Trafic de faune sauvage: les dessous d’un procès au TPI de Kaloum

Société

Mis aux arrêts le vendredi 14 Août 2015 pour « usurpation de titre » du moins officiellement, le procès du Commandant Ansoumane Doumbouya, présenté après aux médias comme faisant partie d’un grand réseau de trafiquants de faune sauvage,  a  démarré le mardi 02 juin 2016 au Tribunal de première instance de Kaloum, après dix mois de incarcération à maison centrale de Conakry.

Mais l’audience n’aura pas lieu à cette date compte tenu de la grève des greffiers. Cette première audience n'aura lieu que le 17 juin après plusieurs reports. Tour à tour, les accusés se sont succédé à la barre en relatant les circonstances dans lesquelles ils ont été mis aux arrêts.

Thierno Barry, interrogé le premier, est revenu sur la manière dont il a été piégé par la police.  Au fait, un policier se faisant passer par un certain Hassane, lui a contacté un jour pour le proposer de faire affaire avec lui. Méfiant, il n’a pas voulu accepter l'offre de ce dernier mais l’intervention d’un de ses collègues va le rassurer. Ainsi,  il a accédé à la demande de ce Hassane qui s’est présenté comme un Jordanien, après avoir trouvé un permis CITES par l’intermédiaire d’un certain Ibrahima Kourouma alias Bré et par Email ; il a cherché les deux singes à nez blanc.

L’acheteur, Hassane ‘’le Jordanien’’ lui a demandé d’aller remettre le colis à sa sœur qu’il pourra trouver à l’hôtel "Le Rocher". Arrivé sur les lieux, en lieu et place de la sœur de Hassane, c’est la police qu’il a trouvé sur place accompagnée de Charlotte, de l’ONG GALF. 

Thierno Barry a reconnu avoir acquis un autre permis CITES par l’intermédiaire d’un certain Sékouba Camara, mais qu’il n’a jamais vu de ses yeux le Commandant Doumbouya, ni parler avec lui au téléphone. 

Quant à Balla Doumbouya, il a dit avoir reçu un coup de fil de quelqu’un qu’il ne connaissait pas et que cette personne lui a demandé de l’aider à avoir de l’or. Il lui  aurait dit que lui ne fait pas ce genre d’affaire avant de le raccrocher au nez. Ce dernier lui a plusieurs fois rappelé. Mais, jamais, il a accédé à sa demande. A la suite du décès d’un de ses voisins, il est revenu à Conakry pour les condoléances.

Au petit matin, la police est venue l’arrêter à son domicile puis ils l’ont conduit à la Direction de la Police Judiciaire (DPJ). Il a reconnu avoir travaillé avec Thierno Barry (qui était son secrétaire) et avec le Commandant Doumbouya dans le cadre de l’exportation de trois (3) Lamantins mais ceci remonte à la fin 2009 (pendant que le Commandant était en fonction) et depuis, il s’est retiré de cette affaire pour se consacrer à la culture des potagers à Faranah.

De son Côté, le Commandant Ansoumane Doumbouya, Point focal de la convention CITES de 2008 à février 2013, a dit qu’il a été arrêté le 14 Août 2015.

Cette arrestation est intervenue alors qu'il était dans son bureau après avoir été nommé  à la tête de la Brigade Mobile Nationale des Conservateurs de la Nature. Aux dires de ce dernier, il s'apprêtait à faire sa première sortie de terrain avec ses agents quand il a  vu devant lui des éléments de la DPJ avec un mandat de comparution forcée pour "usurpation de titre" sans aucune convocation préalable.

Il a expliqué aux juges qu’après sa nomination à la tête du principal organe de lutte contre la fraude en matière d’acquisition et de circulation des produits forestiers ligneux, non ligneux et fauniques, certains cadres du Ministère de l’Environnement ont écrit à Mme le ministre de l’époque pour lui signifier leur désapprobation par rapport à la situation.

Avant d’expliquer point par point, les dispositions mises en places par la CITES pour éviter que des personnes mal intentionnées ne se substituent aux autorités nationales et fournir des documents aux usagers.

Témoiganes

"Moi je n’ai pas cherché la CITES. Un jour, je suis resté à la maison. On m’a appelé au téléphone en me demandant si moi M. Doumbouya ? C’est toi qui arrive d’un Master ? J’ai dit oui! alors tu viens demain, on te nomme à tête de la CITES. Voilà comment ça s’est passé au début (en 2008). Dès que je suis arrivé, j’ai mis en place avec mon équipe un plan d’actions qui a abouti au financement d’un atelier de formation de tous les acteurs impliqués dans le processus de la CITES: police, douanes etc. Mais j’ai trouvé sur la table des problèmes importants tels que l’alerte N°21 et N°22 qui datent toutes de 2006. La Guinée était déjà menacée de suspension. Avec mon équipe, nous avons tout fait pour éviter que cette suspension n’arrive. 

