"Dans un pays normal, [Fodé Oussou Fofana] devrait être devant les tribunaux", dixit Bah Oury

Inteview

Dans un entretien accordé à notre rédaction, l’ancien vice-président de l’UFDG, Bah Oury, à commenté l’actualité sociopolitique de notre pays. Il s'est félicité des financements obtenus par la Guinée auprès de ses partenaires techniques et financiers pour le développement du pays. M. Bah s'est aussi prononcé sur la caution pour la candidature aux élections locales.

 

Bonjour M. Bah! La conception  et le début de liste de candidature ont commencé. Est-ce qu’à votre niveau, il est prévu qu'une candidature soit présentée, et dans quelle circonscription ?

Bon! Personnellement, dans le contexte actuel, j’ai beaucoup de chantiers en cour. Comme vous le savez presque pendant cinq années d’exil, bientôt ça sera le second anniversaire de mon retour. Il y a des sujets, il y a des aspects sur lesquels, je n’ai pas encore fini  de réaliser et certains de mes objectifs essentiels. Donc je suis beaucoup plus comme entraîneur qui va coacher des équipes qui vont aller en compétition pour acquérir le pouvoir de garde.

A côté, il y a un quiproquo autour de la liste de l’UFDG. On vous accuse d’être celui qui serait derrière cette situation. Qu’en dites-vous ?

Je ne fais pas de commentaires.

Que pensez de la polémique suscitée par la caution fixée par la CENI pour les élections ?

Vous savez, la caution a un objectif, c’est pour permettre de ne pas encourager disons les candidatures fantaisistes et multiples, parce que cela va générer du coup des candidatures excessives pour l’organisation des élections. Donc (8), huit millions pour les communes urbaines et (3) trois millions pour une commune dite rurale, je pense que c’est raisonnable.

Est-ce que vous-même vous serez candidat en tête de liste à ses élections ?

Non pas du tout. Comme je vous l’ai dit, je suis un entraîneur qui est en train de coacher des équipes diverses aussi bien dans Conakry qu’à l’intérieur du pays pour qu’elles aillent à la conquête du pouvoir pour changer la gouvernance locale.

Certains cadres exclus de l'UFDG comme Mamadou Barry ou Lamine Diallo ont vu leurs suspensions levées par la direction générale. Avez-vous un commentaire sur cette décision ?

Bon ! Je pense que ceux qui leur avaient donné un coup de pied, s’ils reviennent pour corriger, je pense que c’est une bonne chose.

 Que pensez-vous du déroulement du procès sur l’assassinat du journaliste Mohamed Koula Diallo ?

Je trouve qu’à l’heure actuelle, c’est un scandale parce que le tribunal de Dixinn avec le juge Manga Douba Sow et ces accesseurs ont refusé une nouvelle citation de comparution de témoins. Premièrement, je pense que dans une affaire criminelle, on ne peut pas demander à avoir la manifestation de la vérité si les personnes citées dans le cadre de ce crime ne peuvent pas être entendues au niveau du tribunal. Cela veut dire que ces gens là sont protégés et c'est la continuité de l’impunité.

Deuxièmement, mes avocats ont des éléments de preuves à travers des images de tout se qui c’était passé le 5 février 2016. C'est-à-dire l’essentiel des éléments qui ont eu lieu. On les a en image et le président du tribunal à refuser que ces images soient diffusées au niveau de l’audience.  Alors que ce sont des éléments de preuves qui peuvent disculper certaines personnes et qui peuvent incriminer d’autres, parce qu’il y a des images à laisser. Et là aussi, le juge Manga Douba a refusé que ces images soient diffusées. Donc il y a un criminel ou il y a un journaliste a été tué ou il y a une tentative d’assassinat sur ma personne. On fait comme s’il faut faire en sorte qu’aucun élément permettant de faire éclater la vérité ne soit à la disposition de l’audience. Je considère que c’est un scandale majeur et c’est un scandale judiciaire.

