Le développement des infrastructures portuaires en République de Guinée n'est pas sans conséquences écologiques. Pendant que le gouvernement inaugure en fanfare les ports miniers et commerciaux sur la façade de l'océan atlantique notamment à Kamsar, Katroumah et à Conakry, les paysans exploitant les plaines sur le long du littoral craignent le désastre.
A l'image des paysans du district de Tolgôtch, dans la sous-préfecture de Kamsar. Les populations de ces localités affirment qu'elles subissent non seulement les conséquences de l'effet de serre mais également de la construction des infrastructures portuaires, œuvres des sociétés minières sur le littoral.
« C'est un vrai désastre que nous sommes en train de vivre. Ces rizières, ce sont nos héritages, nos parents les ont exploitées, c'était de grands domaines cultivables, mais à cause de cette avancée de la mer, il nous reste plus rien. Nos rizières sont devenues des sites touristiques », déplore Nicaise Kéïta, un sexagénaire victime de l'avancée de la mer.
Et d'ajouter, larmes aux yeux : « ces champs sont nos raisons d'être. Moi, je ne sais pas pêcher, je ne pratique que ça pour pouvoir nourrir ma famille ».
Les paysans du district de Tolgôtch ne sont pas seuls à subir les effets de l'avancée de la mer. Les plaines de la même façade maritime de l'Atlantique de certaines localités de la sous préfectorale de Kamsar, notamment à Falaba, Binari, M'Bôtini, K'ffin, Tchitta et Tchalgbôtto vivent également la même réalité.
Vraisemblablement, le district de Tchalgbôtto ne tient qu’à un fil. La localisation de cette partie du territoire risque de perdre sa place sur la carte de la Guinée. La localité est une petite île où les habitants pouvaient cultiver tout. La superficie offrant des occupations aux paysans se réduit comme un château de cartes. Cette surface qui s’étendait à perte de vue est un lointain souvenir. Conséquences: la plupart des cultivateurs tirent le diable par la queue. Ils survivent grâce à l’indulgence des paysans des villages de Kawass, Kataco, Katongoro, Kakltch…
Autres choses, le déversement des déchets toxiques n’est pas de nature à leur faciliter la tâche.
« Ces sociétés déversent toutes sortes de déchets, et cela appauvrit nos champs », déplore Bocaré Camara.
Pour Richard Guilavogui de l'Association guinéenne pour la protection de l'environnement marin et fluvial de Guinée, la situation dans laquelle vivent les paysans de Boké, est un exemple parmi tant d'autres sur le littoral.
Sensible au destin d’une communauté qui vit au jour le jour, l’idée d’une compensation est en étude. La société GAC qui vient de construire un port en eau profonde à Kamsar, s’active à sécher les larmes de ces paysans.
Richard TAMONE in Le Démocrate