« Nous n’arrêterons pas les manifestations tant que la vérité des urnes ne s’imposera pas », menace Cellou Dalein

Inteview

Le président de l’UFDG, Elhadj Cellou Dalein Diallo a réitéré ce mardi l’engagement de l’opposition à poursuivre les manifestions tant que leurs revendications ‘’légitimes et pertinentes’’ ne sont pas satisfaites. Dans un entretien accordé à Espace.fm, le chef de file de l’opposition, n’a pas manqué que de rappeler qu’il a assisté à 80 enterrements de ses militants au cimetière martyr de Bambéto. Une façon pour lui de souligner la brutalité et l’impunité entretenu par le pouvoir contre ses militants.

Vous continuez à exiger à la CENI la publication des vrais résultats malgré une journée ville morte qui a été largement suivie et qui  a quand même été sanctionné par la mort d’un jeune à Dar-es-salam. Vous maintenez votre détermination à aller jusqu’au bout dans vos protestations ?

Cellou Dalein : oui ! bien entendu, parce ce que comme, on vous l’a dit, à plusieurs reprises, l’UFDG dispose de toutes les copies de PV des bureaux de vote notamment à Conakry. Comme je l’ai dit, on s’était organisé pour les avoir. Et on avait pu faire notre centralisation parce qu’on avait créé des centres par commune. Nous n’inventons absolument rien. Ces résultats ont été transformés au niveau des CACV (commission administratives de centralisation des votes) pour nous faire des suffrages, des sièges et des quartiers. C’était volontairement fait par le pouvoir, commandité et exécuté par les CACV aussi bien au niveau de Dixinn, Matam, Matoto, mais aussi au niveau de Dubréka, Manéah et Kindia en particulier parce que dans ces communes-là, on s’était organisé pour faire en sorte que nous disposions de tous les résultats issus des bureaux de vote.

Nous avons pu mettre en évidence auprès des diplomates accrédités en Guinée, auprès de Mgr Vincent Koulibaly, auprès de la Société civile, auprès de la presse, ces fraudes organisées sous la dictée du pouvoir. Ceux qui ont donné le résultat  qui ont été affichés qui étaient différents de ceux qui sont sortis des urnes. Donc nous avons été contacter aussi bien que par M. le médiateur de la République que par M. Tibou Kamara, pour savoir qu’est-ce qu’on veut ?

On a dit qu’on veut qu’ils soient pris en compte les résultats issus des bureaux de vote. Et que nous avons ces résultats dans des documents dûment signés par les personnes habilitées en l’occurrence, les présidents des bureaux de votes et les assesseurs. On ne peut pas comprendre que ces résultats ne soient pas ceux qui soient publiés au niveau de CACV. Donc on a dit qu’on peut aller présenter ces documents s’ils sont tels qu’on les présente, on va procéder à des corrections. Ce n’est pas une solution peut être juridiquement compréhensive. Il ne s’agit pas de dire que les magistrats ont fini, la CENI a publié sur du faux et qu’on puisse s’assoir et rester tranquilles lorsqu’on sait, tout le monde sait que c’est du faux.

Il y a quel espoir de ce retour au vote que vous qualifiez de premier lorsqu’on sait que les résultats définitifs sont proclamés ?

Les résultats définitifs ne sont pas proclamés lorsqu’on sait que les résultats sont faux, lorsqu’on peut le démontrer, on nous dit d’aller les démontrer. Tous qu’on a fait au niveau des institutions.  Il y a la faillite des institutions. La justice n’a pas été à la hauteur. On ne peut plus rester comme ça. Si non, ce n’est pas bon, on ne peut pas continuer à travailler pour participer à des élections. Lorsque vous êtes convaincus à l’avance que le pouvoir prendra vos suffrages, vos sièges et vos quartiers en violation flagrante de la disposition de la loi.

Lorsque ceux qui interprètent la loi sont partisans, sont corrompus ou intimidés au point de refuser systématiquement d’appliquer le code électoral et même les règlements édictés par la CENI à cet égard. Vous étiez là, la CENI a limité par exemple, le nombre de vote par procuration à cinq (5) par bureau de vote. La circulaire a été diffusée, à Mafara dans Dalaba, un bureau de vote a été annulé par la CACV parce qu’il y avait 73 votes par procuration. Le juge a dit de les intégrer. Mais ,c’était de manière consensuelle qu’on a décidé que le nombre de votes procuration devait se limiter à cinq (5).

