"Pour une justice cohérente, on ne peut laisser libres les inculpés", dixit Aliou Barry, activiste des droits de l'homme

Inteview

Mamadou Aliou Barry est un activiste des droits de l'homme. Dans un entretien accordé à notre rédaction, il revient sur la sortie médiatique de Elhadj Sékhouna Soumah, à l'occasion de sa visite à la coordination mandingue.  Le président de l’Observatoire de la démocratie et de droit de l’homme (ONDH),  géo politologue et spécialiste des questions de défense et de sécurité en Afrique, a également évoqué la question Toumba Diakité. Interview

Comment analysez-vous cette sortie d’Elhadj Sékhouna, le Kountigui de la Basse Côte?

Cette sortie ne m’étonne pas connaissant un peu le pays. Il faut se promener pendant des années   en Guinée pour trouver une personne sage. C’est quand même extraordinaire, une personne qui se réclame d’une telle sagesse qui est d’un tel âge qui fait une telle sortie, moi ce qui me surprend, c’est le silence des organisations de droit de l’homme.  Je crois que ce monsieur  (Elhadj Sékhouna) a des problèmes soit des problèmes mentaux ou encore je ne sais pas en tout cas. Il a des soucis de santé. Je crois qu’il doit consulter un médecin. Parce que quelqu’un qui se réclame d’une telle sagesse de représenter une région toute entière, faire une sortie de telle sorte, je pense que vraiment, c’est quand même extraordinaire. C’est en Guinée seulement qu’on peut voir ça.

Est-ce qu’aussi, ce n’est la faute aux autorités? 

Mais dans un pays où le citoyen ne croit pas à la justice où vous avez beaucoup des faits divers ou les citoyens eux-mêmes se rendent justice. Quand un tel Monsieur sort et dit il faut que les gens se rendent justice, je présume un parti politique, c’est écrit dans la constitution, la liberté de manifester. Donc, s’il y a une manifestation, d’abord, il joue sur deux tableaux. D'abord, il pousse les citoyens guinéens à se rendre justice. Il nage et baigne dans l’ethnocentrisme. c'est-à-dire, il considère que Conakry, c’est une ville de la Basse Guinée.

Je pense que,  jusqu’à la preuve  de contraire et on m’a toujours appris à l’école que, Conakry, c’est la capitale de la Guinée et la Guinée, c’est un pays ce n’est pas la Basse Guinée. Donc Elhadj Sékhouna, à mon avis, doit être, je ne sais pas. Je ne peux pas expliquer autrement cette sortie.

Quelle doit être la réaction des autorités par rapport à cette sortie ?

Alors, le ministre de la Justice doit monter au créneau pour rappeler à l’ordre. C’est un citoyen avant tout qu’il soit Kountigui ou je ne sais pas quoi ? Parce que dans ce pays, chacun est roi dans son fief. Le problème de la Guinée, c’est que tout est politique. C'est-à-dire chacun se lève le matin et se considère un acteur ou un leader politique. On a mélangé la sagesse, la tradition, la représentation régionale à la politique.

Depuis que suis en Guinée,  Elhadj Sékhouna navigue vers le courant politique au grès du vent. C'est-à-dire, il y a quelqu’un tant, il était pro Conté, il était un des fervents défenseurs du PUP. Il est parti à l’UFDG, il est venu au RPG. A mon avis, j’ai pitié même pour ses enfants ou ses petits enfants qui vont regarder ce Monsieur dans ses agissements. Je vois mal quel est le message de sagesse ou de l’éducation qu’il transmet à ses enfants.

Ce Monsieur devait rester au niveau ou l’aîné de la coordination de son village s’occuper les problèmes de son village au lieu de surgir comme ça dans l’arène politique avec une sortie catastrophique dans un pays fragile. Il devait participer à la cohésion sociale au lieu de s’embarquer dans des sorties qui vont plutôt fragiliser encore plus le tissu social.

Certains pensent qu’il est temps de voir comment ces coordinations fonctionnent, comment elles s’organisent pour éviter le malheur à la Guinée. Est-ce c'est votre avis?

