Kaly Bah, vice-président de l’UFC : « nous n’avons pas créé un parti pour rester les bras croisés… »

Inteview

Dans un entretien a accordé à notre rédaction, le vice-président de l’Union des Forces du Changement (UFC), parle des préparatifs de son parti par rapport aux élections locales prévues le 4 février prochain. Il revient aussi sur les raisons du départ de l’UFC de l’opposition républicaine. Par ailleurs, Kaly Bah dénonce la mauvaise gestion des autorités en place, notamment sur le secteur de la pêche.

 

A l’UFC, où en est-on avec les préparatifs de ces élections locales ?

A l’UFC, nous sommes presque fin prêts. Nous avons déjà présenté des listes au niveau de neuf (9) circonscriptions électorales. On a tout préparé, on a payé les cautions. On a accompagné nos candidats. Ils sont sur le terrain, ils sont en train de travailler.

Quelles sont ces 9 circonscriptions convoitées par l’UFC ?

A Conakry, il s’agit de Kaloum, Dixinn, Matam et Ratoma. A l’intérieur du pays, nous avons présenté des listes à Fria, Tanéné, Friguiagbé, Koundara et Tondon dans la préfecture de Dubréka.

Le départ de l’UFC dans l’opposition républicaine continue de susciter des réactions au sein de la sphère politique. Quelles sont les raisons qui ont motivé votre départ de cette plateforme ?

Le président a bien indiqué ce pourquoi nous avons quitté l’opposition républicaine. Il est parmi ceux qui se sont battus depuis presque 7 ans pour l’installation d’un Etat de droit en Guinée et d’une véritable démocratie dans notre pays. Il a été à la pointe de tous les combats avec tous ceux qui étaient dans l’opposition républicaine. Malheureusement, le résultat escompté n’a pas été au rendez-vous. Depuis que nous avons commencé ce combat, c’est d’accord en accord que nous sommes passés. Et pourquoi ces accords ? C’est parce que la constitution n’a pas été respectée. Si la constitution a été respectée dès le début, je pense qu’on n’aurait pas eu recours à des accords. Des accords qui n’ont jamais d’ailleurs été respectés. Nous, nous avons dit est-ce qu’on va passer tout notre temps à signer des accords qui n’ont jamais été respectés et qui ne seront jamais respectés ? Comme l’a dit le président de l’UFC, il y a aussi un problème de stratégies. Si nous faisions de bonnes stratégies pour que l’opposition atteigne son objectif, je pense qu’il n’y a pas de raisons aujourd’hui que nous entrevoyons l’alternance en 2020. Mais vous avez vu ce qui s’est passé en 2010, qui s’est répété en 2015, est-ce que nous autres, nous allons continuer toujours de la même sorte sans changer de stratégies. Si nous continuons de la même sorte, les mêmes causes produiront les mêmes effets. C’est ce que nous voulons éviter. C’est pourquoi, nous avons quitté l’opposition républicaine pour rester dans l’opposition plurielle, pour mettre en œuvre, concevoir et élaborer des stratégies pour qu’il y ait vraiment une alternance en 2020 et pour qu’il y ait une véritable démocratie, comme dans tous les pays qui aspirent à des Etats normaux, qui peuvent faire en sorte que la population jouisse des ressources du sol et du sous-sol de ce pays.

Contrairement à vous, le président de l’UFDG estime que les stratégies de l’opposition républicaine ont réussi ?

Oui ! Le président de l’UFDG a dit que les stratégies ont marché. Mais pour quels résultats ? Je me pose bien la question. Parce que si les stratégies avaient marché, aujourd’hui on aurait commencé d’indemniser au moins les victimes des différentes manifestations. A peu près 80 de nos frères sont couchés au cimetière de Bambéto. Est-ce qu’ils ont commencé à indemniser les parents de ces jeunes faussés à la fleur de l’âge, à mon avis ils n’ont pas encore commencé. Le seul résultat peut-être, c’est parce que nous allons aux élections le 4 février prochain. Et ça aussi vous avez vu comment ça se passe. Avec les tracasseries que nos candidats rencontrent au niveau de ces circonscriptions électorales. J’apprends aujourd’hui que la CENI, parce qu’elle n’a pas réussi à s’entendre avec les démembrements qui demandent à être payés beaucoup plus par rapport à un montant qui ne leur permette pas de couvrir une journée, elle prétend mettre à contribution les chefs de quartiers pour distribuer les cartes. Or, c’est à ce niveau qu’il y a fraude. Lorsque les chefs de quartiers qui sont nommés par le pouvoir sont mis en contribution pour distribuer les cartes, à ce niveau, je suis sûr et certain que la fraude va refaire surface et si nous ne nous levons pas pour combattre cet état de fait, c’est sûr et certain que ces élections aboutiront à des manifestations et ça on ne le souhaite pas.

