Abdourahmane Sanoh de la PCUD:« la crédibilité et la légitimité ne sont pas deux choses qu'on peut obtenir par la force...»

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Le président de la Plateforme des Citoyens Unis pour le Développement (PCUD) a, dans une interview accordée à nos confrères de la radio City fm, répondu à une série de questions sur l'actualité socio-économique de notre pays. M. Abdourahmane Sanoh a aussi fait des remarques sur les élections locales du 04 février 2018. 

La grève des enseignants... 

 Abdourahmane Sanoh : j'espère que les uns et les autre, seront vigilants et offriront la possibilité à un dialogue, entre le SLECG, qui a lancé le mot d'ordre de grève et aux autorités. Dans ce genre de situation, à mon avis, il est contre-productif d'envisager autre chose que le dialogue. C'est à risque encore d'être une fois une situation difficile à partir de la semaine prochaine. 

C'est comme ça qu'on fabrique des martyrs. C'est à dire que la grève, peut-être, n'aurait pas eu l'ampleur qu'elle a connue dans la durée en novembre. S'il n'y avait pas eu une personnalisation du débat. Cette analyse erronée de la situation. C'est vrai aussi que le gouvernement a été soumis à d'autres types de pressions allant dans le sens de le dissuader à porter de l'écoute aux revendications. Alors que dans le fond, ce sont des revendications illégitimes. Et le mouvement avait de la légitimité, parce qu'il était suivi.

Donc, on a manqué d'une bonne analyse. Il y avait aussi d'autres interférences peut être qui auraient, s'ils n'avaient pas eu lieu, permis aux autorités compétentes du gouvernement, de pouvoir prendre conscience des enjeux, et avoir un discernement qui leur aurait permis de rectifier le tir.

On continue à accroître le martyr, du leader syndicaliste qui est Aboubakar Soumah. Et on ne réalise pas que, plus, on s'attaquerait à lui, plus, on le rendrait fort dans la conscience collective, dans l'opinion. Parce que sur le terrain politique, c'est ce que fait le martyr. C'est à dire, lorsque vous êtes en position de force, et que vous abusez de cette force-là, vous rendez populaire et forte la personne qui est victime de votre violence. C'est ce qui en train de se faire et c'est ce qui risque de faire de cette seconde grève.

Un événement qui risque encore une fois de pouvoir perturber parce que la communication est extrêmement mauvaise. Et la stratégie est très mauvaise. Malheureusement, on a une gouvernance qui se fait par mépris. Parce que toute voix dissonnante est considérée plutôt comme un ennemi pour les autorités. Du coup, ça fait en sorte qu'elle perde la possibilité d'une bonne analyse et la capacité de trouver des solutions idéales aux problèmes qui sont posés.

Une grève de travailleurs est l'expression d'une attente d'une frange des employés. À mon avis, il ne fait jamais prendre les choses de façon opposée, de façon conflictuelle. Il faut essayer de voir, quelles sont les convergences. Ce qui est en jeu, c'est l'éducation de nos enfants. C'est la qualification continue de notre société. Ce qui est en jeu, c'est la vie de la nation. Vous ne trouverez aucune société aujourd'hui, et ça depuis l'aube du temps. La vie commence par l'enseignement. On apprend un enfant à marcher, on l'apprend à manger. On l'apprend à parler. On l'apprend déjà à cultiver, à aller faire la cueillette ou aller apprendre un métier. Ou à faire une formation culturelle comme l'éducation religieuse. Comme maintenant que la vie s'est beaucoup modernisée, avec beaucoup de filières, compte tenu vraiment du développement de société, on lui envoie dans un sens ou dans un autre à l'effet de rechercher une bonne carrière, une bonne vie pour l'enfant. Tout ça commence chez l'enseignant. Cet enseignant peut être comme on l'imagine dans ce cas précis.

On doit savoir qu’il n’y a pas de Chef d'État, il n’y a pas de général d'armée, il n’ya pas de ministres, il n’y a pas de magistrat. Il n’y a absolument rien si on n’est pas passé par l'école. C'est cette première compréhension qu'il faut avoir de l'enjeu de cette crise. La deuxième chose porte sur le défi d'inégalités. Nous avons aujourd'hui dans nos ministères, des assistants qui ne sont même pas prévus dans le cadre organique, sont mieux payés que peut-être même le secrétaire général du département. Qui sont plus payés que même les directeurs nationaux. Parce que tout simplement, ils sont à proximité du ministre. Cela amène des situations extrêmement difficiles. 

