" Si la CENI organise mal les élections, c’est le feu aux poudres", dixit le chargé de Communication à la Ceni

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Charles André Soumah, le directeur adjoint du département de la communication de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) sort de son silence. Dans cet entretien accordé à notre rédaction, il revient sur la genèse de la crise au sein de la Ceni. M. Soumah explique également la possibilité d'organiser les élections locales si les préalables sont remplis. Lisez l'entretien!

Depuis quelques mois la CENI traverse une crise. Qu’est-ce qu’est à l’origine de cette crise? où est-ce qu’on en est aujourd’hui ?

Je voudrais vous dire avant d’entrer dans le vif du sujet, moi personnellement en tant que membre de la CENI, commissaire et directeur adjoint de la Communication, j’étais le premier à avoir constaté ses disfonctionnements. J’avais fait une première pétition mais mes collègues m’ont temporisé. Et le mois de mars 2016, j’ai encore refait la même chose mais finalement comme ça bouillonnait, à l’intérieur de la CINI et à l’extérieur parce qu’on était traité de tout le nom d’oiseau, on s’est retrouvé, on n’a dit vraiment qu’il faudrait soigner le mal qui est au niveau de la CENI.

C’est comme ça que j’ai observé l’esprit de rétention. Aujourd’hui, c’est un autre commissaire ou quelques commissaires qui ont fait le même constat. Nous voulons bien que ça marche à la CENI, parce que la CENI est une institution sensible. Elle n’est pas comme les autres institutions. Si la CENI organise mal les élections, c’est véritablement le feu qu’on met à la poudre.

En termes clairs, quels sont les problèmes qui assaillent la CENI aujourd’hui ?

C’est un problème de gouvernance interne à la CENI. Cette mal gouvernance, c’est au niveau du président de la CENI (Bakary Fofana, ndlr). Quand une seule personne manipule une institution à sa guise, cela laisse vraiment à désirer. Mais ce n’est pas le seul. Il y a les membres du bureau exécutif. Donc si le bureau exécutif se met à sa dévotion, je pense ce sera le pire qu’on ne souhaite pas du tout.

Vous avez tenu ce mardi 2 mai 2017 une plénière pour laver les linges sales en famille et puis examiner cette pétition qui avait été rédigée. A quoi cela a-t-il abouti?

Pratiquement, il y a quelques commissaires qui n’étaient pas informés. D’autres étaient en voyage ou empêchés. Donc, ils n’ont pas reçu ce document de pétition. On a demandé à ce que ceux-là qui n’étaient pas présents à l’avant-dernière plénière puissent s’approprier de cette pétition, l’examiner et qu’on puisse repousser la prochaine plénière à jeudi. Nous allons revoir les questions  soulevées dans cette pétition. Si l'assemblée décide parce que c’est l'assemblée plénière qui décide à ce qu’on puisse faire recours à l’article 17, il s’agira soit de remplacer partiellement ou totalement le bureau  exécutif.

Quelles sont les questions qui sont soulevées dans cette pétition ?

Vous savez, on initie une rencontre à Kindia. C’était un atelier de capitalisation parce qu'après avoir organisé les élections, il faut qu’il fasse un atelier pour voir ce qui a marché ou ce qui n’a pas marché. Lorsqu’on s’est retrouvé à Kindia, on a d’abord envisagé de se retrouver nous les 25 commissaires, discuter de ce qui ne va pas dans la gestion et des ressources humaines et de ressources financières. Tous les commissaires ont exprimé leurs mécontentements par rapport à la gouvernance de la CENI  par M. Bakary Fofana.

Vous vous souvenez, il y avait un vice-président, Ibrahima Kalil Keita qui avait souvent protesté contre la méthode de gestion de M. Bakary. Tout le monde a parlé, quand les commissaires ont fini de parler, on lui a demandé de donner son avis. Il a dit qu’il ne se reproche de rien. Là, nous, on était complètement scandalisé. Quand le premier chef d’une institution dit qu’il ne se reproche de rien avec tout ce qu’on a eu à soulever comme anomalies.

Nous voudrions que vous nous expliquiez les reproches  que vous faites à Bakary Fofana  parce qu'en même temps,  il fait des reproches au pouvoir, en disant qu’il n’a pas les moyens de sa politique. Il y en a qui disent que c’est parce que les salaires ont retardé à la CENI que ça crie. Lui aussi, il fait prévaloir une chose. Il a fait un projet de budget qu’il n’a pas obtenu donc il ne peut rien faire.                       

Bien avant cette affaire de budget électoral, je pense bien qu’il y avait beaucoup de citoyens et beaucoup d’acteurs politiques ou bien des acteurs du processus électoral qui avaient crié sur tous les toits que la CENI ça ne fonctionnait pas bien. Je ne sais pas si vous vous souvenez de cela ?

Mais à l’époque, on n’était pas monté au créneau. Pourquoi c’est maintenant ?

Le moment n’était pas venu. Maintenant que le moment est venu, on vient greffer cette affaire de budget électoral. Attention ! Il y a le problème de budget électoral. Il y a également les questions de gestion des fonds alloués à la CENI.

Y a-t-il eu détournement de fonds ? Qu’est ce qui s’est passé ?

