Convention de l'UFR: Sidya Touré lance un appel aux Guinéens (Discours)

Opposition

Au terme de la convention de son parti ce samedi 22 août, le président de l'Union des forces républicaines (UFR) a tenu un discours de près d'une demie heure au palais devant des centaines de ses militants et militantes. Sidya Touré a appelé à la mobilisation pour alternance en 2015 qui est d'ailleurs le thème de ladite convention. Il a également fustigé la gouvernance actuelle, le processus électoral, la fraude, la communautarisation du débat politique national, etc. Pour connaître davantage ce qu'il a dit, lejourguinee.com vous livre son discours. Lisez:

 Sidya Touré s'adresse à ses militants (es), sympathisants (es) et personnalités invitées

"Je vous remercie. Je voudrai remercier les partis alliés qui se sont associés à nous pour plébisciter notre candidature aux futures élections présidentielles. Je voudrai remercier ici les partis frères, l'opposition, le parti de Jean-Marie Doré, du centre. Je ne sais pas s'il y a le centre. Je voudrai les remercier de nous avoir assisté pendant cette cérémonie. Mais vous me permettrez de remercier particulièrement nos militants et militantes qui sont venus de l'extérieur notamment les jeunes gens d'Abidjan qui n'ont pas pu parler mais qui sont là, ceux du Sénégal, ceux de la France dont l'un des dirigeants a bien voulu vous interpeler, vous l'avez écouté.

Il s'agit d'Ibrahima Sory Makanera mais comme on le dit tôle ce n'est pas tôle, Makanera n'est pas Makanera. Je voudrai associer à ces remerciements la présence ici parmi nous de mon jeune frère, ami,  un garçon que je respecte énormément pour ses qualités intellectuelles parce que j'ai eu à le côtoyer, le ministre Lamine Bâ venu au nom de l'Internationale libérale, remercier le jeune frère Thioye venu ici au nom du patron de libéralisme en Afrique, ancien président du Sénégal pendant 12 ans, le président Me Abdoulaye Wade.

Je m'enorgueillis d'être un de ses fils spirituel mais également je dirai fils tout court. J'ai connu Me Abdoulaye Wade dans les années 70 quand il était conseiller juridique et économique de la jeune Banque Africaine de Développement (BAD) à Abidjan en Côte d'Ivoire. Vous permettrez que je garde pour la fin la présence parmi nous du ministre Koty Souleymane Diakité, ancien ministre de la communication, ancien maire de Diéné, actuellement directeur de campagne pour les Ivoiriens de l'Extérieur, qui nous a été envoyé par mon ancien patron, et surtout mon grand frère, le président Alassane Dramane Ouattara.

Vous savez tantôt Boubacar Barry (un des vice-présidents de l'UFR, ndlr) a expliqué ici ce que nous avons essayé de faire entre 1996-1999 en Guinée lors de ma primature quand nous avons travaillé avec beaucoup de gens dont beaucoup sont aujourd'hui d'ailleurs leaders de partis. Vous savez c'est ainsi aussi que moi j'ai été recruté en 1990 parmi une flopée de cadres ivoiriens pour redresser l'économie de la Côte d'Ivoire dans une période de crise comme on en avait jamais vu auparavant. Et je n'ai pas honte de dire, je dois le dire avec sincérité, avec honnêteté...ce que je suis devenu plus tard, c'est à cause de la collaboration que j'ai eue avec ce Docteur en Economie, professeur d'université, ancien directeur Afrique du FMI, ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BECEAO) et ancien directeur adjoint du FMI, Alassane Ouattara.

Je dirai donc, qu'il faut reconnaître que nous sommes le produit de tout cela. Aujourd'hui, c'est avec un réel plaisir que je m'adresse à vous à l'occasion de cette deuxième convention nationale qui est un moment clef dans la vie de notre parti. Cet après-midi, je suis épris d'un sentiment partagé. D'une part de fierté quand je vois certains d'entre vous Guinéens et Guinéennes venus des quatre coins du monde représentatifs de notre nation et unis dans la diversité pour un but commun le développement de la Guinée; d'autre part, je ressens beaucoup de tristesse. Car, c'est avec le cœur lourd que je constate l'ambiance délétère et morose dans laquelle notre pays est plongé  du fait de la crise généralisée, une crise sans précédent.