Lorsque maintenant, un corps de métier comme l'enseignement pose le problème en terme de revendications d'amélioration des conditions de vie de la plateforme revendicative, un aspect qui a déjà fait l'objet d'un accord en octobre, mais dont les modalités de règlement ont été récusées par les enseignants, il s'agit des indices. Mais le fait de l'avoir diminué à un moment donné, ça c'est illégal. Il faut qu'on ait le courage de le dire. 

On est dans une situation extrêmement tendue. On cherche à pousser Soumah à faire des erreurs, pour qu'on essaye de trouver cette erreur-là. Et, on peut prendre cette erreur pour prétexte, éventuellement le discréditer. 

On n’a pas besoin de tout ça. Il suffit tout simplement de dire, mais attendez, venez. Quel est votre problème ? Voilà ce que nous pouvons, voilà ce que nous ne pouvons pas. Et pourquoi nous pouvons cela et pourquoi nous ne pouvons pas cela. Et puis créer des relations de confiance pour que ce qui se dit soit accepté, compris. Donc nous, nous estimons encore une fois que, il faut revoir complètement la gouvernance. Ceux qui disent aujourd'hui que ça ne va pas, ceux qui disent qu’il y a détournement, ceux qui disent qu’il y a vol dans des sciages de l'État, ce ne sont pas des gens qui sont contre l'État. Ils sont en train de porter à l'écoute à la compréhension des choses qui se disent un peu partout. 

Le procès pour le 28 septembre 2009

Nous sommes dans le problème de crise de confiance entre L'État et les citoyens. De l'autre côté, à mon avis, il faut prendre tout ce dont les noms sont mêlés dans cette affaire, comme des présumés. Laissons la justice faire son travail. Il y a quelque part une volonté de déficit politique pour faire aboutir ce dossier-là. Et, c'est là où on va rentrer un peu dans la qualification des faits. Ils n'ont qu'à aller organiser le procès.

Le bilan d’Alpha Condé à la présidence de l'UA... 

L'Union Africaine est vraiment très éloignée de la société guinéenne. Qu'est-ce que le président apporte à la Guinée, c'est ce qui nous intéresse. Moi ce qui m'intéresse, je sais, ce n'est pas le fait que la Guinée soit à la pointe de la diplomatie. Ce qui m'intéresse c'est la Guinée. La CEDEAO, l'UA, même si je comprends très bien les enjeux de l'intégration, les enjeux de la mondialisation, mais encore une fois, la finalité pour un État, c'est d'améliorer les conditions de vie des populations. Et c'est à cela moi je devrais situer l'analyse de tous les enjeux ou de tous les intérêts des activités qui sont menés par les autorités du pays. 

Nous savons très bien que la Guinée a dominé pendant les 26 premières années de notre indépendance. La Guinée a dominé la diplomatie africaine sans pour autant en assurer la présidence. Donc, moi à mon avis encore une fois, en tant que citoyen, je respecte ceux qui ont le temps de porter leur jugement sur ces choses. Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est le contexte dans lequel nous sommes en train d'évoluer dans ce pays, les réalités du pays et ce que les autorités ont pour défi à cela. 

Regardez la crise dans laquelle, on est. Un pays comme la Guinée, pratiquement dans lequel la gestion de toutes les crises africaines passe.

Pendant que la gouvernance de l'homme de la première partie de notre indépendance, n'avait aucune responsabilité de ce type-là, à part le fait que le ministre Telly était le secrétaire général de l'OUA, on ne peut pas enlever aujourd'hui au président de la commission la responsabilité du travail qui se fait par l'équipe de la commission. 

Si notre diplomatie pouvait veiller aussi à ce que le Guinéen soit respecté à l'étranger. Elle en aurait le sens qu'il fallait. À mon avis, notre priorité c'est la condition de vie quotidienne. 

Les lacunes de la société civile guinéenne... 

La crédibilité et la légitimité ne sont pas deux choses qu'on peut obtenir par la force de sa personnalité. Elles résultent de la confiance des autres. Ce n'est pas quelque chose qu'on peut aller acheter. Ce n'est pas aller s'assoir derrière un micro pour dire je suis tel, je suis tel pour que les gens te suivent. Il faut toujours se soucier de la perception que les gens font de vous. Donc, dans cet exercice-là, nous avons œuvré, nous avons travaillé. Souvent pas facile parce qu’il y avait d'autres acteurs de la société civile qui pouvaient partir nous rapporter jusqu'à la présidence. Et jusqu'à présent ça se fait. On monte des ministres contre nous. On monte des membres du gouvernement contre nous. On essaye de nous mettre les bâtons dans les roues dans tous les sens. Mais, il fallait maîtriser le cap. Donc, si on dit aujourd'hui que vous êtes lents, que vous êtes mous, toute initiative allant dans le sens de la qualification va être considérée comme étant une menace. 

