Cellou Dalein sur France24: " Un 3e mandant pour Alpha Condé ne sera plus un problème de l'opposition mais..."

Politique

Dans un entretien accordé à France 24, le leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée -UFDG- est revenu sur le manque de volonté des autorités guinéennes d'organiser les élections locales. Cellou Dalein Diallo accuse Alpha Condé d'avoir placé des militants "zélés" de son parti pour frauder les élections.  Interrogé sur un possible troisième mandat pour le Chef de l'Etat guinéen et président de l'Union Africaine, le chef de file de l'opposition a estimé que c'est le peuple qui va le lui refuser. Lisez l'entretien.

Un mois sur les élections locales. Elles devaient avoir lieu en février. Elles ont été reportées. On est aujourd'hui, le 31 mai. Toujours, rien n'est passé. Ce sont des élections qui sont pourtant très importantes. Quand pensez-vous qu'elles vont être mises en place?

L'organisation des élections locales a toujours été une revendication de l'opposition. Je rappelle que le mandant des élus locaux est déchu depuis décembre 2010. M. Alpha Condé n'a pas voulu les organiser il a voulu remplacer les chefs quartiers, les présidents des districts par des militants zélés de son parti depuis 2011.

Et les gens-là constituaient des auxiliaires précieux pour l'organisation de la fraude lors des élections nationales. Nous ne voulions pas aller aux élections législatives de 2014 avant de faire les élections locales. Malheureusement, il n'a pas voulu. On a signé des engagements.

On a accepté d'aller aux législatives moyennant un engagement ferme des autorités d'organiser ces élections locales  avant le 31 mars 2014. Cela n'a pas été fait.

En juillet 2014, on se retrouve, on constate que ce n'est pas fait. Un nouvel engagement est pris pour septembre 2014. Ce n'est pas fait.

Et puis en 2015, on ne voulait pas aller aux élections présidentielles avec ces auxiliaires de la fraude du RPG (parti au pouvoir, ndlr). On a revendiqué, on a suspendu notre participation à l'assemblée. On a exigé l'organisation des élections locales.

Il (Alpha Condé, ndlr) a catégoriquement refusé. On était obligé de nous indigner et d'aller aux élections présidentielles de 2015 avec un engagement moyennant de les organiser avant le 30 juin 2016. Ce n'est pas fait.

Au mois de janvier 2017, ce n'est pas fait. M. Alpha Condé ne veut pas démanteler son dispositif de la fraude. Les élus locaux qui sont nommés font actuellement partie de ce dispositif

Vous parlez de la présidentielle. Il y aura en 2020 une présidentielle en Guinée. Pour l'instant, Alpha Condé laisse planer le doute pour un possible 3e mandat. Si jamais, il se présentait pour une 3e fois, il serait obligé de changer la constitution. Dans ce cas là, que feriez-vous? On imagine que vous êtes anxieux.

Je pense que ce ne sera plus un problème de l'opposition mais un problème du peuple de Guinée. Nous avons inscrit la limitation de mandats dans la constitution de la République. Il (Alpha Condé, ndlr) a juré sur cette constitution de la respecter et de la faire respecter.

Le peuple de Guinée n'acceptera pas le tripatouillage de cette constitution. En tout cas, la modification des dispositions relatives à la durée et au nombre de mandats d'une élection présidentielle

Vous êtes à Paris depuis une dizaine de jours. Qu'attendez-vous d'Emmanuel Macron qui vient d'être élu pour la Guinée?

Vous savez, l'Europe s'est dotée d'un instrument de coopération avec les pays ACP, bénéficiaires de l'aide européenne. C'est l'accord de Cotonou. Cet accord a eu la sagesse de contextualiser le respect des pays ACP bénéficiaires de l'aide européenne d'un certain nombre de valeurs: les principes et les règles d'un Etat de droit, de la démocratie, et de la protection des droits humains.

Il faut que l'Europe se serve de cet instrument et fasse pression sur les gouvernement africains bénéficiaires de l'aide européenne à respecter ces valeurs partagées. C'est un engagement pris.

L'Europe a prévu même se donner le droit d'interpeler  les pays ACP (Afrique - Caraïbes - Pacifique) qui violeraient ces valeurs: des actions prévues allant de l'ouverture du dialogue jusqu'à la suspension de la coopération financière. Nous souhaitons que la France qui est un des moteurs  européens fait usage de cet instrument pour favoriser la promotion de la démocratie, de l'Etat de droit et de la protection des droits humains.

Un mot très rapidement, vous venez de rencontrer Abdoulaye Wade, ancien président sénégalais à Versailles. Qu'est-ce qui est ressorti de cette rencontre?

Je suis venu rendre visite à un père. Je l'ai connu lorsque j'étais Premier ministre. On a eu des bonnes relations. Je dois dire qu'il m'a fait bénéficier de ses conseils. Il m'a accompagné dans mon combat politique. C'est tout à fait normal quand je suis à Paris que je vienne lui rendre visite. Une visite plutôt familiale.

Propos transcrits par Amadou Kendessa Diallo

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