Nous n’avons pas encore arrêté notre position avec mes avocats sur la suite de cette affaire. Mais je vous dis que je ne me laisserais pas faire. Fodé Oussou Fofana avait dit si vous voulez connaitre qui a tué Koula, prenez Bah Oury. Mais dans un pays normal, il devrait être devant les tribunaux. C’est une diffamation. Cela aussi. Vous savez que Cellou Dalein et consort avaient fait une déclaration le 5 février 2016 pour dire que c’est moi qui avait l’arme et c’est moi qui avait tiré sur Mohamed Koula. Donc, ils m'ont accusé d’être un assassin.  Et  là, le procureur de Dixinn Souleymane N’Diaye a refusé que la plainte contre Cellou Dalein pour dénonciation calomnieuse soit examinée. J’ai été dans une procédure judiciaire pour amener à ce qu’il y ait la manifestation de la vérité.

 Je considère qu’avec ses blocages que nous constatons par ci par là pour protéger les réels commanditeurs de ces tentatives continuent. Et là, les autorités judiciaires et les autorités politiques au plus haut niveau sont interpellées par ce fait qui poignarde la justice dans ce pays. Vous savez ce que certains racontent, je ne vais pas passer mon temps à faire de commentaires sur ça.

Apres trois semaines de grève qui a paralysée le secteur de l’Education et fait de victimes, le syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée a levé le mot d'ordre de grève, le 7 décembre dernier. Quelle lecture faites-vous de la gestion de cette grève par le gouvernement ?

Je pense que de ce point de vue, je salue que le fait que de part et d’autre, la charge de responsabilité ait prévalu. Et je salue également l’action des autorités morales à savoir l’archevêque de Conakry et l’Imam de la grande mosquée Fayçal de s'impliquer comme médiateurs pour amener à un dénouement heureux de cette crise pour permettre aux enfants de retourner à l’école dans les conditions de sécurité et de travail relativement satisfaisantes. Donc c’est une bonne chose. Mais il faut tirer les leçons de cette situation.

Au niveau du syndicat il y a beaucoup de leçon à tirer et je pense qu’ils vont le faire à leur propre niveau de manière interne pour ne pas avoir une répétition de ces genres de situations qui risquent dans une certaine mesure d’exposer certains cadres syndicaux dans de situation qui affaiblirait l’institution syndicale dans sa globalité. De l’autre côté, le gouvernement n’a pas été prompt à réagir de la manière la plus adéquate possible. Je pense que lorsqu’il y a crise et que vous êtes à la tête d’un département quelles que soient les conditions de l’émergence de cette crise, vous devrez tout faire pour favoriser un climat de dialogue, un climat de sécurité et de sérénité pour résoudre le problème surtout dans le secteur aussi névralgiques que l’éducation nationale.  C’est dommage que dans notre pays, très souvent, on met beaucoup plus des intérêts personnels, des orgueils personnels en avant et on oublie ce qui devrait être l'essentiel c'est-à-dire l’intérêt du pays tout en entier.

Il y a des leçons à tirer. Les syndicats doivent tirer les leçons en interne, la représentativité doit être revisitée pour qu’il y ait des acteurs et  une réel assise au niveau des bases sinon on risque de se retrouver dans des situations ou ceux d’en bas n‘ont plus confiance à ceux d’en haut. Il ne peut plus avoir aucune autorité capable d’être entendue. On a une chance de repartir sur des nouvelle bases. Le gouvernement doit tout faire pour préparer une dynamique qui permettrait en concertation avec le monde des enseignants et le monde syndical de trouver un compromis transitoire pour un plan d’urgence dans le cade du système éducatif en tentant d’engager des reformes en profondeur et des reformes structurelles majeures pour remettre sur les rails le système éducatif de notre pays. Les médiateurs vont continuer à travailler pour trouver une solution satisfaisante pour les uns et pour l’intérêt surtout des élèves et du monde du système éducatif. C’est ça l’objectif majeur.Bien entendu, il faut de part et d’autre faire de preuve de responsabilité et ne pas négliger disons le problème et ne pas aussi se concentrer uniquement sur des questions salariales. Le système éducatif guinéen est malade et il faut le guérir et il faut le guérir en profondeur.

