"Vouloir renoncer aux manifestations de rues, c’est renoncer définitivement à la lutte contre des velléités dictatoriales dans notre pays", dixit Aliou Aliou Bah, porte-parole du BL

Inteview

Dans un entretien accordé nos confrères de lynx.fm, le directeur de la communication du Bloc Libéral, Aliou bah, estime qu’il y a une nécessité de recommencer les manifestations. Ce n’est pas tout.  M.Bah Aliou accuse Alpha Condé est la source de tous les problèmes guinéens. Interview

M. Bah vous avez suivi la dernière sortie du  chef de l’Etat guinéen Alpha Condé au siège du RPG arc en ciel. Des citoyens se sont réunis et ont créé l’union qu’on a appelée l’Union du Fouta pour Alpha Condé. Quelle est  votre première remarque ?

Ecoutez, je commence par constater que le président de la république Alpha Condé continue à être le président du RPG. Ce qui est illégal au regard de la constitution guinéenne. Je crois qu’il devait démissionner de toute fonction dans un parti politique. ça prouve qu’il n’est prêt à se mettre au-dessus de la mêlée. Il ne peut pas aussi être un recours efficace par rapport aux différentes crises que nous sommes en train de traverser.

Deuxièmement, je remarque qu’Alpha Condé est en train de rééditer les pratiques qu’il a toujours condamnées. D’ailleurs, c’est ce qui remet en cause la crédibilité de son combat et de sa conviction politique parce qu'au temps de Lansana Conté, nous savons comment est-ce que la dérive dictatoriale a commencé.

C’est à travers ses démarches démagogiques en mobilisant un groupe des personnes manipulées qui a la prétention de parler au nom d’un ensemble. Et aussi un discours qui n’est pas républicain parce que si vous voyez cette vidéo où on dit qu’au nom d’une communauté ou d’une communauté de sages qu’un président de la République est fait pour y rester jusqu’à sa mort. Je crois que c’est assez dangereux et quand c’est le président de la république qui s’assoit et applaudit ce genre de discours, les Guinéens doivent prendre conscience que le moment est venu pour se lever comme un seul homme et arrêter ce qui est en train de s’organiser parce que c’est une nouvelle dérive dictatoriale en perspective.

Je fais régulièrement des tribunes pour dénoncer les discours d'Alpha Condé qui ne font pas honneur ni à sa personne ni à la république parce que vous voyez quelqu’un  après sept ans d’exercice du pouvoir qui se pose encore des questions. Il n’a aucune réponse alors il continue de faire son mea-culpa, ces aveux d’impuissance par rapport aux préoccupations majeures de nos compatriotes, pour lesquels il n’a aucune solution. Alors, il critique son gouvernement sans prendre aucune initiative.

Et j’ai la forte impression que le président de la république se plait beaucoup plus dans la peau de l’opposant historique ou l’opposant éternel plus que  dans celle du président de la république parce qu’il est évident qu’avec les actes qu’il pose et les discours qu’il tient, on se rend compte qu’il n’est pas parvenu à faire la mutation entre le statut d’opposant et celui de président.

Un président, c’est celui là qui gère, qui prend des actions, qui prend des initiatives qui trouve des solutions  qui met les gens au travail mais on se rend compte qu’il n’avait aucune vision, il avait simplement une stratégie ethnico-régionale pour arriver au pouvoir et l’arrivée  au pouvoir est une chose, la gestion du pouvoir en est une autre. Donc au bilan, ce qui est en perspective ne rassure pas encore une fois. Il doit prendre conscience que c’est la république qui est en danger à travers le discours du président à travers les manœuvres du clan au pouvoir et c’est maintenant qu’il faut se lever pour réagir.

Un aveu d’impuissance! vous l’avez rappelé. Quand le président déclare que ce sont ses fonctionnaires qui sont à la base de cette mal gouvernance alors que c’est lui qui est le chef de l’exécutif et derrière nous ne voyons aucune mesure, aucune sanction visant ces derniers, que faut-il faire pour changer cet état de fait ?

