Le président de l'Institution nationale indépendante des droits humains -INIDH- exprime un scepticisme pour la tenue correcte du procès des présumés auteurs des événements du 28 septembre 2009. Sept (7) ans après la commission des faits, Mamady Kaba estime que la justice guinéenne ne fonctionne pas bien.
La faute est imputable au ministère de la Justice qui n'a pas jouée pleinement son rôle pour accélérer le dossier. Invité à Djigui Fm en début de semaine, M. Kaba s'est montré très critique à l'encontre des réactions "disproportionnées" du ministre Cheick Sako, après l'arrestation de Toumba Diakité à Dakar, le 15 décembre dernier.
"C’est une très bonne chose que M. Toumba ait été arrêté et qu’une procédure d’extradition ait été engagée", s'est pourtant réjoui le droit-de-l'hommiste. Mais, pense-t-il "l’arrestation de Toumba est très insuffisante pour évaluer cette position. De toute façon, c’est un pas en avant. Je souhaite que ça soit le début de quelque chose pas la fin de quelque chose. Juste une réaction pour faire taire les rumeurs et les pressions".
M. Kaba souhaite que l'arrestation de l'ancien garde rapproché de Moussa Dadis Camara "soit le début d’un processus qui va nous mener au procès du 28 septembre". Cependant, regrette-t-il, "la Guinée a l’état actuel des choses n’a pas les capacités institutionnelles pour mener ce procès".
"C’est une affaire de tout le peuple de Guinée. C’est tout le monde qui doit s’y mettre. Quand l’impunité s’installe dans un pays, la dérive est beaucoup plus importante que les risques qu’on prend pour la justice quand vous ne donnez pas la justice à votre peuple. Le peuple se donne justice à lui-même et quand le peuple s’approprie le droit de se donner la justice, c’est un désaveux de l’État", persiste le président de l'INIDH.
Il ajoute qu'"il y a une coupure entre l’Etat et les populations. Quand il n’y a pas l’autorité de l’Etat sur les populations, le pays cesse d’être un pays normal. Et si vous n’avez pas une justice qui fonctionne bien, tous ce que vous faites, c’est un château de carte. ça peut s’écrouler à tout moment".
Selon lui, tout Etat qui veut "une démocratie durable, un Etat solide et fort, [il] doit "bâtir une légitimité d’Etat basé sur la justice" car une "justice qui fonctionne correctement, qui inspire confiance aux populations", règle 60% des problèmes institutionnels du pays.
M. Kaba interpelle le président Alpha Condé sur les grandes priorités de l'Etat qui sont les réformes des secteurs de la justice, de la sécurité et la réconciliation nationale.
Aujourd'hui, martèle-t-il, "il faut que les gens aient le courage de dire parce que le constat est très clair. La justice n’a pas atteint l’objectif qu’on attendait d’elle. La fracture qui existe entre la population et la justice est devenue plus grande. Aucun citoyen guinéen ne souhaite avoir à faire avec la justice".
Amadou Kendessa Diallo
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