Votre parti dénonce aussi un unilatéralisme au sein l’opposition républicaine ?

J’ai assisté personnellement à des plénières de l’opposition à un certain moment. Ce sont des remarques personnelles. Moi je me suis dit l’opposition doit être au même niveau et que la démocratie commence par l’opposition. Il ne doit pas y avoir une opposition dans une opposition. Il faut qu’il y ait une concertation, des échanges, des points de vue, des partages d’informations. Mais lorsque certains d’entre nous s’aligne derrière le président de l’UFDG, c’est bien qu’il soit chef de file de l’opposition. Mais, nous sommes tous opposants. Nous concourons tous à atteindre un seul objectif. Mais si des gens qui sont là, sont en train d’encenser le chef de file de l’opposition, pour dire que nous l’accompagnons pour briguer la présidence de la République, pendant que nous autres, nous avons créé des partis pour briguer la présidence de la République, ça, nous ne sommes pas d’accord. Et nous sommes tous ensemble pour combattre les fléaux dont souffre le pays, pour redresser la situation, pour faire en sorte qu’il y ait une bonne gouvernance. Je vous donne un exemple, le chef de file de l’opposition a créé un cabinet par rapport au budget qui lui a été alloué. Il a demandé à ce que les leaders soient dans son cabinet. Imaginez un leader soit dans le cabinet d’un leader, fut-il le chef de file de l’opposition, qu’il émarge que le chef de file de l’opposition lui rémunère, alors il concourt tous à un objectif, celui d’avoir la magistrature suprême du pays. Le cabinet du chef de file de l’opposition doit se démarquer de l’opposition plurielle. C’est vrai que s’il veut aider l’opposition, il y a une autre manière de faire, pas les faire émarger en tant que subordonnés, en tant que leaders employés par lui qui sont rémunérés. Nous devons faire en sorte que nous luttons ensemble pour qu’il y ait une alternance en 2020. En ce moment si nous réussissons ce à quoi je ne doute pas du tout, nous allons partager le pouvoir. Mais si c’est un seul qu’on pousse, en ce moment on prépare le nid d’une dictature. Parce que si on pousse une seule personne, on l’encense c’est-à-dire c’est lui seul qui fait tout, c’est lui qui est l’avant-garde de tout ce qui doit être fait, à ce niveau que le bât blesse. Ce n’est pas parce que nous sommes contre le président Cellou Dalein ou l’UFDG, mais ce sont les règles du jeu qui ne sont pas du tout, des bonnes procédures, des bonnes règles.

Que répondez à ceux qui accusent votre leader de monnayer ce départ pour un poste ministériel ?

Nous avions prévu ça Ils allaient dire de tout et de rien. Quoique l’on fasse, l’on dise, personne ne peut nier que Aboubacar Sylla a été le porte-parole inamovible de l’opposition pendant 7 ans, incontesté incontestable. Porte-parole de l’opposition n’est pas donné à n’importe qui. Et par rapport à la communication d’Aboubacar Sylla, je vous jure il y a des gens qui nous ont entretenu depuis que Aboubacar Sylla a commencé à communiquer, ils ont enregistré tous ses discours et communiqués. Personne n’est resté à l’écart. Aboubacar Sylla lorsqu’il quitte, il remue. Ce n’est pas comme si d’autres quittaient, on dit parfois, c’est un non évènement. Mais lorsque Aboubacar Sylla quitte l’opposition républicaine, il rend le porte-parolat, c’est un grand évènement. Parce qu’en tant que vice-président de l’UFC, je ne dis pas que quelqu’un ne rédigeait pas les communiqués de l’opposition républicaine, mais Aboubacar Sylla était au centre de la rédaction des communiqués, des déclarations de l’opposition ou des démarches auprès de la communauté internationale et nationale pour faire comprendre à nos partenaires ce que l’opposition était en train d’abattre, en train de faire comme travail pour le bien et le bonheur de la population guinéenne. On a donné les raisons de notre retrait, il n’y a rien d’autre. Ce n’est pas contre Paul ou Pierre, nous sommes contre des procédures et des méthodes et des stratégies.  

