Mariage forcé: un choc culturel en vogue qui brise l'avenir

Société

Certes, toute jeune fille rêve de se marier un jour. Mais avec l'homme qu'elle aime et qui l'aime. Cependant, les coutumes et mœurs édictées dans la société guinéenne ne vont toujours pas dans ce sens. Plein de jeunes sont obligées d'épouser involontairement un homme qui leur est imposé par leurs parents. C'est la triste réalité vécue par la journaliste, Fatoumata Binta Boubacar Diallo qui signait jusqu'à une date récente, au journal satirique, Le Lynx. Cette jeune journaliste est confrontée aujourd'hui au désir de ses parents de l'offrir à un homme dont elle n'aime pas. Le scénario ressemble à un conte fée.

Face à l'intransigeance de ses parents, Fatoumata Binta Boubacar Diallo a pris la poudre d'escampette. La famille est sans nouvelle d'elle depuis plusieurs jours.  Contactée par notre rédaction, sa soeur aînée, Mariama, raconte: "tout a commencé quand mon oncle est venu voir mon papa pour lui demander la main de ma petite soeur pour son fils. Mes parents ont du coup accepté la proposition de l’oncle au nom d’un prétendu renforcement des liens familiaux séculaires. (...) sans l’aval de ma soeur (FBBD, ndlr), les deux familles ont fixé les dates du mariage et ont décidé de célébrer le mariage religieux pendant le ramadan. Pour protester contre ce mariage, elle a boycotté la cérémonie religieuse qui s'est déroulée  le 12 juin 2016 au domicile familial. Et maintenant la voilà disparue à nouveau pendant que le civil est prévu pour ce 10 juillet, quelques jours  après la fête du ramadan".

Avec cette fuite du domicile familial, Binta Diallo, court de gros risques car elle a, dit-on, humilié toute sa famille. Ses parents sont dans une colère noire, explique sa soeur aînée. Avant d'ajouter: "nous sommes sept (7) enfants et seuls deux (2) ont étudié. (...) Les grands-parents qui ont élevé mon papa, dont le vrai père était tirailleur sénégalais, est mort à l’étranger, s’étaient opposés à la scolarisation de mes ainés estimant que l’école française est un truc de l’occident et déracine. Ma soeur s’est battue pour réussir ses études. Elle est devenue entrepreneure malgré les épreuves, et a embrassé le métier de journaliste. Elle est aujourd’hui une femme du monde moderne, dont je suis fière. C’est une fille qui respecte le choix de vie des autres et elle veut qu’on en fasse autant avec le sien. Donc, je la vois mal intégrer, même au prix de sa vie, une secte de fanatiques barbus et de femmes voilées. Elle m’avait confié qu’elle ne se mariera qu’à l’homme de son choix et ne supporterait jamais la burqa. Elle comptait sur notre mère qui, malheureusement ne peut pas la soutenir face à la furie de nos oncles. Notre oncle qui a demandé la main de ma soeur pour son fils devenu intégriste depuis des années ainsi que toute sa famille. Donc, pour Binta, accepter ce mariage c’est d’abord accepter d’adopter  "un mode de vie contraire aux valeurs qu’elle défend et dont elle est l’incarnation dans notre famille. C’est-à-dire, se marier à un polygame, porter de robe longue noire avec une coiffe ne laissant apparaître que les yeux, pour être confinée à la maison, sans avoir le droit de regarder des films et surtout de renoncer à son travail qui la passionne tant"."

Sans solution face au dilemme qu'elle traverse, Binta ne peut malheureusement pas poursuivre ses géniteurs en justice même si aujourd'hui des Ong de défenses des droits de femmes pullulent en Guinée.

Le cas Binta est un cas parmi tant d'autres surtout en cette période où les filles sont en vacances. Une aubaine pour les parents de donner leurs filles en mariage. Sale habitude quand tu nous tiens!

Amadou Kendessa Diallo

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