Voici toute la contradiction que l’on constate c'est-à-dire lui. Il se permet de critiquer les pratiques de ses administrateurs ; des ministres, des responsables d’administrations. Il met dans son entourage les plus grand démagogues et menteurs de la république. Vous avez vu qu’il y a des gens de par le passé  même pas un passé lointain mais un passé récent qui sont les véritables visages de l’échec de la Guinée. Et qu’il est parvenu à recycler autour de lui. Moi j’ai écouté Kassory Fofana. J’en a honte quand Kassory faisait un soi-disant tableau assez réussi, ce qu’il appelle bilan ou résultat d'Alpha Condé. Mais, il ne se rend pas compte qu’il s’adresse à une génération qui ne peut pas se laisser faire et se laisser avoir comme les années 90. Alors Kassory Fofana, vous prenez Malick Sankhon, vous prenez Bantama Sow, prenez toutes ces personnes qui n’ont que la démagogie dans les ailes et qui, en réalité, ne proposent absolument rien que de la haine et de gros mensonges politiques. La Guinée n’en pas besoin.

Je crois qu’Alpha Condé n’est plus crédible pour dire qu’un cadre est corrompu, incompétent, indigne de la fonction publique ou bien de l’appareil de l’Etat parce lui-même, il fait la promotion que de la médiocrité et de la démagogie. C’est ce qui est regrettable. Alors ces discours ne peuvent pas être crédibles encore c’est un mea-culpa, il en a fait plusieurs fois. J’en appelle aux acteurs politiques et ceux de la société civile parce qu’il ne s’agit pas aujourd’hui de défendre un camp par rapport à l'autre, quand il y a une situation de ce genre, non seulement c’est une honte pour la république mais aussi c’est un danger. Et si les Guinéens après plus d’un demi-siècle de dictature, de retard, d’échec de tout genre sont encore prêts à cautionner au nom d’une raison qui soit irrationnelle parce que personne ne gouverne au nom d’une communauté.

Les malinkés ne peuvent pas être le bilan comptable ou négatif d’Alpha Condé parce qu’il ne gouverne pas au nom d’une communauté. Seul lui et le clan qui est au tour de lui sont responsable de ce qui nous arrive. Donc il faudrait que les gens prennent conscience de cela et qu’ils réagissent. Et lui, dans un discours ou il stigmatise des cadres corrompus, il a recyclé tous ceux qui on fait du mal à la Guinée. Et tous ceux qui sont responsables de l’échec de la Guinée autour de lui.  

Aujourd’hui quand on voit la jeunesse guinéenne, elle semble être divisée. Il y a ceux accusés de proférer des injures à l’endroit du président Alpha Condé pour réclamer des tablettes au palais et cette autre organisation estudiantine au palais partie présenter des excuses au Chef de l’Etat. De l’autre coté, des jeunes qui se battent entre mouvance et opposition. Quand vous allez dans les manifestations qui sont pour la plupart des jeunes, et d’autres qui sont des contres manifestants, dans un tel contexte, une telle situation que faut-il faire ?

Vous savez c’est dans l’ordre naturel des choses. Il faut savoir aussi que notre démocratie est embryonnaire. Donc quand les gens s’investissent dans le débat dans un premier temps, tout le monde ne peut pas parler le même langage. Il faut encourager la contradiction.  Ça doit se faire sous une forme assez civilisée avec beaucoup de tolérance parce qu'au-delà de tout, les approches des uns et des autres convergent vers les intérêts de la Guinée. On suppose à priori chacun a pour objectif d’aider son pays en fonction de ses capacités et de ses moyens.

Maintenant vous avez vu ce qui s’est passé de façon spontanée avec cette histoire de tablettes. Une délégation que le président reçoit qui dit qu’elle est représentative des associations estudiantines, ce qui est foncièrement faut parce qu’autour de lui à chaque fois, il y a des montages. Je crois qu’encore qu’il y a une délégation qui s’apprête pour venir de Boké soit disant pour s’excuser par rapport aux événements de Boké auprès du président de la république pour dire que c’est une incompréhension. Alors, je crois que ce sont les mêmes pratiques qu’on dénonçait avant. Ça ne peut en rien être des associations des étudiants.