Vous êtes de ceux qui ont salué les 20milliards USD que la Guinée a obtenu avec la Chine ainsi que les 21milliards levés dans le cadre du PNDES à Paris par le gouvernement guinéen auprès de ses partenaires. Pourtant de nombreux observateurs ne sont pas satisfaits de la manière dont le pays est géré par le Pr Alpha Condé. Selon eux, il y a trop d’impunité et de corruption. Partagez-vous ces points de vue ?

 Vous savez lorsqu’on a une équipe nationale quelles que soient les difficultés qu’ils parviennent à se qualifier pour la coupe du monde de football qu'est-ce qu’on va dire ?  On va les féliciter, les encourager et on va se donner les moyens pour qu’avant les compétitions pour la coupe du monde que l’équipe soit beaucoup plus renforcée. Que ces capacités soient accrues, que le leadership interne soit consolidé, qu’il y ait une réelle motivation des uns et des autres pour aller représenter valablement le drapeau national. C’est ça qui a une attitude, j’allais dire patriotique de tous. La Guinée n’a jamais obtenu disons des engagements, des financements de ce genre. C’est l’une des premières fois depuis très longtemps. Sinon cela première fois depuis l’indépendance de notre pays. Donc il y a une chance pour l’avenir. Vous savez aujourd’hui un gouvernement est là, il va passer. Un président de la République est en place aujourd’hui demain ça sera un autre.Si le financement est ce qui est souhaitable que les financements ne sont pas donnés à un gouvernement, ne sont pas donnés à un président de la République, ces financements sont accordés à la Guinée, il faudrait que des Guinéens et ceux qui auront la chance de gérer la Guinée aujourd’hui, c’est avec le Président Alpha Condé demain ça sera avec quelqu’un d’autre, que cela se passe dans l’intérêt de la Guinée et qu’on parvienne à corriger les insuffisances notoires que la Guinée traine depuis l’indépendance.

Je ne suis pas de ce genre de ceux qui sont pessimistes ou qui ne veulent qu’un gouvernement même si on est opposé à ce gouvernement qui ne réussisse pas. Il faut que la réussite et que les gens fasses preuves de responsabilité pour ne pas dans une certaine mesure, faire désespérer l’écrasante majorité de ce pays qui veulent qu’il y ait un espoir et l’espoir est possible. Mais l’espoir est possible, ne veut pas dire que l’espoir sera réalisé. Il faudra du travail. Il faut des hommes et des femmes sérieux compétents, rigoureux qui aiment la Guinée. Mais, on passe tout notre temps à dire c’est mauvais, c’est mauvais, il va de choix qu’on ira nulle part. Et notre pays est en train d’être à la traine. Regardez à Dakar. Ils ont un second aéroport international qui vient d’être inauguré. Ils auront bientôt une ligne de chemin de fer entre le centre et cet aéroport. Ils ont de centrales solaires qui les amènent aujourd’hui à baisser le prix du courant. Et à Abidjan, ils sont en train de lancer la construction d’une ligne de métro. Et nous, nous sommes toujours en train de pleurer ça ne va pas. Et lorsqu’il y a quelque lueur d’espoir, on dit que ça ne pourra pas être fait. Je pense qu’il faut changer de discours, il faut avoir une attitude positive, il faut avoir une démarche constructive et il faut être optimiste pour ce pays, parce que sinon, on désespère tout le monde et c’est l’une des raisons qui fait que nos jeunes ne pensent qu’aller ailleurs à l’étranger, aller au Sahara ou aller en méditerranée pour y mourir. L’espoir est possible mais il faut travailler chaque fois et fortement.