Un jour, il ya un ministre qui m'a appelé dans son bureau. Je suis venu et on a parlé du comportement des acteurs de la société civile. Je lui ai dit ceci: si des acteurs de la société civile pensent qu'ils peuvent vivre mieux en m'accablant, en m'accusant, en présentant la PCUD comme le diable, et que cela peut les permettre de trouver je ne sais quoi, s'ils en font leur fonds de commerce, s'ils peuvent dans mon dos comme ça là, mais peut-être c'est une forme de sacrifice. Tant mieux qu'ils vivent comme ça.

C'est dans l'ordre des choses. Il ne faut pas penser que tout va se faire dans l'unanimité. Tant qu'il y a cette contradiction, ça fait le bénéfice de la dynamique si elle est bien comprise. Donc, aujourd'hui, ce que je vais dire, est qu'on est dans un contexte, je l'ai dit à d'autres membres de la société civile, que les populations sont en train de nous clamer. 

Il y aura toujours une partie de la société civile qui va manœuvrer pour freiner et une autre partie qui va oeuvrer pour changer. Et ça, c'est dans l'ordre des choses. On sait ce qui se trame dans les coulisses. On sait tout ce qui se passe. Donc, il faut aller dans la vocation de ses convictions. 

Élections communales du 04 février... 

Aujourd'hui, j'ai commencé de développer les réflexions sur la situation qui prévaut dans notre pays et la réalité à laquelle on fait face. Pour ces élections, je ne vais pas rentrer dans beaucoup d'analyses. D'abord, les enjeux Cellou Dalein et Alpha Condé. Ce sont les enjeux de consolidation pour leur propre position. La position de leurs mouvements politiques. Mais il y a bien au-delà. Ce sont les échéances qui nous attendent. Il y a les législatives, il y a le débat sur le troisième mandat. En fait, les communales se sont donc vite retrouvées pour être un point de repère en vue de son positionnement par rapport à ce qui devrait se dessiner pour les semaines et les jours à venir.

Il y a beaucoup de choses qui vont faire en sorte que nous aurons vraiment des trucs extrêmement difficiles. La situation socioéconomique dans notre pays, les gens continuent, parce que ça ne règle rien. Il y a des sentiments d'injustice et des malaises qui continuent à croître. Parce qu'on a vu déjà avec le taux d'abstention. Il y a que les citoyens sont déçus du leadership dans ce pays. Il y a aussi que le carburant commence à monter sur les marchés internationaux. Il y a le fait qu'on annonce trop mais il n'y a rien dans les réalités. C'est incroyable ! 

Donc, il y a beaucoup de choses qui sont en train de se passer. Les gens ne savent pas à partir de 2020, qu'est-ce qui va arriver. Ces élections-là ont été vraiment une alerte mais les gens risquent de prendre l'argent, sans pour autant suivre. C'est l'expérience là qu'on a aujourd'hui. 

Mais ces gens-là qui vont, ils prennent les véhicules avec beaucoup d'argent, chacun prend là où il est. Je ne suis pas sûr réellement, que ces gens-là vont être tous actifs dans la campagne. On va les voir à la télévision pendant les grandes rencontres. Ils vont courir, descendre.

Mais c'est un peu le piège dans lequel il se retrouve. Il ne s'est jamais retrouvé aussi seul que maintenant. Mais il ne le comprend pas. En fait c'est la conséquence de la politique d'instrumentalisation, de division. Le fait de s'impliquer dans tout. Qui amène non seulement à déstabiliser ses propres collaborateurs dans le cadre de leurs fonctions. Mais au même moment, cela les amène à être inefficaces parce qu'ils ne comprennent plus la chose. C'est un jeu de dupe qui règne. Cela vient enfin accentuer le malaise qui se trouve aujourd'hui sur le terrain. 

Ces gens sont plus souvent coupés de la réalité. Ils sont de la plupart coupés du bas peuple. Je ne minimise pas la portée de leur leadership dans la communauté où ils sont. La vie d'un haut cadre, il sort le matin, il est dans une voiture plombée. Il va dans un bureau, c'est fermé. Il faut t'annoncer pour être reçu si tu n'es pas dans le cercle restreint. Il faut attendre longtemps pour être reçu si tu n'es pas quelqu'un de responsable. Il y a donc un certain nombre de réalités comme cela. Il rentre, il est enfermé. On vient lui dire tel est venu, c'est lui qui sait s'il le reçoit ou s'il ne le reçoit pas. Il est coupé de la réalité de la population. Du coup cette personne-là se trouve complètement isolée.

      In Le Démocrate

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