Il n'y a pas de démocratie dans un pays sans une justice équitable. En Guinée, la justice souffre d'un malaise: le deux poids deux mesures. C'est le constat d'un nombre important des Guinéens. Il y a des privilégiés et des non privilégiés. Certes les propos tenus par le député uninominal de Gaoual -même s'il répondait (peut-être) à des propos tenus par des supposés cadres de la mouvance- sont condamnables mais fallait-il mettre la machine judiciaire en branle en violation de toutes les procédures judiciaires pour le mettre en garde à vue?
D'un côté comme de l'autre, les spécialistes parlent de violation de la loi. Or, la justice étant celle qui apprécie ce que font les citoyens dans la cité, il est de son devoir de ne pas violer la loi qui est une expression de volonté populaire.
Aujourd'hui, Ousmane Gaoual Diallo, le député de l'UFDG de Cellou Dalein, a maille avec la justice qui l'accuse de "flagrance de délits" suite, dit-elle, à un "outrage au Chef de l'Etat".
Beaucoup voient en cette procédure judiciaire un règlement de compte au "relent politique" car autant les propos de Gaoual sont jugés dangereux autant ceux tenus par des responsables du camp adverse visant à créer un groupe de contre-manifestants financés par des mains occultes le sont également.
Pourquoi la justice sélectionne-t-elle les gens à culpabiliser tandis que d'autres ne sont pas inquiétés? C'est à ce niveau que le procureur de la république s'est cassé les dents. Même si à écouter le passage incriminé de l'intervention du député de l'UFDG à l'occasion de l'assemblée hebdomadaire du samedi 30 juillet, on peut donner raison au procureur, cependant, la manière de le faire doit obéir à des principes.
Cette action judiciaire contre Ousmane Gaoual doit interpeler non seulement l'assemblée nationale -silencieuse comme une carpe depuis le début de la procédure- qui voit un de ses siens mis en garde à vue alors que son immunité parlementaire n'est pas levée mais aussi l'opinion publique.
Pour sa part, confrontée à des protestations tous azimuts, la justice risque de voir l'affaire Ousmane Gaoual devenir une patate chaude dans ses mains. Qui sait?
De toutes les façons, le mis en cause ne craint apparemment rien. Pour preuve, voici un de ses postes sur sa page facebook publiée dans les médias ce 3 août 2016. Ousmane Gaoual Diallo est catégorique: "à tous ces vautours qui voient en moi un cadavre, qu’ils se rassurent il n’y a ni sang ni viande en putréfaction sur la table des charognards. Mais un homme debout avec une épée prêt à livrer son combat pour que le droit règne dans cette jungle qu’est devenu mon pays. Battons nous pour un Etat de droit et pour une justice indépendante".
En attendant la réaction du procureur de la République sur les motifs de l'interpellation du député, bien de citoyens voient en cette procédure une tentative d'intimidation des éléments de l'opposition qui projettent d'ailleurs une série de manifestations à Conakry et dans les villes de l'intérieur du pays.
Alors que l'on tendait vers l'ouverture d'un dialogue politique inter guinéen, l'arrestation d'un député de l'opposition risque de mettre tous les efforts à l'eau. Pourtant, le dialogue doit être la priorité des priorités pour sortir la Guinée du bourbier de la misère et de la pauvreté dans lequel les citoyens sont plongés.
Faute de quoi, si on continue de tirer les ficèles, la crise sociopolitique au relent communautaire risque de s'aggraver au grand dam du développement et de la stabilité.
Aux sirènes révisionnistes, du calme! La Guinée a besoin de paix.
Amadou Kendessa Diallo
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