Je ne peux pas vous le dire parce que je ne suis pas associé. Ça, c’est l’un des disfonctionnements. Je ne suis pas associé à cette gestion financière de la CENI. Bakary Fofana est l’ordonnateur, il y a un staff, il y a un trésorier, un membre du bureau. Quand on demande au trésorier, il dit, je suis un trésorier sans trésor. Alors moi en tant que gestionnaire du département communication, si on ne me donne pas l’information dans le domaine financier, qu’est –ce que je peux vous dire ?

Moi je pense que la mal gouvernance, c’est au niveau des ressources humaines. Imaginez-vous qu’il y a une disparité entre les traitements de salaires des assistants techniques. Tu peux voir un chef de servie qui, dont le salaire avoisine deux millions, tu peux voir un chef de servie dont le salaire avoisine 8 millions ou  7 millions de francs guinéens.

Pourquoi ça?  

Non ! Ils peuvent avoir les mêmes diplômes mais ne pas peut être avoir les mêmes expériences. Moi, je fais le constat. Je suis de toute façon avant d’être le commissaire, journaliste d’investigation. Donc, j’ai constaté pendant cinq ans, pendant cinq ans j’observais le fonctionnement de cette CENI. Et je suivais à la loupe les méthodes de gestion du président et des membres du bureau exécutif.

Ce que je vous dis, en âme et conscience, je ne peux dire que la vérité. Il y a un disfonctionnement dans le traitement salarial. Il y a un disfonctionnement dans les choix des commissaires pour des missions à l’extérieur. Souvent, on retrouve les mêmes commissaires. Mais comme nous,  on n’est pas prêt à cirer les bottes d’un chef d’une institution, nous nous travaillons d’une façon légale.

Si vous vous souvenez, notre arrivée à la CENI, j’ai été la première personne à être étiquetée par mon président d’alors. M. Fodé Mohamed Soumah parce qu’une fois un commissaire prête un serment, il doit carrément  couper le cordon ombilical avec sa structure d’origine. Donc, c’est que moi j’ai fait, pratiquement, je suis à la CENI. Je suis sous l’autorité de loi. Tout que je vous dirai vous pouvez vérifier. J’ai dit tout à l’heure, il y a une disparité dans le traitement des assistances techniques même dans les choix pour des formations, au niveau des commissaires,  ce sont les mêmes commissaires qui effectuent les voyages à l’extérieur. Tout ne se décide pas en plénière.

Pourquoi vous n’avez pas posé ces questions à Bakary Fofana?

Je vais vous dire ceci monsieur. Moi, personnellement y compris certains commissaires, on a posé ces problèmes à M. Bakary. Il nous a répondu que c’est dans ça discrétion. Voilà! Que peut-on faire de plus ? Moi j’ai pensé que c’est l’assemblée plénière qui doit déterminer le traitement de tout un chacun, et de ces conseillers et des ces assistances techniques qui travaillent avec nous. C’est le personnel d’appui. Ça été plusieurs fois posé. Le président n’a jamais pris de bonne oreille.                         

Expliquez-nous un peu la Loi 06?

Pour répondre à cette question, moi je dirai que, je n’ai jamais vu de ma vie qu’un président d’une institution  fasse un mutisme total  face aux informations surtout il est à la tête d’une information, c’est pour donner l’information la bonne aux acteurs du processus. Ce que vous dites, j’ai été ou j’ai été l’un des premiers à venir voir le président. J’ai dit M. le président essayez de communiquer. On dit souvent que la CENI ne communique pas. On ne s’intéresse pas au département de la Communication. Mais les acteurs du processus veulent votre communication à vous parce que ça peut donner du poids.  C’est ainsi, j’ai encore œuvré pour qu’on mette une porte-parole de la CENI, comme il ne veut pas communiquer. Nous avons trouvé une autre solution, c’est de mettre un porte-parole de la CENI.        

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez savamment orchestré cette crise pour freiner la tenue des élections locales ?

Vous savez la CENI,  elle était prête depuis décembre 2016. Vous avez eu l’information. Donc ceux qui disent que c’est une crise savamment orchestrée ça n’engage qu’eux. Nous, nous ne sommes pas là pour retarder les élections. Vous connaissez déjà les acteurs du processus s’ils ne grincent pas le même violon cela se répercute sur la CENI. Vous connaissez les accords sur le point deux, il n'y a pas d’entente. Maintenant cette question, c’est au niveau de la cour constitutionnelle. Nous,  la CENI, nous sommes juste sous l’autorité de la loi. Le principe dit que l’OGE (de gestion des élections)  est là, nous sommes là pour organiser les élections.

Ça veut dire que si dans deux semaines, la cour constitutionnelle valide ce code électoral révisé, la CENI pourrait nous amener à des élections avant Juin 2017 ?

Vous savez, il y a des préalables. Nous sommes là dessus mais ces préalables là, il faut qu’il y ait des moyens financiers pour pouvoir le faire. Tout dépendra quand nous allons recevoir le budget. Je crois que nous allons aussi entamer les préparatifs de ces élections.

Est-ce qu'aujourd’hui on peut dire avec ces problèmes qui assaillent la CENI, les élections locales sont compromises ?

 Pas du tout !

En quoi selon vous, le président de la CENI constituerait-il le véritable problème de cette institution ?

Le président de la CENI, il a vraiment une expérience avérée mais c’est un problème de management. C'est-à-dire, il faut savoir bien gérer les commissaires que ce soit en ressources humaines ou  en ressources financières.

Synthèse d’Alpha Amadou Diallo                   

 

 

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