Personne n’a besoin de s’excuser auprès du président de la république parce que s’il y a quelqu’un qui offense les Guinéens, c’est lui. Alpha Condé a des termes qui n’honorent pas sa fonction. Il a, presque, institutionnalisé l’ethnocentrisme en Guinée en disant que tel poste doit revenir à telle région. Il l’a dit ici devant tout le monde. Il a attribué ici des rôles et des fonctions à des régions, ce qui est condamnable au regard de la loi et au regard de l’éthique. Alors si celui-ci qui dit avoir fait son combat politique pendant des années qui est issu de la diaspora guinéenne qui est censé comprendre comment le monde fonctionne, c’est celui-ci qui nous ramène ci-bas avec des discours creux et insensés et démagogiques, donc c’est regrettable. Ces associations qui  défilent au palais Sékhoutouréya pratiquement ça n’a pas de sens. Les Guinéens ont vu ça, ils n’en n’ont plus besoin ils ne sont plus intéressés et ça ne peut tromper personne.

Les parlementaires de la CEDAO du Tchiad et de la Mauritanie ont tenu une rencontre au cours de laquelle, ils ont recommandé que, désormais, les Etats diminuent trois enfants par femmes. Comment vous réagissez, parce qu’ils voient le coté économique, la croissance économique notamment sur les dividendes démographiques. Quelle est votre réaction ?

Ils ont plutôt suivi le discours d’Emmanuel Macron, peut être qu’ils étaient tous frustrés quand Macron  pense qu’une femme en Afrique qui aurait fait 7, 8, 9 enfants si vous voulez investir vous n’allez absolument rien sauver. Moi je ne suis pas d’accord avec ce genre de discours. Pour moi,  le potentiel démographique africain est plutôt un avantage. Vous savez ça ne s’explique pas comme ça, vous avez vu les pays asiatiques. L’Inde, la Chine,  c’est vrai que dans ce pays, il y a des grandes poches de pauvreté parce que la Chine au-delà des grandes villes, en fin la Chine rurale, elle est très différente de la chine urbaine. Il y a encore de la pauvreté mais la dynamique est en cours. Mais en Afrique, je dirais qu'au total c’est 1,1milliards d’habitants. Je crois que nous aux environs 54 Etats, je pense avec le Soudan du sud,  nous avons de potentiel mais nous n’avons même pas la population de la Chine toute l’Afrique confondue.

Je crois que si nous faisons le préalable notamment la réussite de l’intégration politique et économique et que des dirigeants africains puissent avoir des agendas assez responsables et efficaces en matière de développement, je crois que ce problème démographique ne peut pas se poser. C’est juste une diversion, une suggestion. La CEDEAO  a de quoi s’occuper dans cet espace là. Nous sommes tous de citoyens de la CEDEAO mais la liberté de circulation des personnes et des biens pose encore problème.  Je crois que le fait simplement de respecter les textes et avoir une certaine convergence de vues sur les politiques des Etats, ça peut encore aider mais je vois mal un homme comme Macky Sall discuterait par exemple avec Alpha Condé sur des questions essentielles quand le Sénégal passe à l’énergie solaire. Nous nous sommes encore en train de trainer avec des projets illusoires.

Je crois qu’il faut savoir faire converger les idées et réussir l’intégration. C’est le seul paramètre par lequel toute  l’Afrique peut se développer. C’est en réussissant l’intégration économique et politique. Je terminerai par dire cette question là, il y a des potentiels, mais il y a des faiblesses parce que toute l’Afrique ne pèse pas plus de 3% du commerce mondial.  Ça veut dire que nous participations suffisamment au dynamisme économique international étant donné qu’il y a des potentiels. Il y a beaucoup de personnes qui sont prêtes à investir en Afrique mais quelques Etats quand même se démarquent du lot. Vous avez vu le Rwanda, comment  ce pays là est parvenu à  sortir d’une situation de génocide qui lui a valu 800 mille morts en trois mois et qui est devenu aujourd’hui l’un des pays les plus importants du continent, la troisième économie la plus compétitive de l’Afrique.

Kigali, c’est la capitale la plus propre, c’est le leadership d’un homme. Le Ghana, c’est Rawlings qui a remis le pays sur orbite. Ça veut dire quand on n’a de la volonté, de la vision et puis des compétences, on peut bien réussir.

Il y a l’opposition républicain dirigée par Cellou Dalein Diallo qui a appelé à manifester le 02 aout 2017. Dans un tel contexte, est-ce qu’on ne s’achemine pas vers des situations beaucoup plus compliquées et difficiles pour le pays ?