Entre la presse et le pouvoir, la situation ne fait que s’envenimer du jour au jour. Des medias ont été récemment fermés et des journalistes interpellés. On a l’impression que M. Bah est resté indifférent à cette atteinte à la liberté d’informer. Vrai ou faux?

C’est faux ! J’ai toujours été solidaire et de manière responsable avec les journalistes. Et je dois même rappeler à l’ensemble des journalistes quand votre Mohammed Koula Diallo a été assassiné le 5fevrier 2016, le monde de journalistes guinéens avait organisé trois journées sans presse pour protester contre ce genre d’assassinat. Et j’avais essayé de tout faire pour qu’il y ait la manifestation de la vérité dans ce sens. Aujourd’hui, nous sommes empochés ou je suis partie civile dans le cadre de la même affaire. Je pense que de ce point de vue, le monde de journaliste devrait dans le contexte de ce procès être également présent pour exiger toute la vérité sur l’assassinat de votre collègue Mohammed Koula Diallo.

Donc de ce point de vue, il ne faudrait pas occulter cela au profit des autres situations qui n’ont pas couté la vie à un vos collègues. Mais sinon par rapport aux journalistes, je leur ai dit, il faut faire preuve à tout moment de responsabilité. Lorsque vous incarnez un pouvoir, vous êtes le quatrième pouvoir, il faut que dans le cadre de votre métier que vous soyez irréprochables. C’est ça qui va accroitre votre crédibilité et le respect à votre égard. Et il faudrait faire en sorte que la presse ne soit pas une presse orientée ou une presse de propagande mais une presse qui informe, une presse qui permette à la population d’élever son niveau de confiance et son niveau d’information sur les réalités aussi bien nationale qu’internationale. Plus souvent, je constate qu’il y a des prises de position que je considère déplorable. Parmi vous, il y a des hommes et des femmes qui font correctement leur métier, mais de l’autre côté aussi, il y a des défaillances qu’il faut constater, qu’il faut corriger pour vous permettre de faire en sorte que le métier de journaliste guinéen soit tel que partout ou un Guinéen se présente que tout le monde soit obligé de respecter. Et c’est comme ça que les journalistes obligeront les hommes au pouvoir, les hommes politiques à faire preuve de responsabilité lorsqu’ils s’adressent à des journalistes.

On vous a vu il n’y a pas très longtemps à côté de Bah Ousmane de l'UPR. Certains observateurs ont, du coup, pensé à un rapprochement. Qu’en est-il réellement ?

Mais M. Bah Ousmane est un grand frère. J’ai été avec lui depuis mon retour. J'ai salué son implication pour favoriser mon retour d’exil et il n’y a aucune exceptionnalité du fait que je le rencontre. Nous parlons de toutes les choses notamment les choses politiques puisque c’est un responsable politique et également moi aussi. Je suis un responsable politique. Donc l’affaire de la Guinée nous interpelle, nous intéresse et de temps en temps, il faudrait qu’on échange.

Votre mot de la fin

Je pense que le pays est encore à la croisée de chemin. C’est une réalité que nous avons connue par le passé. Il y a des possibilités que ce pays puisse se relever mais il faudrait que de part et d’autre, quel que soit le niveau de responsabilité que nous occupons, quels que la place et le positionnement qu’on a, il faut mettre l’intérêt du pays en avant et faire preuve davantage de responsabilité et de sérieux. La société guinéenne est d’une extrême fragilité. Il faudrait prendre garde à ne pas aller dans des directions qui risque de nous mettre dans de situations d’instabilité ou quelques acquis risquent d’être anéantis. Nous devons aller de l’avant. Nous devons tirer les leçons de ces dix dernières années de tragédies que nous avons connu pour avoir un niveau de comportement et un niveau de responsabilité plus élevé pour éviter la répétition de ce genre de situations pour la Guinée. Les Guinéens ont suffisamment souffert et on doit un peu plus de bonheur, de sérénité et d’espoir pour l’avenir merci.

In Le Démocrate

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