 Pour donner les meilleurs suffrages et les meilleures positions au parti présidentiel, on décide d’éliminer des PV dans lesquels les partis politiques de l’opposition ont gagné juste pour appliquer ça. Bien, vous comprendrez qu’à Maneah, le ministre Kiridi Bangoura arrive à la CACV, il s’arrête cinq (5) minutes dehors et puis il continue à Coyah. Dès qu’il parte, le président de CACV décide de suspendre les travaux et décide d’aller le rejoindre. Dès qu’il est revenu, on a complètement changé la méthode, on a commencé à modifier les PV. A Matoto, le doyen des juges, Diawara a résisté jusqu’à la dernière minute parce qu’il y avait le directeur national de la décentralisation qui était son vice-président qui a voulu changer les résultats, il a refusé mais à la dernière minute, il a cédé et tout de suite on a déclaré 80 bureaux de votes perdus, des bureaux de votes dans lesquels l’UFDG était largement devant comme à Nasroulaye pour faire perdre à l’UFDG 3900 voix dans ces trucs-là. Et ça on annule complètement, pour faire perdre à l’UFDG le contrôle de certains quartiers, tout ça, les documents existent. On n’a pas les preuves dans toutes les autres communes puisqu’il y a eu fraude partout. Mais en ce qui concerne Conakry et ses environs, on avait pris des dispositions pour affecter à ces bureaux de votes des cadres compétents bien formés et qui ont pu obtenir les fiches de résultats ou les copies des PV.

On dit souvent que la décision de la justice est rendue au nom du peuple de Guinée. Ces magistrats ont fait leur travail, cette décision vient de ces magistrats, de la loi. La CENI a-t-elle la possibilité de mettre de côté ces résultats ou de prendre en compte des PV qui ont été écartés par ces magistrats. Est-ce que juridiquement c’est possible ?

Non ! Ce n’est pas juridiquement ça. Lorsque les gens ont rendu une décision injuste, sur du faux et on peut prouver que c’est sur du faux, le président de la République demande à la CENI de revoir, je pense qu’elle peut revoir pour s’assurer de la pertinence de nos revendications et la cohérence entre les résultats issus des bureaux de vote et ceux publiés par les CACV.

On ne peut pas dire que tous que le juge a dit ce n’est plus possible. Lorsqu’on peut prouver le contraire, en ce moment déférer, traduire le juge devant le conseil supérieur de la magistrature parce qu’il aura failli à son devoir.

Il ne faut pas qu’on reste dans cette logique, on sait que la justice est inféodée. Les juges ont été intimidés et parfois corrompus parce qu’il y a la gestion de leur carrière. Souvenez-vous du juge KABA, qui était à Matoto en 2013 lors des élections législatives. Ils ont tout fait pour qu’il donne ce député uninominal de Matoto au RPG, il a refusé, mais dès qu’il a terminé, il a été limogé, il est resté ici au chômage pendant longtemps avant d’être affecté comme juge de paix à Tougué.

 Je vais vous engager dans un autre débat 2010- 2013 et 2015, ce sont les mêmes discours, vous êtes d’un parti qui dit chaque fois que vous avez été volé. Est-ce qu’on peut dire dans la configuration actuelle, le vol électoral est inéluctable, inévitable pour vous ?

Je ne sais pas, il faut qu’on mette fin au vol électoral. Il faut que la Guinée avance.

Comment justement en sortir parce qu’il y a une loi qui existe mais on a comme impression que les accords, les dialogues se substituent désormais à ces lois-là ? 

Il faut donner l’impression que vous êtes en train de cautionner la fraude. Il faut que tout soit mobilisé pour la combattre, parce que c’est très dangereux de voler les suffrages de nos populations. Regardez dans ce cas des élections locales, il y a des gens qui ont vendu leurs bœufs, leurs terrains pour payer les cautions. Il y a des gens qui étaient intéressés à être chefs de quartier squi ont été coptés, qui ont fait la campagne, qui ont dépensé leur argent, leurs énergies, leurs temps pour faire partie d’une liste à fin de d’être choisi comme chef de quartier.