Elles sont d’abord difficiles, depuis l’arrivée d’Alpha Condé. Nous ne sommes allés que de crise en crise et apparemment il se vente toujours de celui qui drible les opposants, celui qui les met en difficulté. Il n’y a aucun mérite à tromper les gens, il n’y a aucun mérite à ne pas être honnête avec les gens, il n’y a aucun mérite à duper les gens. La politique ne se définit plus comme étant l’art de mentir  ni l’art de tromper. La politique, c’es l’art de faire des résultats pour satisfaire les conditions de vie des gens, si vous ne savez pas le faire, je pense que votre place n’est pas en politique à plus forte raison gouverner un pays.

Il faudrait que l’on ait de la hauteur et que qu’on fasse des choses qui correspondent au contexte actuel. Quelque fois, je me dis que vivement le changement générationnel parce qu’à un moment donné aussi, il y a l’âge avancé qui peut vous amener à être  en décalage avec les réalités de vos compatriotes et surtout les aspirations des jeunes. Alpha Condé n’a plus rien à proposer aux Guinéens, il a montré ses limites, il a montré ce qu’il est capable de faire, ça se limite à ça. Je crois que c’est assez regrettable pour quelqu’un qui dit avoir combattu pendant toute sa vie pour la démocratie et pour le développement des Etats. Le résultat là ne correspond pas à sa prétention.

 Ce que je dirais, la crise à la quelle nous sommes, nous pensons qu’il y a une nécessité de recommencer les manifestations, il y a une urgence à le faire, il y a une opportunité à le faire. Pourquoi ? Parce qu’on a eu des accords politiques, d’abord le fait d’avoir les accords politiques ne garantit pas la crédibilité du pays parce que ça montre que nous ne respectons pas la disposition légale. Tout ce que vous avez les accords politiques en principe sont prévus dans les textes de loi. Et le garant du respect de la loi et la stabilité des institutions, c’est le président de la république. Ça veut dire qu’il n’a pas respecté son serment parce qu’il n’a pas joué ces rôles jusque-là.

Alors, on préfère concocter quelque chose parallèlement, on appelle ça accord politique même ça il n’y a aucun respect. Vous avez des ministres de la république qui ont signé des accords, ils se sont engagés, qu’ils sont capables de les nier en public comme si ça ne portait pas leur signature. Nous sommes au cinquième dialogue politique. Donc ça ne fait pas honneur à quelqu’un qui n’a fait que 7 ans de gestion du pouvoir. Et au-delà de ça, il n’y a que les manifestations politiques qui ont permis de faire bouger légèrement les lignes mais vouloir renoncer à ces manifestations de rues, c’est renoncer définitivement à la lutte de velléité dictatoriale dans notre pays. Il y a des raisons de se manifester donc les uns et les autres doivent se mobiliser. Ce n’est pas une question de dire que c’est tel parti politique ou c’est le chef de file de l’opposition ou c’est le leader d’un parti politique. Le problème n’est pas personnel, le problème n’est pas aussi d’une étiquète peut être d’un parti. C’est un enjeu pour sauver une nation, pour sauver une république.

C’est vrai que la Guinée va droit au mur, c’est évident que les problèmes sont entiers, tous les Guinéens sont unanimes que la pauvreté, le manque de perspective, sont leur dénominateur commun. C'est pourquoi, ce sont tous les Guinéens qui doivent se lever comme un seul homme parce que nous sommes pris en otage par un clan qui apparemment ne défend que ses intérêts.

Depuis 2012, nous sommes dans ce cycle-là: manifester, dialoguer. On a vu les résultats des manifestations précédentes. Maintenant, on manifeste pour obtenir quoi ?

Ecoutez !  La situation politique est dans un blocage. C'est évident qu’on n’a pas de visibilité sur le calendrier électoral. Les élections dont on parle, on aurait dû les avoir très longtemps.  On a proposé combien de dates. Elles ne se tiennent pas. Actuellement, ce n’est plus sur le plan institutionnel ni au niveau du comité de suivi. Tout ce qu’on estime être des avancées en réalité si vous les évaluez sur le terrain, vous vous rendez compte qu’il n’y a absolument rien. Les manifestations servent sur le plan de la légalité. Pourquoi, on n’a pas fait des manifestations politiques une forme d’expression par rapport à un ressentiment? C’est parce que le pouvoir, c’est une façon de mettre la pression sur le pouvoir pour que celui-ci puisse comprendre qu’il y a des Guinéens qui ne sont pas d’accord . Le cadre de discussions qui est l’assemblée nationale n’est plus un cadre idéal parce qu’il n’y a plus de débats là-bas. Et les Guinéens, heureusement, qui sont autorisés à s’exprimer dans la rue, s’expriment pacifiquement et l’Etat a l’obligation d’encadrer ces manifestations de rue.