Comme si la Guinée continue de chercher, et se cherche, comme si le point d'équilibre était introuvable ou inexistant. Mais il y a un point d'équilibre. La Guinée, notre pays est malade, profondément malade parce que atteinte d'un nœud profond qui la ronge depuis plus de six décennies et qui s'est accentué ces cinq dernières années. Ce pays souffre de la maladie des trois i: l'incurie, l'irresponsabilité et l'incompétence. C'est cela la base des malheurs de notre pays. C'est un scandale sans nom qui n'a que trop duré. Nous, on est fatigués de constater que nous sommes encore victimes  d'une telle situation.

Récemment, en évoquant la crise écologique planétaire, le Saint Père affirmait que [l'Afrique est le continent où les péchés écologiques sont commis au vu et au su de tout le monde dans l'indifférence générale] et il ajoutait [les responsables politiques ne peuvent plus se soustraire à l'examen de leurs responsabilités]. Quand nous voyons les dégâts matériels et les pertes en vies humaines pour cause des inondations dans notre pays, nous ne sommes pas loin de penser que cette condamnation s'adresse aux dirigeants de notre pays. on est fatigués aussi des inondations.

Dans un véritable Etat de droit, le président de la république doit veiller à ce que l'Etat joue son rôle qui consiste à créer les conditions d'une véritable prospérité économique et faire en sorte que les droits et les libertés soient respectés, et à assurer l'épanouissement ...de ses citoyens. A cet égard, arrêtons-nous très rapidement pour voir ce qui se passe dans notre pays.

Au plan de respect des droits de l'homme, nous avons constaté pendant ces années passées comme le rappelait le président de l'UFDG tout à l'heure, les manifestations autorisées par notre constitution, que nous avons pu tenir simplement parce que le gouvernement ne respectait pas ces mêmes engagements constitutionnels, les manifestations ont été sauvagement réprimées et entrainé des cas de morts d'hommes. Ainsi, quand on dit qu'on est fatigués, on est fatigués aussi de l'injustice.

 " Nous sommes un pays en récession"

Sur le plan économique, qu'est-ce qu'on peut dire de ces cinq années que nous venons de passer. Un des nos amis des partis alliés, le jeune Kourouma rappelait tantôt que nous sommes un pays en récession. En économie quand tu as fini de dire ça, il n'y a plus rien à dire. Cela veut dire. Que tu es là tu es un commerçant, au lieu de gagner de l'argent chaque jour, chaque jour toi tu en perds et plus tu en perds plus tu dis oui ça va. Notre pays ne crée plus de richesses. Quand cela arrive, on dit que vous stagnez. Mais il crée même plus de richesse par rapport à la population, donc on descend. Quand tu entends les dirigeants de ce pays dire l'émergence de la Guinée, je ne sais pas, on ne sait pas de quoi, on parle.

Il n'y a pas d'émergence sans une croissance forte. La croissance forte, c'est la création de la richesse. La création de richesse se fait par l'investissement, par le commerce, la consommation. S'il n'y a pas tout cela, vous ne pouvez pas avoir suffisamment d'argent, vous ne pouvez pas créer de l'emploi dans votre pays, vous ne pouvez pas avoir des impôts, vous ne pouvez pas avoir des recettes douanières, et ce qui nous reste c'est de fabriquer de la monnaie C'est ce qu'on fait en ce moment. Quand tout ceci n'est pas réuni, vous n'avez pas d'argent pour payez les fonctionnaires. Qu'est-ce qui vous reste à faire? Vous fabriquez des billets de 20 mil pour essayer de suffire...


"Tissu social fragilisé"

Mais tout cela ne se limite pas aux problèmes économiques. On a créé un climat délétère dans notre pays. On a fragilisé le tissu social. On a fait de notre débat politique, un débat communautaire. Ce que je vous dis là, les Guinéens doivent faire très attention! Nous ne pouvons pas réduire le débat politique guinéen au débat entre communautés. La Guinée, c'est certes beaucoup de communautés, mais c'est d'abord une nation. Si vous refusez le débat entre communautés, vous risquez l'implosion. Nous devons dire que nous sommes fatigués du communautarisme. Le communautarisme ne nous apportera rien de bon.

