Le parlementaire de l'UFDG tente d'expliquer dans ce court entretien, les causes profondes ayant entrainé le départ du géant minier de la Guinée avec laquelle pourtant il est lié depuis deux décennies. Il met principalement en cause la révision du Code minier et la baisse du prix du fer au niveau du marché mondial.
Quelle lecture faites-vous de l'annonce du retrait de Riot Tinto de la Guinée?
Je n'ai pas parcouru en détails les déclarations de Rio Tinto concernant son retrait de Simandou. Mais cela me paraît un peu difficile à comprendre. Une entreprise de la taille de Rio Tinto investit près de trois (3) milliards deux cent millions de dollars dans un projet. Et après avoir été pendant 15 ans dans ce pays, se réveiller sans la contrainte de personne, dire que je renonce à ce projet, cela me paraît difficile à comprendre.
C'est mon point de vue, mon analyse personnelle. Donc, je ne sais pas si c'est Chinalco (une entreprise chinoise, ndlr), qui est l'un des actionnaires avec la Guinée et la SFI, mais Chinalco est le principal actionnaire. Est-ce Chinalco qui est entrain de demander peut-être à Rio Tinto de se retirer et de reprendre le projet? Je ne sais pas les raisons fondées qui amèneraient Rio Tinto à renoncer.
Parce que si c'est la baisse du prix du minerai de fer sur le marché international, Rito Tinto peut dire je me le projet en veilleuse jusqu'à ce que les conditions soient favorables sur le marché de fer comme ils nous ont dit auparavant. Deux mois après, la même entreprise vient nous dire qu'elle sort du projet. Ce n'est pas clair.
Quelles seront les conséquences pour l'économie ou les mines en Guinée?
Cela n'a pas de conséquences particulières sur l'économie ou les mines de la Guinée. On aura qu'un minerai sous la main. De ma part, c'est un peu la faute de la Guinée. Parce que, lorsque le président Alpha Condé est venu au pouvoir en 2010, la première décision qu'il prend c'est de réviser le code minier 95 et le nouveau code minier qu'il a présenté exige un projet aux promoteurs miniers de donner gratuitement 35% d'actions à la Guinée.
Aucune entreprise sérieuse ne peut accepter cela. Il y a des conditions qui ne sont pas acceptables. On a été obligés de reprendre le code en 2011. On l'a révisé deux fois pour faire la dernière mouture. Tout cela nous a fait perdre du temps.
Deuxièmement il a demandé à ce que la Guinée soit propriétaire du port, du chemin des fers, des infrastructures qui coûtent très chers. C'est un projet de 20 milliards de dollars. Donc, les gens ont dit si vous voulez être le propriétaire des infrastructures, il faut que vous payiez le prix. Il faut que vous payiez 51% des actions.
A l'époque, je ne connais pas une banque ou une institution quelconque qui pouvait prêter deux milliards de dollars à la Guinée. On a trainé pendant ce temps alors que le prix du fer était au beau fixe, l'entreprise était engagée.
Vous avez vu Lula Da Silva qui est venu faire la pause de la première pierre des travaux du chemin de fer avec Valé. Tout cela a été arrêté brutalement. On a perdu cinq ans pour rien.
Et finalement, les cours ont baissé et Rio Tinto pendant ce temps a ouvert une autre mine plus intéressante en Australie. Voilà ce qui s'est passé.
Entretien réalisé par Amadou Kendessa avec ZA