Donc on manifeste justement pour obtenir un déblocage de la situation. Il faudrait que celui que est à la base du blocage, le président de la république, président du RPG de façon anti-constitutionnelle et que celui-ci puisse comprendre normalement qu’il doit être au-dessus de la mêlée. Aujourd’hui, il n’a plus la crédibilité pour être au-dessus de la mêlée parce qu’il est à la fois dans le débat parce que ce son parti qui gère le pays. Et il est à la tête de son parti, à priori, c’est lui qui prend toutes les initiatives. Alpha Condé est au cœur de tous les blocages politiques dans lesquels nos compatriotes sont.. Il est la source du mal, il est la source du problème. C’est évident, il doit y venir et il faut exercer un rapport de force évident pour que les lignes bougent.

Aujourd’hui, il y a à la CENI deux présidents pour le même fauteuil. Cette institution n'est-elle pas un autre problème même si les opposants accusent la mouvance d’entretenir ces crises ?

La CENI a toujours été plus qu’un problème. La CENI nous fait honte. Nous avons vu la CENI qui a été dirigée par un étranger. Je n'ai rien contre les Maliens mais encore ce sont des questions de souveraineté. Mais après ça, on pensait que celui qui est sorti du scrutin vainqueur en 2012 allait s’occuper spécifiquement de l’organe de gestion et de supervision des élections. La CENI a été une institution plus pourrie qu’elle ne l’était avant. Des solutions à la CENI existent, nous avons proposé tous les schémas possibles ; au sein du Bloc Libéral. Nous avons mis sur la table, nous avons mis à contribution tout le monde, tous les acteurs de la société civile pour qu’on ait un modèle de CENI mais la CENI, elle est mise en place par une loi, la loi L016. Seule l'assemblée nationale est habilitée à discuter de cette question et faire avancer les lignes parce qu’elle incarne le pouvoir législatif.

La question de la CENI devait y être discutée depuis très longtemps. Toutes les sessions qui se sont passées ici ont prévu que la question de la CENI se discute, vous avez vu que par le fait de la majorité simple la mouvance présidentielle refuse. Vous avez même vu Damaro (président du groupe parlementaire du rpg-arc-en-ciel, ndlr) qui devait en avoir honte se venter de dire que toute proposition qui viendrait de l’opposition dans le cadre de la CENI, il lui réservera un enterrement de première classe, alors que ça devait le gêner mais lui il s’en glorifie. Cela montre combien de fois on ne prend pas la véritable dimension des problèmes auxquels nous compatriotes sont confrontés.

Aujourd’hui, la plupart des crises en Afrique sont des crises de nature électorale. Si on veut en anticiper  pour ne pas qu’on en arrive là ; on aurait eu un organe de gestion et de supervision des élections assez qualifiées. Ce n’est pas un problème d’hommes mais le fait de dire en 2012, Loucény Camara est parti soit disant une démission mais tout aussi a été organisé. La récompense c’est quoi ? Il est devenu ministre de la République. Bakary Fofana, c’est tout un maquillage, c’est un montage. Il a fini sa partition, on organise son départ, il est promis peut être ambassadeur, ou ministre de la république. Alpha Condé ne sait récompenser que ceux qui ont toujours mal travaillé. Alors maintenant, c’est Kébé qui arrive. Tous les commissaires de la CENI confondus, ils sont tous les mêmes. Voyez comme la CENI absorbe les fonds publics alors que jusqu’à présent, on n'a pas une loi qui réglemente comment est-ce que la CENI dépense l’argent public de tel sorte la CENI ne peut même plus rassurer les partenaires techniques et financiers par rapport à l’accompagnement du processus électoral. Tout le monde s’est retiré du processus parce qu’il n'y a pas de visibilité. On ne demande que des fonds mais en réalité qu’est-ce qu’on en fait. A chaque fois, la CENI vous dit qu’elle est prête pour organiser une élection, nous avons une catastrophe. En 2015, l’année à laquelle nous avons participé à notre première élection, j’en sais quelque chose pour avoir été un directeur de compagne d’un candidat. La CENI n’avait même pas les 35% d’enveloppes disponibles pour couvrir  pour les bureaux sur l’ensemble du territoire national.