Quelle analyse faites-vous du discours du président de la République à l’occasion de la nouvelle année ?

J’ai suivi le discours du président. J’aurais aimé qu’il fasse un bilan de ce qu’il a fait, ses 7 années de gouvernance. J’aurais aimé qu’il fasse ressortir ces acquis, qu’il fasse ressortir les faiblesses et qu’il nous donne les perspectives d’avenir. Mais c’est un discours qui a bien sûr donné des réponses à certaines questions. Mais personnellement, je suis resté sur ma faim. Parce que j’attendais comme je vous le dis le bilan, les perspectives et les reformes qu’il devait entreprendre dans l’avenir pour faire en sorte que le Guinéen ait le bien-être et le mieux-être.

Où en est-on avec le Front pour l’alternance démocratique ?

Le FAD est toujours là. C’est vrai il y a certaines personnes qui ont quittés à un certains moments donné, mais qui reviennent petit à petit. Le président Aboubacar Sylla a été absent à un certain moment. Puisque vous savez que le FAD se réunissait toujours au siège de l’UFC ici. Donc, les réunions ne se faisaient pas. Mais jusqu’à preuve de contraire, aucun parti n’a dit qu’il n’est pas du FAD. Donc, il s’agit de réchauffer la structure et de ramener les gens et de voir sur quelle base, avec quelle stratégie, il faut fonctionner. Si non le FAD existe toujours.

Récemment dans une de vos sorties, vous avez dénoncé une mauvaise gestion du secteur de la Pêche. Qu’est-ce que vous reprochez aux responsables du ministère de la pêche ?

Il y a beaucoup de scandales au niveau de la Pêche aujourd’hui. La plupart des bons cadres concepteurs du ministère de la Pêche sont mis à l’écart. C’est vrai, il y a quelques 2 ou 3 personnes qui sont là qui peuvent faire quelque chose. Mais en général, le ministère de la Pêche est malade. Pourquoi, le président de la République garde les licences à la présidence, c’est parce qu’il n’a pas des gens sérieux comme il l’a dit. Je le paraphrase, il n’a pas de patriotes en qui il porte confiance pour gérer bien le ministère. Sinon dans tous les pays du monde, les licences de pêche sont à la disposition du ministère. D’ailleurs, je vous rappelle, lorsque moi, j’étais chef de service, gestion des ressources halieutiques, les licences étaient à ma disposition. C’est moi qui donnais les licences aux armateurs pendant 11 ans. Nous avons conçu un système de gestion intégré avec une firme canadienne Roche qui était là, qui était un système de gestion unique dans la sous-région.

Aujourd’hui il y a aucun projet au ministère de la Pêche. Il n’y a que le projet régional de pêche en Afrique de l’Ouest (PRAO) qui fonctionne. Et ça c’est une conception qui a été mise en place avec des cadres de haut niveau lorsqu’on était là-bas. A un certain moment, il y avait une quinzaine de projets qui fonctionnait au ministère de la Pêche financés par les bailleurs de fonds et une partie par la Guinée. Mais aujourd’hui aucun projet, aucun résultat ne se fait sentir. Nous sommes aujourd’hui l’un des rares pays interdit d’exporter le poisson dans les 27 pays de l’UE à cause de la mauvaise gouvernance en pêche et en surveillance. On nous a donnés le carton rouge. Il y avait 3 pays. Il y avait le Belize, le Honduras et la Guinée. Tous les autres pays sont sortis de cette liste rouge. Il ne reste que la Guinée. Parce qu’aujourd’hui, il n’y a pas de cadres concepteurs, qui peuvent bien gérer, qui peuvent sortir le pays de cette situation dans laquelle il se trouve. Nous sommes incapables aujourd’hui de négocier l’accord de pêche. Depuis 2008, on n’a pas renégocié l’accord de pêche. Pendant que la Sierra Leone à côté, a négocié un accord de pêche d’à peu près 11 millions d’euros, la République de Guinée Bissau à peu près 10 millions d’euros, le Sénégal 42 milliards de FCFA, la Mauritanie à peu près 26 millions d’euros. Pendant que la Guinée tarde. Le seul accord qu’on a négocié, j’étais là à l’époque en tant que Directeur Général du Centre de surveillance et protection des pêches. On a négocié un accord de pêche à hauteur de 1 050 000 euros, alors que tous les autres pays de la sous-région négociaient à l’époque des accords à hauteur de 500 mille euros, 600 mille euros. C’est cet accord qui court d’ailleurs depuis 2008. Dans cet accord de pêche, il y a un point qui dit que si toutefois en 2009, il y avait des signes de régénération de la ressource des crevettes par exemple, il devait aligner des chalutiers. Il n’y a pas eu de suivi. Lorsqu’on alignait ces chalutiers-là. Il y avait une retombée financière. Parce qu’il y avait une contre financière qui devait venir. Mais jusque-là, il n’y a pas de suivi.

