Témoignage : Nadine Barry sur les traces de la disparition de son mari

Société

Nadine Barry est veuve d’une des nombreuses victimes du régime sadique du premier président de la Guinée indépendante, Sékou Touré. Elle est l’épouse du défunt Abdoulaye Barry, fonctionnaire à la présidence, puis au ministère des Affaires étrangères. Décidé de rentrer pour servir le pays, ce fonctionnaire originaire de Timbo, dans la préfecture de Mamou, devint la proie du régime en 1971.

Pour le meurtre de son mari, Nadine Barry ne passe pas par quatre chemins. « Il (Abdoulaye Barry) a marié une Française qui était l'ennemi n°1 du régime qui était la France. En plus, il était intellectuel formé en France ».

Cette Franco-guinéenne qui vit en Guinée depuis de nombreuses années raconte : « en 1971, nous étions tous à l'extérieur au moment du débarquement en 1970. Mon mari était à l'Assemblée générale des Nations-Unies et moi, j'accouchais notre 4e enfant. Tous mes enfants étaient avec moi. On s'est téléphoné et on a dit que ce qui se passe dans le pays, on a rien à voir, rien à se reprocher. Donc, on est rentré en Guinée sans analyser à l'époque. On pensait que la Guinée allait vraiment démarrer si elle était entourée de cadres compétents et mon mari s'estimait être un cadre compétent a préféré se mettre aux services de la Guinée ».

Sentant le climat délétère dans le pays et une ambiance inquiétante, elle poursuit : « quand il a décidé de partir et moi, j'étais déjà partie auprès de mes parents avec mes enfants, mon mari avait dit qu'il nous rejoindrait un an plus tard par la voie officielle. A la date du jour où on a vu que sa famille était au dehors, la police politique l'a surveillé en choisissant quelqu'un de sa famille pour faire ce travail-là. Il a été arrêté en Côte-d'Ivoire après avoir traversé la frontière de Senko ».

Pour cette veuve, l’arrestation de son mari a été organisée par un pasteur qui l'a dénoncé auprès de la milice guinéenne près de la frontière.

« Il a été arrêté par la complicité d'un pasteur qui lui avait loué son vélo tout en lui demandant de passer tel endroit, de garer le véhicule et prendre le vélo en empruntant tel chemin. Ainsi le pasteur est allé lui dénoncer aux miliciens de Senko en les indiquant son trajet », explique, la gorge serrée.

Après son arrestation, les miliciens l'on conduit jusqu'à Kankan où il a été torturé et mourut en chemin près de Tokounou. « Les miliciens ont arrêté mon mari avec son vélo. Ils l'ont amené à Senko, Beyla et puis Kankan. C'est à Kankan qu'il a été torturé, il est sorti vivant mais très affaibli parce que sa tête était écrasée et il est mort à la rentrée du village Tokounou, village situé entre Kankan et Kissidougou », témoigne Nadine Barry.

Neuf ans après, elle a découvert la tombe de son mari : « après avoir retrouvé la tombe de mon mari à Tokounou, j'ai acheté deux fois son tombeau et cela 9 ans après la mort de Sékou Touré. Quand Rio Tinto a indiqué le trajet de son chemin de fer, je me suis aperçu qu'il passait sur le terrain de la tombe de mon mari, j'ai demandé à Rio Tinto de contourner à défaut d'être dénoncé en Europe par moi. Mais Rio Tinto avait déjà indiqué aux gens que partout où passera cette voie ferrée, ces personnes seront indemnisées ».

Aujourd'hui, après quarante ans de recherche, Abdoulaye Barry repose dans le jardin familier de Nadine Barry : « alors, les anciens propriétaires de mon terrain ont décidé de saccager la tombe de mon mari. Comme on n’était pas bien vu, mes enfants ont demandé à ce qu'on ramène le reste de leur papa dans notre jardin en famille et c'est ce que j'ai fait ».

Moussa Thiam

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