Ces gens-là ont assisté au dépouillement. Le dépouillement s’est fait suivant les règles de l’art. Ils ont une fiche de résultat, ils savent leur liste, on vient à la CACV on transforme ça pour faire plaisir au parti au pouvoir. Il faut que tous nous condamnions ça, il faut que la vérité des urnes s’impose à tout le monde, il ne faut que ceux qui sont chargés de la centralisation ne fasse pas du n’importe quoi.

Lorsque vous êtes convaincus qu’il y a eu fraude, il faut la combattre, en tout cas cette fois-ci nous sommes déterminés, nous n’arrêterons pas tant que les vérités des urnes ne s’imposeront pas. On nous a dit, on va regarder vos griefs, on va examiner, vous présenter les preuves que vous avez.  S’ils sont fondés, on va rectifier. Je ne sais pas quel est le moyen.

La question que les gens se posent, c’est sur quelle base Elhadj Cellou Dalein Diallo ?

Je ne sais pas c’est sur quelle base juridique. Comment on a été volé, on peut le prouver. On dit aller prouver, on va le prouver que les résultats sont transformés, des PV ont été écartés, d’autres ont été falsifiés au profit du parti présidentiel. On peut le démontrer. Maintenant, si cette vérité est rétablie, qu’est-ce qu’on fait ? Je pense qu’il faut travailler pour le triomphe la vérité. Maintenant quelle est la procédure juridique ? Je ne sais pas. Je sais par cpntre qu’il y a eu vol ; il y a eu faillite des institutions, de l’institution judiciaire en particulier. Et que les choses sont passés, vous connaissez la réalité. Les choses sur la pression, sur l’intimidation par la corruption, on a vu des magistrats sortir de la loi et faire ce qui plait au pouvoir, si cela arrive il faut qu’on le dénonce et qu’on le rectifie et qu’on les traduise même devant les tribunaux.

Est-ce que le couloir que la CENI ouvre pour vous, va vous permettre de mettre complètement la balle à terre ?

On va être reçus jeudi D’ici là l’opposition va se retrouver et prendre une décision mais on n’arrêtera pas les manifestations tant que justement justice ne sera pas faite C'est-à-dire les PV qui ont été établis à l’issue, on ne peut pas les jeter comme ça, on les déclarait perdus ou inaptes ou irréguliers simplement parce qu’on veut rendre service au parti au pouvoir. Les gens du RPG vous ont dit qu’ils ont satisfaites de l’élection. Aujourd’hui, on dit bon vous on va vous recevoir, il faut qu’on reçoive aussi le RPG pour une question d’équité, tant mieux ! Nous on a des pièces sur un certain nombre de circonscriptions pas toutes les circonscriptions où il y a eu vol et fraude Mais les choses qui prouvent que ce qui a été proclamé au niveau de CACV est loin de la réalité qui est celle sortie des urnes.

Il faut travailler la Guinée Nous avons tous le souci du développement de la Guinée. Est-ce que sans la justice, sans le respect des droits humains, est-ce qu’on peut continuer à travailler ? Tous les jours, on tue un militant de l’UFDG. J’ai assisté à 90 enterrements depuis qu’Alpha Condé est au pouvoir, jamais aucun d’entre eux n’a été (….) à une enquête, à une sanction administrative vis-à-vis d’un policier. Est-ce qu’on peut continuer à travailler comme ça sur le développement? Je vous dis 80 enterrements auxquels j’ai personnellement assisté. Je n’ai plus rien à dire aux gens. Jamais M. Alpha Condé n’a voulu ouvrir une enquête, jamais le gouvernement n’a compati comme si ces gens-là ne sont pas des citoyens. On ne peut pas continuer à dire travaillons en exhortant les gens à la paix. En rappelant les avantages de la paix.

Lorsqu’on brime les citoyens, lorsqu’on leur ôte le droit à la vie, lorsqu’on vole leur suffrage. Cette fois-ci, on n’acceptera pas tant que nos revendications légitimes et pertinentes ne sont pas satisfaites.

Lejourguinee.com

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