Regardez les commissaires de la CENI. Comment est-ce que leur train de vie a changé. Ils sont tous devenus comme des pachydermes. Ce sont des gens qui engloutissent des moyens de l’Etat, en contre partie en terme d’efficacité, il n’y a absolument rien. Pourquoi le contribuable guinéen va-t-il continuer à graisser des gens qui n’apportent absolument rien ? Les Guinéens doivent raisonner de façon républicaine. On ne doit pas continuer à dire que c’est tel bord politique, c’est telle communauté ethnique. Si un responsable administratif coûte de l’argent au contribuable, il faudrait que les gens soient proactifs pour savoir l’évaluer. Quand vous n’êtes pas efficace, je n’ai aucune raison de vous payer parce que simplement c’est du gaspillage. Prenez les commissaires, voyez comment ils travaillent ? Est-ce qu’on a besoin de payer ces gens-là ou de les entretenir dès qu’on parle de problème. Pour noyer le poisson, on dit automatiquement c’est telle ethnie qui ne veut pas, c’est tel commissaire de la mouvance, c’est tel commissaire de l’opposition. Moi, je suis animé d’un esprit républicain. C'est  l’intérêt de la république qui m’intéresse. Ce ne sont pas des intérêts partisans.

Avec les problèmes de la Guinée, est-ce qu’on peut aujourd'hui se passer de cette CENI ?

Nécessairement! Avec cette CENI on ira nulle part, ce n’est pas un  problème de personnes comme je le dis, c’est un problème de modèle. Il faut réinventer le modèle, on a eu plusieurs opportunités. Prenez le rapport de la mission d’observation électorale de l’Union Européenne à l’issue du scrutin de 2015 ou vous prenez un autre rapport à l’issue du scrutin de 2013. Il y a assez de recommandations et  ces recommandations pourquoi on en prend pas compte ?  Tandis qu’au niveau local aussi, il y a eu tous les partis politiques, il y a eu beaucoup de partis politiques qui ont proposé de schémas y compris le Bloc Libéra. Pourquoi ne va-t-on pas s’assoir de façon responsable sans dire que c’est l’agenda de tel, on veut déloger tel, on veut enlever tel commissaire? Dès que  vous parlez,  on dit l’opposition est représentée. Ce n’est pas parce que l’opposition est représentée que c’est bon pour autant.

Quelle CENI pour la Guinée ?

Ecoutez ! Ce qu’on peut faire, c’est d’ouvrir un débat et en discuter. Je n’aurai pas la prétention de vous dire voici le modèle parfait. Mais en ce qui me concerne, le parti dans lequel je suis a déjà un modèle sur la table si vous voulez qu’on en discute c’est assez détaillé. Je peux vous dire que notre idée, c’était de créer un schéma d’une administration électorale, c'est-à-dire qu’une administration travaille en permanence, qu’on n'est pas un modèle de CENI de quelques personnes qui peuvent se partager des muettes en toute sur constance. Que la question du fichier électoral par exemple ne soit traitée que sous l’angle politique parce que chez nous, on en a tellement politisé que c'est devenu un débat stérile étant donné que c’est évident que vous n’avez pas besoin d’être militant ou sympathisant d’un parti politique pour figurer dans un fichier électoral. Donc, c’est une question citoyenne à la base. Les acteurs de la société civile ont pris beaucoup de recul par rapport à la question du fichier électoral.

C’est d’abord un combat de la société civile. Malheureusement, elle ne prend pas suffisamment conscience que ce sont les citoyens qu’elle représente mieux que les partis politiques parce que les partis politiques défendent des intérêts catégoriels, c’est classique, c’est universel mais la société civile doit sur la question du fichier électoral savoir qu’un citoyen en âge de voter qui ne soit pas dans le fichier électoral, c’est une défaite de la société civile. D’abord parce que tous ces citoyens doivent disposer d’une carte d’électeur et doivent pouvoir voter parce que le droit de vote est constitutionnel pour celui qui a l’âge de la majorité en Guinée.

L'Indépendant

 

 

 

Don't have an account yet? Register Now!

Sign in to your account