Lorsqu’on nous a fait les remarques sur nos permis quant à leur faible niveau de sécurité, j’ai écrit au siège de la CITES à Genève. Ils m’ont envoyé des modèles avec des factures pro-forma mais jusqu’à nos jours, la Guinée n’a pas pu faire face à cette facture. En 2012, je n’ai pas pu prendre part à la sixième conférence des parties parce que j’étais au camp en formation, où on allait se battre pour faire envoyer le Lamentin à l’annexe 1 de la Convention. Je vous montre ici une copie de cette conférence. Je voudrai vous faire remarquer aussi que  dans le cadre de la CITES aucun produit ne circule sans l’accord du pays importateur. Dès qu’un cadre est nommé ou remplacé dans un pays, tout le monde est au courant. Toutes les adresses sont changées au Nom, Prénoms et adresses des nouveaux. Donc tout le monde est informé sur internet mais aussi aucun produit ne circule avec la photocopie. Il faut obligatoirement l’original. Il y a un certain Soumah qui a fait croire à un moment à mon ministre que je suis ceci ou cela. Le ministre convaincu avait pris un acte et après, il l’a annulé dès le lendemain quand il a su la vérité. Je vous montre ici les exemplaires de ces différents arrêtés".

Interrogé sur les permis à blanc trouvé dans son ordinateur, il rétorque :

"C’est quand on m’a fait les reproches de rester longtemps à l’étranger sans un remplaçant pour la délivrance des documents que j’ai commencé à signer et laisser derrière moi quelques permis. Mais le jour où on m’a appelé à l’aéroport et on m’a présenté un permis que j’ai signé, accompagnant des espèces que je ne reconnaissais pas et que après vérification, il s’est avéré que la souche indiquait deux perroquets au lieu de douze chimpanzés, j’ai commencé à scanner et à classer tous les  documents que je laissais lors de mes voyages. En plus, la CITES m’a demandé de scanner la signature de mes assistants qui étaient tous aussi signataires que moi lorsque je suis absent".

Selon leurs avocats, à l’analyse de la situation, on se rend compte aisément  que ces détenus n’ont pas été pris mains dans le sac, ni la défense, ni le ministère public, n’ont pu montrer de preuve palpable (signature originale) du Commandant Doumbouya, et rien ne montre que c’est l’Etat guinéen qui a porté plainte. Tout porte à croire que toute cette machine judiciaire est orchestrée par une  ONG dénommée GALF à cause de ses motifs suivants: sa directrice s’est pointée à l’hôtel "Le Rocher" pour piéger le détenteur des deux singes à nez blanc; elle a été vue à la DPJ après l’arrestation des autres  accusés et dès le lendemain, elle s’est arrangée pour faire publier l’affaire partout où elle a voulu.

De ce qui précède, il y a plusieurs interrogations: qui est le plaignant?Si c’est l’Etat guinéen, pourquoi de mois d’août 2015 jusqu’à nos jours, nous n’avons enregistré aucune déclaration officielle sur la situation? Pour quel intérêt il roule le plaignant ? celui de la Guinée ? ou pour son intérêt personnel ? Que représente l’ONG GALF ? Une ONG peut-elle se substituer à un Etat? quel est le degré de convoitise de la CITES Guinée ? quel titre a été usurpé ? Pour quelles raisons ? Pourquoi cette arrestation fait suite à la nouvelle promotion du Commandant Doumbouya à la tête de la Brigade Mobile des Conservateurs de la Nature? et quels sont les intérêts qui sont menacés par la création de la Brigade Mobile de contrôle de la fraude dans l’acquisition, la circulation des produits forestiers ligneux, non ligneux et fauniques ?

Cependant, l'article VI du Code de la faune stipule que "la gestion et l'exploitation rationnelle de la faune sauvage consistent à maintenir les populations animales qui composent chaque espèce à un niveau satisfaisant. Les animaux sont ainsi utilisables durablement au profit des populations et du bien-être national".

Le verdict est attendu pour le 08 juillet 2016 à 10 heures au TPI  de Kaloum.

Affaire à suivre !!!

Lejourguinee.com

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