C'est la raison pour laquelle, nous nous battons pour qu'une candidature consensuelle émerge qui puisse rassembler la totalité de nos compatriotes. Il ne faut pas se cacher la vérité. Nous sommes dans les réalités sociopolitiques en Guinée aujourd'hui qui font que les gens se tournent le dos complètement. il faut recoller les morceaux, il faut faire en sorte que les Guinéens soient unis dans un cadre consensuel pour que puissions dépasser cela pendant cinq années de gestion qui permettra à notre pays de prendre une nouvelle direction. Nous disons que tout le monde doit comprendre que c'est d'abord la Guinée.

Nous avons tous des ambitions...Mais ce qui est notre problème aujourd'hui, c'est de sauver notre pays. La situation actuelle est une situation inacceptable. Et c'est là que je pose des questions sur le processus électoral.  Nous avons connu des élections depuis 2010. Nous, à l'UFR, dès le premier tour, nous savions ce que c'était. Mais nous avons connu la même chose en 2013. Mais nous venons de signer un accord avec le gouvernement dans la perspective des élections présidentielles. Notre principale préoccupation, c'est de faire en sorte que les conditions posées pour permettre à notre pays d'avoir plus de paix, plus de tranquillité, plus de stabilité, faire en sorte que les investisseurs reviennent. Ces conditions sont simples mais j'estime que c'est le lieu pour rappeler à nos amis d'en face notamment du gouvernement que le respect  de ces engagements est un gage de sécurité, de stabilité pour notre pays.

Comme je le dis souvent, cette élection est une élection présidentielle. Il s'agit de présenter un homme face à son peuple. L'élection présidentielle n'est pas forcément une élection des partis politiques.  Nous avons vu un candidat minoritaire élu, j'ai vu mon ami IBK (président malien, ndlr) être élu président de la république alors que l'assemblée nationale d'avant, il était le seul député de son parti. Yaye Boni a été élu au Bénin alors qu'il n'avait même pas de parti. Parce que c'est le moment du choix, de la réflexion pour chacun de nos compatriotes. C'est le moment où on doit se dire qu'est-ce que nous comptons faire pour demain pour nous-mêmes, pour nos enfants. Quel va être l'avenir que nous voulons préserver pour notre pays?

En ce moment-là, vous n'êtes plus Soussou, vous n'êtes plus malinké, vous n'êtes plus peulh, vous n'êtes plus guerzé, vous êtes Guinéen. Si cela ne va pas demain, ce sera pour tout le monde la même chose. Vous croyez que l'échec du gouvernement actuel pendant les cinq ans, pendant que l'on est assis à Conakry, vous pensez que cela a profité à la Haute Guinée mais allez voir. A partir du moment où vous créez rien, comment voulez-vous que quelqu'un en profite de rien?

...J'avais un vieux doyen, un vieux sage. C'était notre patron à tous qui disait:[on ne peut pas même si vous aimez vos frères, vos sœurs, vos pères, partager avec eux la misère]...

Nous, à l'UFR, nous devons nous recentrer autour de nos valeurs fondamentales pour faire en sorte que notre parti, qui, comme en 2010, s'oriente vers ces élections et aille de manière déterminée, de manière à ce qu'on puisse combattre l'injustice, la fraude, devenue un mode de gestion des élections dans notre pays. Mais cela dépendra de vous notamment les jeunes. Si vous êtes mobilisés pour cela, je vous dirai que le futur de la Guinée nous appartient tous. Pourquoi? eh bien parce que la Guinée c'est nous, la Guinée ce n'est pas quelqu'un d'autre. Ce n'est pas une personne, ce n'est pas un parti, ce n'est pas une région, c'est la totalité de tous ceux qui vivent sur les 245 857 km² que nous avons comme territoire.

Je dis merci à tous. Merci au président Cellou de l'UFDG, au président Mouctar Diallo NFD, au président Aboubacar Sylla, au président Jean-Marc Telliano, au président Sylla Bah mais également merci à tous ceux qui ont représenté d'autres leaders ici pour que nous puissions tenir cette convention.

Propos transcrits par Amadou Kendessa Diallo
+224 664 245 478
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