Le ministère de la Pêche est laissé aujourd’hui pour compte. Il n’y a pas de résultats. Il y a eu les états généraux de la Pêche, mais rien n’a été appliqué. C’est moi qui ai conçu le plan de Pêche en Guinée avec un Canadien de haut niveau et je l’ai défendu pendant 11 ans. Le VMS, il est resté pendant 7 ans. On n’a pas pu installer le VMS en Guinée. Le Premier ministre Kabinet Komara était là à l’époque je lui ai dit, il a regretté le fait que la Guinée n’ait pas installé le VMS pendant que toute la région avait le VMS, la surveillance satellitaire des navires. Mais en 3 mois, j’ai installé le VMS et c’est l’une des meilleures salles de la sous-région. Sept ministres y compris le Premier ministre, Kabinet Komara, étaient présents lors de l’inauguration. C’est après une semaine de cela qu’on m’a limogé. Parce qu’ils ont vu les recettes qui rentraient. Parce qu’ils ont vu les réalisations. Donc à l’époque lorsqu’on voit quelqu’un qui fait des recettes et tout ça, on peut l’enlever. Aujourd’hui, la surveillance a commencé a chuté.  On n’est frappé par un carton rouge.

Si on vous replaçait dans les instances de ce ministère, qu’allez-vous faire pour redorer l’image de ce secteur ?

Je doute fort. On ne dit jamais, jamais. On m’a approché à un moment donné, j’ai décliné les mesures que je vais prendre. Les reformes que je vais entreprendre vont toucher beaucoup de gens. Parce que pour redresser cette situation, il faut prendre les taureaux par les cornes. Ils m’ont demandé par exemple si je viens à la surveillance, j’ai dit premièrement, je vais proposer les cadres qui vont être à des différents niveaux. Je vais essayer de rajeunir l’équipe, les ressources humaines. Parce qu’aujourd’hui, il ne faut pas se leurrer, les agents qui sont là sont vieillissants. Pour aborder un bateau, il faut de la jeunesse, il faut être très proactif, vigoureux. Ensuite la formation. Sur ce sujet, j’avais même proposé une série de formations et au ministre André Loua et à l’actuel ministre. J’ai fait des memos pour qu’il y ait la formation des agents, renouveler les effectifs et tout ça, mais malheureusement, ça n’a pas été pris en compte. Donc, moi j’engagerai des réformes en profondeur pour que les résultats se fassent sentir très rapidement. Et engager des réformes, c’est au niveau des ressources humaines, au niveau des outils de travail, au système de travail, au niveau des stratégies.

Je vous donne un exemple, lorsqu’on m’a nommé DG du centre de surveillance des Pêches, le centre faisait 850 millions GNF de recettes. La rigueur que j’ai impliquée a donné des résultats. Parce qu’après, en 2009, on a essayé d’avoir les données de la recherche par rapport à l’évaluation des ressources. On a fait une comparaison des données passées et des données présentes, on a vu que la ressource avait commencé à régénérer parce que la surveillance était effective, on avait couvert toute la bande côtière parce qu’il y avait des vedettes et les agents de surveillance, les observateurs, les contractuels tous étaient motivés. Il y avait la rigueur dans la gestion. En matière de surveillance, il faut deux choses. Connaitre la mer, maitriser la mer et connaitre la terre, maitriser la terre. Si vous n’avez pas les deux variantes, vous ne pouvez pas du tout gérer. Parce que la mer, c’est une chose et la terre est une autre. Ceux qui vont pour surveiller, ils vont avec des outils mais il y a ceux qui sont là qui attendent, il y a des appareils qui sont là. Il y a aussi toute une série de données qu’il faut recueillir pour faire en sorte que le service marche normalement. Mais si vous n’avez pas la compétence à le faire, vous n’allez pas avoir des résultats.

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