Là, vous soulevez un problème, celui de l’organisation de l’administration guinéenne et celui de l’organisation de l’Etat. Exemple,  C’est comme exactement la ligue Islamique normalement on devait la supprimer. Dans la constitution guinéenne, c’est marqué,  c’est un Etat laïc. Donc, ces coordinations devaient être dans un rôle social, dans un rôle uniquement de préservation de tradition, de préservation de la cohésion sociale dans leurs zones respectives. Mais aujourd’hui, les coordinations jouent un rôle politique imminent  plus que même les partis politiques. Donc, il y a un mélange de genre mais tout ça là, c’est la faute de l’Etat qui n’a pas fixé les règles de création.

Aujourd’hui si vous allez au ministère de l’Administration et du Territoire, le nombre de coordinations, le nombre d’association régionales, le nombre d’association villageoises. Et toutes ces associations font de la politique. On n’a pas balisé réellement le rôle de ces coordinations. Une coordination n’a pas à vocation à parler de politique. Elle est là pour là promouvoir de la culture, la tradition, les coutumes de la région respective, mais aujourd’hui malheureusement, elle est  dans un contexte d’ethnocentrisme de fragilisation du pays.

Je pense que le président de la République a aussi joué sur ce terrain là, quand il a dit il faut nommer un premier ministre Soussou. Quand il faut nommer des cadres, il faut aller demander ou il y a l’appui. Tout le monde sait aujourd’hui en Guinée, certains font des forcings quand il y a un remaniement et tout. Depuis Sékou Touré jusqu’à maintenant, on a donné un rôle à ces coordinations là qu’elles ne devaient pas avoir.

Un mot sur cette recrudescence d’insécurité surtout le grand banditisme à l’intérieur du pays, on n’a vu à Télémilé ces grands bandits qui ont attaqué une boutique avec des armes que certains qualifient de très, très lourdes ?

Quand j’entends ça, j’ai vraiment froid au dos, et puis j’ai mal au cœur, parce que c’est l’exemple même de l’échec de la reforme du secteur du sécurité. En Guinée, les gens ont peur de le dire. , Aujourd’hui, après 6 ans de cette reforme, on s’aperçoit que c’est un échec total. Et là, je suis tout à fait en accord avec le Président de la république quand il pose le problème à Paris sur les accords de coopérations, il faut laisser aux Africains ça. Je l’ai écrit dans mon livre en 1997 sur la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest. Malheureusement, il n’est pas en adéquation entre sa parole et ses actes.

Aujourd’hui cette reforme du secteur de sécurité a été porté par les Etats. Aujourd’hui, c’est un Canadien qui est à la présidence qui parle de reforme du secteur de sécurité qui ne connait pas grand chose sur les problèmes sécuritaires de la Guinée. On a aujourd’hui des gens comme le général Facinet Touré qui sont à l’origine de la création de l’armée guinéenne. On pouvait mettre une équipe au tour du général Facinet Touré qui connaît bien le secteur avec des officiers guinéens qui sont bien formés et réfléchir sur le problème de la sécurité en Guinée.

Mais qu’est ce qu’on a fait ? On a pris l’argent des Nations Unies, la RSS, elle n’a fonctionné nulle part en Afrique. Ça je mets n’importe qui au défi, de me dire dans quel pays d’Afrique une reforme du secteur de sécurité a fonctionné.

Et Pourquoi ça ne marche pas ?

Parce que c’est de schémas inventés à New-York ou à Washington et puis on vient les calquer dans ce pays  avec des experts étrangers qui ne connaissent rien. Le problème de la Guinée, c’est quoi ? C’est simple. La reforme doit poser une question très simple. Une armée pour quel format? Pour quelle finalité ? On a besoin de quel format de l’armée guinéenne et pour quelle finalité ? Ce qui se passe aujourd’hui à Télémilé, c’est l’exemple même de l’échec du système de sécurité en Guinée. Et on parle de politique de défense nationale. On envoie des experts pour réfléchir à la politique de défense nationale, mais le Président dit non, il faut que l’Afrique coupe le cordon ombilical.

