La grève lancée par le Syndicat libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG) a perturbé les cours dans plusieurs établissements tant à Conakry qu'à l'intérieur du pays. Au début minimisée par les autorités en charge de l'éducation nationale et de l'alphabétisation à cause de la bipolarisation du SLECG, ce mouvement a surpris par son impact et son ampleur.
Si la semaine dernière, la violence a été moindre, ce n'est pas le cas pour cette semaine. Le bilan des affrontements avec les forces de maintien d'ordre fait officiellement trois morts, plusieurs blessés, un viol et des dégâts matériels considérables sans compter les perturbations de la circulation routière.
Tôt ce lundi constatant l'absence de leurs encadreurs dans les salles de classe, les élèves ont pris d'assaut certaines artères de la capitale empêchant toute circulation. Routes barrées, pneus brûlés, des pierres amassées, c'est le spectacle qu'offrait une bonne partie de la capitale guinéenne.
Ainsi, pour étouffer le mouvement, trois ministres sont désignés par le Premier ministre, Mamady Youla, pour la résolution de la crise, vaille que vaille et par tous les moyens. La fin justifie les moyens, dit-on. Mais c'était sans compter sur la détermination des élèves et des syndicalistes grévistes qui veulent aller jusqu'au bout de leur mouvement même si l'inter centrale syndicale, la confédération nationale des travailleurs de Guinée ( CNTG) dirigée par Amadou Diallo, l'USTG et une bonne partie du bureau exécutif du Slecg se sont désolidarisés de leurs camarades.
Aboubacar Soumah et Abdoulaye Porthos Diallo ont tenu tête au ministre Ibrahima Kalil Konaté qui a usé de tous les moyens pour dissuader les enseignants. Ils sont restés droits sur leur botte. Déjà, quatre syndicalistes avaient été arrêtés avant d'être libérés après la conférence conjointe animée lundi après-midi par les ministres de la Justice, Cheick Sacko, de l'Administration du Territoire et de la Décentralisation, le général Bouréma Condé et celui de l'Education nationale, Ibrahima Kalil Konaté.
Au cours de cette conférence, le ministre de la Justice a demandé avec menace les deux principaux meneurs du mouvement de sortir de leur cachette car ils mèneraient une grève illégale pour répondre devant la justice. Au lieu de calmer les ardeurs des élèves, cette sortie médiatique a plutôt enflammé la situation eu égard au climat délétère qui a caractérisé la journée du mardi 21 novembre 2017 qui a enregistré d'ailleurs trois morts dont l'un suite à ses blessures.
Pour bien des observateurs, le gouvernement n'a pas su gérer cette crise avec intelligence et responsabilité. Au lieu d'aller à la confrontation, les départements ci-cités auraient pu négocier avec les grévistes pour trouver une solution à ce mouvement. Malheureusement, l'Etat guinéen, c'est toujours comme un docteur après la mort. Aucune vision, aucune gestion efficace de crise encore moins une anticipation.
Cette grève aura aussi laissé dans les annales de l'histoire tumultueuse de la Guinée un triste souvenir parce que trois jeunes ont été arrachés à l'affection de leurs parents et amis à la fleur de l'âge.
Faut-il noter qu'en février 2017, une grève déclenchée par le syndicat de l'éducation avait fait aussi cinq (5) morts.
Ouvrira-t-on une enquête sérieuse pour trouver les auteurs de ces tueries? bien malin qui saura le dire.
Amadou Kendessa Diallo