus nominaux, vous savez l’enjeu majeur de cette élection, c’est le fait que ce sont des élections de proximité. Les gens savent pour qui, ils ont voté. Alors, c’est difficile pour eux d’admettre quelqu’un auprès de qui, ils viendront demain poser leurs problèmes qui en réalité ne sont pas les personnes pour lesquelles ils avaient voté. C’est pourquoi, certainement l’erreur d’appréciation qui a été faite,  c’est qu’une élection locale a été transformée en une élection de danger national. C’est ce qui a fait que la tension aujourd’hui est au sommet sinon il y a des problèmes qui pouvaient se régler à la base. C’est pourquoi d’ailleurs le Bloc Libéral s’était démarqué de cette question du point deux (2) des accords qui visait à modifier le mode d’élection.

Nous vivons ces conséquences-là. Mais nous ne sommes pas là pour réclamer une prophétie ou une victoire. On a dépassé cela. C’est un code électoral, c’est une loi de la République. On se conforme à ça. Ce débat, il est derrière nous. Qu’est-ce qu’il faut faire toute suite ? Je pense que les institutions de la République doivent faire en sorte que cette comparaison puisse se faire. Ça règle les problèmes. Après quand on verra, chacun appréciera. L’opposition n’est pas dans une logique de faire un forcing. Et c’est important que pour des gens qui ont voté pour vous que vous vous battiez pour les bulletins qu’ils ont mis à votre actif, que ces bulletins soient comptabilisés

La solution qui se profile à l’horizon c’est une éventuelle rencontre entre Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, parce que le chef de fil de l’opposition ne ferme pas la porte.  Qu’est-ce vous pensez de cette éventualité ?

Moi, je pense que c’est une approche trop simpliste. Je ne vois pas l’utilité sincèrement. Je ne vois pas l’utilité pour Cellou Dalein Diallo pour rencontrer Alpha Condé. Parce que tout simplement, de par le passé, ça s’est passé, ça n’a produit absolument rien. Je crois qu’Alpha Condé s’est forgé la réputation d’être un homme politique boulanger. Ça me rappelle, je l’ai dit dans une de mes tribunes ce que Gbagbo disait, il se faisait passer pour un boulanger, il y a d’autres qui lui ont fait comprendre que « le boulanger finit toujours par être étouffé par sa farine’ ». Et je pense qu’il en est arrivé-là, il s’est retrouvé bloqué par la crise sociale, la crise politique. On a vu, il s’est mis lui-même dans des difficultés. C’est comme s’il n’était pas conscient que c’est lui qui gérait la Guinée.

Il se met à la dimension des hommes politiques classiques que nous sommes. Le président, c’est quelqu’un qui prend la hauteur. Alors à ce stade-là, le pouvoir est tellement centralisé, tout se règle chez lui. Une rencontre entre lui et Cellou Dalein, je n’en vois pas l’utilité. Et si on demandait mon avis, je vais déconseiller à Cellou Dalein de rencontrer Alpha Condé, parce que le problème se règle ailleurs. Si Alpha Condé a la volonté que les choses bougent, les lignent bougent, nous ne demandons que le bon fonctionnement des institutions. Nous ne demandons qu’à être rétablis dans nos droits, nous ne demandons que la loi soit respectée. Est-ce que pour ça, on a besoin de protocole, est-ce qu’on a besoin d’une rencontre spectacle. Je dirais non ! Nous savons comment est-ce qu’il faut gérer un pays. Il faut le gérer comme il se doit. Moi, je pense que personne ne se plaindra.

Une synthèse d’Alpha Amadou Diallo           

                                     

       

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