Deuxième exemple, Tony Blair qui  était impliqué dans l’intervention de la Libye qui est venu s’expliquer devant le parlement anglais, ce Monsieur si la Justice Internationale fonctionnait il devait aller en prison. Mais qu’est-ce que ce Monsieur fait ? Il quitte le bureau du Premier ministre, il crée une ONG  fantôme qu’on appelle : African Gouvernance Initiative (AGI). Il vient proposer à la Guinée avec l’accord du Président des conseils sur la Gouvernance, mais quelle gouvernance il peut conseiller en Guinée ? Il y a des cadres valables dans ce pays. Donc si on dit, il faut couper le cordon ombilical, il faut commencer par les actes qu’on pose ici, je suis tout à fait d’accord avec le Président je l’ai écrit depuis longtemps qu’il faut réviser les accords de coopérations, qu’il faut supprimer les accords de défense avec l’ancienne puissance coloniale mais quand on regarde au tour de la présidence, sur le plan de la santé tout le monde voit l’arrivée de Bernard Kouchner à Conakry. Kouchner n’est pas Guinéen. C’est facile de dire, on coupe le cordon, mais encore faut il que lui-même, il mette en adéquation sa parole avec ses actes.

Les élections communales ?

Actuellement, je suis trop absent de la Guinée comme vous le constatez. Là, d’ailleurs je suis en mission en Guinée sur l’environnement et l’exploitation de la bauxite en même temps j’ai finalisé un ouvrage qui va sortir en cours d’année sur mon parcours personnel. C’est un livre qui sera dédié à la Jeunesse Africaine.

De l’extérieur, quand on voit le jeu politique en Guinée, les gens se marrent. Depuis 2010, on essaye d’organiser des élections en Guinée, alors un coup chez Way Mark, on n’est pas d’accord, un autre coup c’est le code électoral qui a disparu, c’est un jeu d’enfant où on ne se croirait pas franchement si ce n’était pas dans un pays comme la Guinée. On se dirait, c’est un film de science fiction.

Pour être plus sérieux, je pense que tous les acteurs politiques c'est-à-dire mouvance et opposition confondu, c’est ma lecture personnelle. Je pense qu’ils ne sont pas prêts pour les élections communales. Et je ne pense pas qu’il y aura des élections communales cette année en Guinée, pour des raisons très simples. Je m’explique : depuis en 2010, on part d’élection en élection. 2017, normalement les élections communales, si vous regardez le calendrier 2018 , les élections législatives. Il y a une des élections où des candidatures indépendantes sont autorisées ; c’est les élections communales. Imaginez aujourd’hui, la Guinée est traversée exactement comme ce qui se passe en France ou dans les autres pays. C’est le désenchantement,  c'est-à-dire le citoyen n’a plus confiance, c’est la perte de vitesse des partis classiques.

Aujourd’hui, en Guinée, quand vous discutez avec le citoyen, nombreux sont ceux qui disent qu’ils en ont marre de l’UFDG,  du RPG. Alors dans cette élection, il est autorisé des candidatures indépendantes. Imaginez un citoyen indépendant qui a de l’envergure, qui a de la poigne se présente à Ratoma qu’il gagne la Commune de Ratoma. Ça c’est ma lecture hein ! Ni le RPG ni l’UFDG ne sont favorables à des candidatures indépendantes quand vous les interrogez. Je ne dis pas publiquement ils vont vous le dire mais ils n’ont aucun intérêt d’ailleurs.

Pourquoi ?

Mais Imaginez si les indépendants propulsent à Ratoma ou à Matoto et que l’année prochaine, ils se présentent aux législatives et surtout en 2020. Et puis, c’est quelque chose de nouveau. Les gens disent il est indépendant, c’est quelqu’un de cohérent ainsi de suite. On assiste aujourd’hui comme tout ce qui se passe dans les autres pays. C’est la mort des partis classiques, là les gens sont fatigués.

Le deuxième point ; c’est de problèmes de ressources financières, est ce que la Guinée va passer son temps à organiser des communales. Donc cette année on ne fera rien. (Ndlr) On va passer jusqu’en 2018, vous êtes à 2 ans de la présidentielle et si vous rajoutez à cela le président de la république qui est un politicien très fin. Il a mis sur la table quelque chose qui préoccupe toute la population guinéenne et personne ne s’intéresse sur l’histoire du troisième mandat. Moi, je dis chapeau à Monsieur le président de la république parce que c’est vraiment un fin politique. (Lire la suite après)

 

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